Plon­gés dans la réa­li­té, ils

Antibes De­puis cinq ans dé­sor­mais, le Ba­fa so­li­daire de la Croix-Rouge offre la pos­si­bi­li­té à des

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - ANTIBES-JUAN-LES-PINS -

« Quand on est ici, on se sent tous vrai­ment utiles »

« Bon­jour. Vous au­riez des chaus­settes, un po­lo et un ca­le­çon ? » Entre les éta­gères du ves­tiaire, My­lène s’agite. Elle dé­plie soi­gneu­se­ment chaque vê­te­ment pour le pré­sen­ter au bé­né­fi­ciaire. « Ça vous va ? »Etem­balle le tout dans un sa­chet. À 18 ans, elle a cho­pé le coup de main. Puis, en cas d’in­ter­ro­ga­tion, les bé­né­voles de la CroixRouge ne sont fran­che­ment pas bien loin. C’est la p’tite rou­tine du mer­cre­di. La ma­ti­née consa­crée à l’ac­cueil des sans-abri au sein du lo­cal de l’as­so­cia­tion rue de l’Isle à Antibes. Comme de­puis cinq ans main­te­nant, les jeunes du dis­po­si­tif Ba­fa so­li­daire y ef­fec­tuent leurs heures de bé­né­vo­lat.

Une ren­contre hors du com­mun pour qui­conque n’est pas fa­mi­lier de la pré­ca­ri­té du bi­tume.

Lis­tant chaque ar­ticle don­né aux per­sonnes en dif­fi­cul­té, Tha­meur, 17 ans, s’ap­plique. Là, il en est au quin­zième bé­né­fi­ciaire. «Ça ouvre les yeux sur le monde », lance-t-il entre deux his­toires de vies ca­ho­tantes, de des­tins fis­su­rés : « Il y a aus­si le fait que ce­la rende plus so­ciable. » Un pe­tit mot, un sou­rire : « Ca me rend heu­reux de vivre cette ex­pé­rience. Faire le Ba­fa ça me plai­sait dé­jà. Mais ici… C’est en­core mieux. Et on ap­prend des choses au­près des équipes. »

Parce que ce sont elles qui les en­cadrent, les guident. Et si ça marche si bien de­puis cinq sai­sons, ce n’est pas pour rien. Ma­ri­ka Ro­man, pré­si­dente de l’an­tenne lo­cale, en a bien conscience : « Chaque an­née, je de­mande à tout le monde s’ils sou­haitent re­nou­ve­ler l’ex­pé­rience avec de nou­veaux jeunes. On m’a tou­jours dit oui. »

Le lien hu­main au coeur.

Pen­ser à ceux qui n’ont pas grand-chose

Parce qu’on s’en­ri­chit au­tre­ment. Cer­tains jeunes en for­ma­tion l’ex­priment : le cô­té ma­té­riel, ils s’en dé­tachent au fil des jours. Dif­fi­cile de ne pas se sen­tir pri­vi­lé­gié lors­qu’après une soi­rée de ma­raude au­près des per­sonnes sans do­mi­cile fixe on rentre chez soi, au chaud. Dif­fi­cile de ne pas res­sen­tir de l’em­pa­thie face à une dame qui pour­rait être sa grand-mère et se re­trouve à de­man­der quelques den­rées. Dif­fi­cile de ne pas pen­ser à ceux qui n’ont pas grand-chose quand on a plus que né­ces­saire.

La même claque sur tous les vi­sages

C’est ça l’ef­fet de l’ex­pé­rience : une dé­fla­gra­tion de prise de conscience.

La même claque sur tous les vi­sages, le même calque sur toutes les images. À l’aide ali­men­taire, Ka­rim, 19 ans, ré­pond à la tren­taine de per­sonnes qui pas­se­ront le seuil : « J’avais en tête de faire la ma­raude de­puis un mo­ment. Mais rien ne m’y a pous­sé en fait. Je suis tel­le­ment content de pou­voir en faire main­te­nant.Puis, on va éga­le­ment cher­cher les ali­ments que le ma­ga­sin Car­re­four nous donne, on les stocke. C’est com­plet .»

Au­tour de lui, des éta­gères où se cô­toient pu­rée en poudre, pâtes, sel, ca­gette de fruits et sur­tout conserves: le nerf de la guerre en ce mer­cre­di ma­tin.

On est dans l’es­sen­tiel.

On est dans le vi­tal.

Avant de po­ser un pied ici, le jeune homme s’en dou­tait plus ou moins. Mais pour­tant, il se re­trouve confron­té à des si­tua­tions qu’il n’au­rait peut-être pas for­cé­ment en­vi­sa­gées… « Là j’ai vu un gar­çon plus jeune que moi ! Il est à la rue… C’est dur. Ouais. C’est violent.» À ses cô­tés, son bi­nôme, Ma­thieu, 20 ans, opine du chef : « Quand on com­mence on se dit que c’est vrai­ment bien, que ça va nous per­mettre de pas­ser le Ba­fa gra­tui­te­ment. Mais en fait c’est plus que ça. Ici, on se sent utile.»

Et ça, c’est dé­jà tel­le­ment.

Et ça, ça si­gni­fie beau­coup.

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