Jo­sé­phine, Co­lom­bine et les autres

Nice-Matin (Cagnes / Vence / Saint-Laurent / Carros) - - ANTIBES-JUAN-LES-PINS -

Un pas sur le cô­té, un autre de­vant et c’est re­par­ti de plus belle. Sur la piste, Char­lotte fait cla­quer ses bottes à ta­lons. À 18 ans, elle mène la danse. Un ma­di­son en­flam­mé qu’elle par­tage avec une dame qui a presque six fois son âge… Bien­ve­nue La Mai­son du Co­teau de la Croix-Rouge, l’Eh­pad an­ti­bois où la doyenne des lieux, An­drée Gi­rost dit Dol­ly, 106 ans, ne boude pas son plai­sir lors­qu’il s’agit de tâ­ter le dan­ce­floor. Sur­tout qu’avant-hier, c’était un peu spé­cial, faut le dire. Il pla­nait comme une douce ef­fluve de sucre glace et de cidre… Bah ouais, c’était mar­di gras. Alors, pas de chi­chi, on y va fran­co : ka­rao­ké et danse. Aux cô­tés de Char­lotte ta­pant des mains, So­fienne et Anne-So­phie qui tendent les leurs aux ré­si­dents sou­hai­tant guin­cher. Tous les trois oeuvrent à l’ani­ma­tion cet après-mi­di-là dans le cadre de leur Ba­fa so­li­daire. Ban­deau à plume ou per­ruque sur la tête : le trio joue le jeu. Même plus que ça, c’est du sé­rieux !

Pour la jeune fille de 19 ans, po­ser un pied dans une mai­son de re­traite,

c’était fran­che­ment une pre­mière. Alors, au dé­but, elle l’avoue, elle n’a pas tout de suite osé: «C’est vrai je n’étais pas for­cé­ment à l’aise, j’ap­pré­hen­dais. Puis, quand on y est, on y est ! » Son sou­rire ne trompe pas: il est même ul­tra com­mu­ni­ca­tif : « Ilyaune dame qui, en dan­sant, m’a dit de pro­fi­ter de la vie. Fran­che­ment ça fait ré­flé­chir, elle a rai­son. »

« En fait, ai­der c’est une chance »

Entre la Com­pa­gnie créole et la che­nille qui re­dé­marre, l’heure du goû­ter sonne. Un pe­tit mot par-ci, une pe­tite at­ten­tion par là. Ca trans­pire la bien­veillance. Et ça, ça ré­jouit Li­dia Ga­brie­li l’ani­ma­trice de l’éta­blis­se­ment :

« Ce qui est im­por­tant c’est de les pré­pa­rer à ce contact tout en leur lais­sant leur part de spon­ta­néi­té. C’est ça leur charme: cette fraî­cheur! Et ce­la leur per­met éga­le­ment de dé­cou­vrir qu’avec leur Ba­fa ils peuvent éga­le­ment se tour­ner pro­fes­sion­nel­le­ment vers le pu­blic des per­sonnes âgées. »

Parce qu’il est tou­jours ques­tion d’ave­nir

ici. On donne de soi pour l’autre. Pour que cha­cun gran­disse. Une phi­lo­so­phie par­fai­te­ment illus­trée par le dis­cours po­si­tif de So­fienne, 25 ans : « Il faut être à l’écoute des autres, il y a une vraie ou­ver­ture d’es­prit qui se fait de­puis que j’ai com­men­cé le Ba­fa so­li­daire. En fait, ai­der c’est une chance. Je conseille­rai à tous les jeunes de faire ça. Ca change tel­le­ment ma vi­sion des choses au quo­ti­dien… »

Se pré­oc­cu­per d’au­trui. Pro­di­guer at­ten­tion, pa­tience et dou­ceur. Au­tant de pré­cau­tions de­ve­nant des pré­oc­cu­pa­tions.

Si de­puis deux ans les équipes en for­ma­tion in­ter­viennent au­près du pu­blic se­nior, ce n’est pas pour rien. Suf­fit de suivre le bal­let des gi­lets orange pour com­prendre. Au­cun d’entre eux ne fait sem­blant. C’est du 100 %. « C’est la troi­sième fois que j’in­ter­viens ici », pré­cise Char­lotte : « Dès que j’entre je suis dé­ter­mi­née à faire pas­ser un bon mo­ment à tout le monde, à leur ap­por­ter quelque chose de bien. » Du meilleur. Tou­jours, en­core. Et pour de bon.

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