Jean-Ga­briel De­la­croy: «bien sûr que le risque existe…»

Il est un peu le «Mon­sieur sé­cu­ri­té» des Alpes-Ma­ri­times. Le nou­veau di­rec­teur de ca­bi­net du pré­fet Le­clerc fait le point sur les spé­ci­fi­ci­tés et les risques in­hé­rents à ce dé­par­te­ment

Nice-Matin (Cannes) - - Côte D’azur - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ERIC GALLIANO

Quelle est votre per­cep­tion de ce dé­par­te­ment ?

Ce qui me frappe c’est que ce dé­par­te­ment est un ter­ri­toire de contrastes à tous points de vue. Contraste géographique, entre mer et mon­tagne, tem­po­rel, dé­mo­gra­phique aus­si, avec un ter­ri­toire très peu­plé mais où la po­pu­la­tion se concentre es­sen­tiel­le­ment sur la bande lit­to­rale.

Ces contrastes sont aus­si des ta­lons d’Achille. No­tam­ment au re­gard de l’ex­po­si­tion aux risques na­tu­rels. Qu’est-ce qui a été fait de­puis les inon­da­tions meur­trières d’oc­tobre  ?

La lutte contre les risques na­tu­rels com­porte trois di­men­sions sur les­quelles il convient de conti­nuer à pro­gres­ser. Et l’ex­pé­rience de  a été, hé­las, riche en en­sei­gne­ments. Il nous faut mieux pré­ve­nir et donc mieux tra­vailler en lien avec les amé­na­geurs, les col­lec­ti­vi­tés, les as­so­cia­tions, l’Édu­ca­tion na­tio­nale… Pour dé­li­vrer à la fois des mes­sages sur les conduites à te­nir en cas risques ma­jeurs et par ailleurs conti­nuer à être ex­trê­me­ment vi­gi­lants sur la maî­trise de l’ur­ba­ni­sa­tion et le respect des règles en vi­gueur. La deuxième di­men­sion c’est la ges­tion de la crise, afin de mieux nous y pré­pa­rer, nous avons en­core ac­cru nos exer­cices au­tour de la thé­ma­tique inon­da­tion. En­fin, le troi­sième point consiste à pen­ser l’après crise avant même qu’elle n’ait eu lieu pour en li­mi­ter les consé­quences.

Com­ment ap­pré­hen­dez-vous cette sai­son à risque ?

Bien sûr que cet au­tomne nous se­rons par­ti­cu­liè­re­ment vi­gi­lants en lien avec les ser­vices mé­téo­ro­lo­giques, les col­lec­ti­vi­tés, les ges­tion­naires de bas­sins… Nous dis­po­sons no­tam­ment de tout un ré­seau de cap­teurs pour faire le point en temps réel sur le ni­veau des eaux que nous sui­vions at­ten­ti­ve­ment ces der­nières se­maines, pour une tout autre pro­blé­ma­tique. Et lors­qu’on voit le ni­veau ex­tra­or­di­naire de sé­che­resse du sol et du sous-sol on peut ef­fec­ti­ve­ment pen­ser que ce­la peut consti­tuer un fac­teur ag­gra­vant en cas de pluies sou­daines. Il nous faut donc être par­ti­cu­liè­re­ment vi­gi­lant et nous au­rons d’ailleurs d’autres ren­dez-vous afin de sen­si­bi­li­ser la po­pu­la­tion.

Où en est-on du re­dé­ploie­ment

des si­rènes d’alerte ? C’est ce qu’on ap­pelle le sys­tème d’alerte et d’in­for­ma­tion des po­pu­la­tions, le SAIP qui a trou­vé une dé­cli­nai­son au tra­vers de cette fa­meuse ap­pli­ca­tion pour smart­phones, ré­ser­vée pour l’heure à des évé­ne­ments d’am­pleur na­tio­nale. En pa­ral­lèle nous conti­nuons la mo­der­ni­sa­tion lo­ca­le­ment de ce ré­seau d’alerte que consti­tuaient ces si­rènes dont nous pour­sui­vons le dé­ploie­ment. L’an pro­chain, nous au­rons ac­com­pli une grande par­tie de ce re­dé­ploie­ment.

Y a-t-il d’autres modes d’alerte ?

Nous avons dé­ve­lop­pé de­puis plu­sieurs an­nées des sys­tèmes d’au­to­mates d’ap­pels qui per­mettent d’en­voyer des mes­sages à des listes de nu­mé­ros de té­lé­phone. Par ailleurs, nous conti­nuons de tra­vailler à d’autres sys­tèmes d’alertes pos­sibles pour les an­nées à ve­nir.

Quelle forme pour­raient-ils prendre ?

Il y a ac­tuel­le­ment un cer­tain nombre d’ap­pli­ca­tions qui ar­rivent. Et il n’est pas im­pos­sible que nous tes­tions l’une d’elle pour pré­ve­nir de fa­çon mas­sive la po­pu­la­tion en cas de risque ma­jeur. Ce se­rait une brique de plus au SAIP.

Gué­rir c’est bien, pré­ve­nir c’est mieux. La maî­trise de l’ur­ba­ni­sa­tion est un point crucial. Le pré­fet Le­clerc s’est d’ailleurs lan­cé dans une po­li­tique de re­con­quête du do­maine pu­blique ma­ri­time. Où en est-on ? C’est en ef­fet une prio­ri­té que nous a as­si­gnée M. le pré­fet. Le pro­gramme s’est tra­duit par un cer­tain nombre d’opé­ra­tions re­ten­tis­santes ces der­niers mois. Et il y en au­ra très cer­tai­ne­ment d’autres dans les mois à ve­nir. C’est aus­si un si­gnal adres­sé à la po­pu­la­tion de la re­con­quête de la ré­gu­la­ri­té et de la lé­ga­li­té du do­maine pu­blic. Et s’il faut pour ce­la, mo­bi­li­ser le concours de la force pu­blique, nous le fai­sons.

Elle est dé­jà ex­trê­me­ment mo­bi­li­sée sur des en­jeux de sé­cu­ri­té pu­blique. Quel est au­jourd’hui le ni­veau de la me­nace ter­ro­riste ?

Le risque, il existe c’est cer­tain. Il ne peut-être totalement éra­di­qué. On le sait. Ce qui est dif­fi­cile c’est de sa­voir quelle forme il va prendre. Il faut s’at­tendre à de l’in­at­ten­du. Il faut en per­ma­nence se mettre à la place de l’ennemi quel qu’il soit. Ce­la re­quiert évi­dem­ment beau­coup d’ef­forts et d’éner­gie.

Mais ce ni­veau de vi­gi­lance est-il te­nable dans la du­rée, compte te­nu des ef­fec­tifs de sé­cu­ri­té pu­blique ?

À nous de trou­ver les voies et moyens pour que ce­la le de­vienne. Les struc­tures sont en train de s’adap­ter en consé­quence avec la mise en place de pôles de com­pé­tences et d’une pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la ges­tion des grands évé­ne­ments. Pour la po­lice, la gen­dar­me­rie et les po­lices mu­ni­ci­pales, cette mo­bi­li­sa­tion a été ex­trê­me­ment lourde. lle est en outre ap­pe­lée à se pour­suivre. Mais les gains ob­te­nus par notre ex­pé­rience nous per­mettent d’être plus ef­fi­caces.

A-t-on ob­te­nu des renforts d’ef­fec­tifs pour ré­pondre à la spé­ci­fi­ci­té évé­ne­men­tielle de ce dé­par­te­ment?

Le mi­nis­tère de l’In­té­rieur a ef­fec­ti­ve­ment eu l’op­por­tu­ni­té, ces der­nières an­nées, de faire bé­né­fi­cier à ce dé­par­te­ment d’un cer­tain nombre de renforts. Et on sait que c’est un ef­fort consé­quent quand on voit l’état contraint des fi­nances pu­bliques. Il y a eu des créa­tions de postes, no­tam­ment dans les Al­pesMa­ri­times. Nous ne don­ne­rons pas de chiffre pour ne pas ser­vir les in­té­rêts de ceux qui veulent nous nuire. Mais je peux confir­mer que des moyens consé­quents ont été dé­blo­qués ces der­niers mois pour ren­for­cer cer­tains ser­vices spé­cia­li­sés, no­tam­ment en ma­tière de ren­sei­gne­ment.

Au-de­là du risque ter­ro­riste, les forces de l’ordre doivent aus­si faire face à des pro­blé­ma­tiques par­ti­cu­lières dans les Alpes-Ma­ri­times liées au flux mi­gra­toire. Le ré­ta­blis­se­ment du contrôle aux fron­tières doit prendre fin le  no­vembre pro­chain. Que se pas­se­ra-t-il alors ?

Cet ou­til ju­ri­dique qui a été dé­ployé en  a eu des ef­fets im­mé­diats, très ap­pré­ciables sur le ter­rain. C’était un le­vier de plus don­né aux forces de sé­cu­ri­té dé­ployées à la fron­tière pour as­su­rer une maî­trise des flux mi­gra­toires. Pour au­tant, au-de­là de cet ou­til ju­ri­dique, le dis­po­si­tif est avant tout hu­main.Nous avons un cer­tain nombre d’uni­tés pré­sentes sur le ter­rain. Et elles sont là pour le long terme.

Mais en­core leur faut-il un cadre lé­gal pour in­ter­ve­nir…

Il pré­exis­tait au ré­ta­blis­se­ment du contrôle aux fron­tières en . Nous avons en par­ti­cu­lier un ac­cord avec nos voi­sins italiens, l’ac­cord de Chambéry, qui conti­nue­ra de s’ap­pli­quer tout comme les ou­tils de droit com­mun.

En ma­tière de respect du droit d’asile, la pré­fec­ture s’est fait rap­pe­ler à l’ordre par le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif…

À deux re­prises, le tri­bu­nal a en­joint la pré­fec­ture de re­ti­rer des actes qu’elle avait pris. Et ce­la a été fait. Nous sommes l’ad­mi­nis­tra­tion et nous sui­vons ce que dit la jus­tice ad­mi­nis­tra­tive. Par contre, nous ré­cu­sons le terme condam­na­tion. Le droit d’asile est une lé­gis­la­tion com­plexe, à la fois na­tio­nale et in­ter­na­tio­nale. Ce n’est pas tou­jours simple à mettre en oeuvre. La goutte d’eau de cette af­faire ne doit pas faire ou­blier les cen­taines, voire les mil­liers de de­man­deurs d’asile qui ont chaque an­née l’oc­ca­sion de faire va­loir leurs droits en France et y com­pris dans les Al­pesMa­ri­times.

Il n’y a pas d’obs­truc­tion ?

L’ac­ti­vi­té du gui­chet unique et de la pla­te­forme des de­man­deurs d’asile dé­montre bien qu’il n’y a pas d’obs­truc­tion. En re­vanche, il est ar­ri­vé que cer­tains groupes de per­sonnes par­ve­nues, soient di­sant dans le dé­par­te­ment pour de­man­der asile, puissent être très vite re­pé­rées hors du dé­par­te­ment, sans être for­cé­ment pas­sés par ces struc­tures. Ce qui nous amène à nous in­ter­ro­ger sur le ca­rac­tère sin­cère de leur de­mande d’asile.

(Photo Cy­ril Dodergny)

Le sous-pré­fet Jean-Ga­briel De­la­croy.

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