AF­FAIRE LAC­TA­LIS Une tren­taine de fa­milles vont por­ter plainte Vingt-quatre cas d’abus ou har­cè­le­ment sexuel chez MSF en  Ja­wad, le «lo­geur de Daesh», re­laxé Dé­jà ac­cu­sé de viol, Dar­ma­nin vi­sé par une en­quête pour abus de fai­blesse Le tri­bu­nal se penc

Nice-Matin (Cannes) - - France -

Une tren­taine de fa­milles d’en­fants ayant consom­mé du lait conta­mi­né aux sal­mo­nelles et l’as­so­cia­tion de consom­ma­teurs Food­watch ont an­non­cé hier de nou­velles plaintes. Ob­jec­tif : éta­blir les éven­tuelles « dé­faillances » de Lac­ta­lis, mais aus­si des au­to­ri­tés pu­bliques et de la grande dis­tri­bu­tion. Dans le dé­tail, Food­watch de­vait dé­po­ser hier une plainte au pôle san­té pu­blique du par­quet de Pa­ris pour douze in­frac­tions ré­vé­lant, se­lon elle, les « dys­fonc­tion­ne­ments et dé­faillances » de Lac­ta­lis, de la grande dis­tri­bu­tion, d’un la­bo­ra­toire et des au­to­ri­tés pu­bliques. Sept fa­milles se sont as­so­ciées à cette plainte contre X, tan­dis que trente autres por­te­ront plainte à leur tour au­jourd’hui, a an­non­cé l’As­so­cia­tion des fa­milles de vic­times du lait conta­mi­né aux sal­mo­nelles (AFVLCS).

Blo­cage in­for­ma­tique du code-barres Au­di­tion­nés hier par la com­mis­sion des af­faires so­ciales du Sé­nat, les dis­tri­bu­teurs ont, eux, re­gret­té des « dé­faillances » hu­maines dans le sui­vi de la crise, et ré­cla­mé le blo­cage in­for­ma­tique du code-barres et une ré­vi­sion des pro­cé­dures de re­trait/rap­pel. Une fa­mille vient éga­le­ment de por­ter plainte pour « trom­pe­rie » mais aus­si pour « es­cro­que­rie », en vi­sant le fa­bri­cant et la Di­rec­tion gé­né­rale de l’ali­men­ta­tion, a in­di­qué l’avo­cat de cette fa­mille, Me Yas­sine Ya­kou­ti. « Le fait de ne pas avoir trans­mis des ana­lyses dont on sait sciem­ment qu’elles au­raient eu pour ef­fet de re­mettre en cause la si­tua­tion sa­ni­taire de l’usine est consti­tu­tif de ma­noeuvres frau­du­leuse propres à l’es­cro­que­rie », a-t-il es­ti­mé. Mé­de­cins sans fron­tières (MSF) a an­non­cé hier avoir été confron­tée à vingt-quatre cas de har­cè­le­ment ou d’abus sexuels en 2017 au sein de son or­ga­ni­sa­tion, alors que des ac­cu­sa­tions de viols vi­sant des em­ployés d’Ox­fam se­couent le mi­lieu hu­ma­ni­taire.

Sur 146 plaintes ou alertes re­çues par la di­rec­tion de l’or­ga­ni­sa­tion qui compte 40 000 em­ployés per­ma­nents dans le monde, « 40 cas ont été iden­ti­fiés comme des cas d’abus ou de har­cè­le­ment au terme d’une in­ves­ti­ga­tion in­terne. Sur ces 40 cas, 24 étaient des cas de har­cè­le­ment ou d’abus sexuel ».

Dix-neuf li­cen­cie­ments

Sur ces 24 cas, 19 per­sonnes ont été li­cen­ciées, a ajou­té l’or­ga­ni­sa­tion, et « dans les autres cas, les em­ployés ont été sanc­tion­nés par des me­sures dis­ci­pli­naires ou des sus­pen­sions ». Se­lon MSF, ces 24 cas si­gna­lés n’in­cluent tou­te­fois pas « les cas di­rec­te­ment gé­rés par les équipes sur le ter­rain et non si­gna­lés au siège» à Pa­ris. Le nombre ef­fec­tif de cas de har­cè­le­ment ou d’abus sexuels peut donc être po­ten­tiel­le­ment plus éle­vé.

Il lève les bras, tape ami­ca­le­ment l’épaule des gen­darmes puis em­brasse la tête d’un de ses avo­cats: dé­te­nu à l’iso­le­ment de­puis 27 mois, Ja­wad Ben­daoud, lo­geur de deux dji­ha­distes du 13-No­vembre, est sor­ti hier soir de pri­son, après sa re­laxe pro­non­cée par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris. «Tous les élé­ments consi­dé­rés comme des charges ayant jus­ti­fié le ren­voi du pré­ve­nu n’ont pas em­por­té la convic­tion du tri­bu­nal et sont in­suf­fi­sants pour dé­mon­trer la culpa­bi­li­té de Ja­wad Ben­daoud », a dé­cla­ré la pré­si­dente Isa­belle Pré­vostDes­prez, spé­cia­li­sée dans les af­faires ter­ro­ristes. Le par­quet, qui avait re­quis quatre ans de pri­son, a aus­si­tôt fait ap­pel.

Pro­cès hors norme

Ja­wad Ben­daoud, ju­gé de­puis le 24 jan­vier pour « re­cel de mal­fai­teurs ter­ro­ristes», a tou­jours cla­mé son in­no­cence tout au long de ce pro­cès hors norme. Ce ju­ge­ment conclut le pre­mier pro­cès en lien avec les at­taques du 13 no­vembre 2015. Un pro­cès re­ten­tis­sant avec quelque 700 par­ties ci­viles, plus de 100 avo­cats, des rires dé­clen­chés par les pro­pos dé­ca­lés de Ja­wad Ben­daoud, des larmes des vic­times des at­ten­tats. «On est ex­trê­me­ment émus d’avoir en­ten­du le tri­bu­nal nous dire que Ja­wad Ben­daoud était in­nocent », ont ré­agi ses avo­cats Xa­vier No­gue­ras et Ma­rie-Pom­péi Cul­lin. «La re­laxe, pour moi, elle était at­ten­due. Ja­wad m’a convain­cu sur beau­coup d’élé­ments», a dé­cla­ré Bi­lal Mo­ko­no, bles­sé par un ka­mi­kaze au Stade de France et qui se dé­place en fau­teuil rou­lant. Mais des par­ties ci­viles ont ex­pri­mé Dé­jà vi­sé par une plainte pour viol, Gé­rald Dar­ma­nin est dé­sor­mais confron­té à une en­quête pour abus de fai­blesse: une femme ac­cuse le mi­nistre de lui avoir de­man­dé des fa­veurs sexuelles en échange d’un lo­ge­ment. Mar­di, le par­quet de Pa­ris a ou­vert une en­quête pré­li­mi­naire vi­sant ce poids lourd du gou­ver­ne­ment peu après le dé­pôt de plainte de cette femme, qui a été au­di­tion­née dans la fou­lée, se­lon une source ju­di­ciaire confir­mant une in­for­ma­tion du Point.

Pour avoir un lo­ge­ment sa­lubre

La plai­gnante en­ten­due par le 1er dis­trict de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne se­rait une ha­bi­tante de Tour­coing, ville dont Gé­rald Dar­ma­nin, au­jourd’hui mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, fut le maire de 2014 à 2017. En­fer­ré dans le men­songe jus­qu’à la chute : au troi­sième jour de son pro­cès en ap­pel, Jé­rôme Ca­hu­zac a dé­crit hier cet ins­tant où le voile se dé­chire, quand le brillant mi­nistre du Bud­get de­vient un pa­ria de la Ré­pu­blique. «Au Par­le­ment, j’étais res­pec­té. Au bout de 45 se­condes, tout vole en éclats, c’est ver­ti­gi­neux », dit l’an­cien dé­pu­té à la barre. « Je me­sure la dé­fla­gra­tion na­tio­nale si j’avoue… Je mets toute la force que j’ai à es­sayer d’éteindre l’in­cen­die, alors que c’est dé­jà un feu de fo­rêt. » Il dé­crit la peur de voir ba­layé le tra­vail ac­com­pli au ser­vice de son pays, de lâ­cher ses amis et le sen­ti­ment qu’il a tou­jours le sou­tien de Fran­çois Hol­lande. C’est « la fuite en avant » : il va men­tir aux dé­pu­tés, puis aux mé­dias, « les yeux dans les yeux ». Qui est Jé­rôme Ca­hu­zac ? Ce «su­per chi­rur­gien, su­per dé­pu­té, su­per mi­nistre» dé­crit par un an­cien col­la­bo­ra­teur à Ber­cy ? Ou « Bir­die », qui ouvre en 1993 sous ce pseu­do­nyme un compte en Suisse et s’at­ta­che­ra à le dis­si­mu­ler le mieux pos­sible, jus­qu’à Sin­ga­pour? À l’au­dience, le psy­chiatre Da­niel Za­gu­ry, qui l’a ex­per­ti­sé en mai 2017, a dé­crit un homme « qui re­con­nais­sait sa faute… mais s’ac­cor­dait des cir­cons­tances at­té­nuantes», es­ti­mant que « l’homme po­li­tique en­ga­gé pour le bien pu­blic n’était plus re­de­vable au «La plai­gnante a ex­pli­qué qu’elle oc­cu­pait un lo­ge­ment in­sa­lubre», se­lon l’heb­do­ma­daire. «Elle a de­man­dé à être re­lo­gée et c’est à ce mo­ment-là que Gé­rald Dar­ma­nin lui au­rait fait des avances» à ca­rac­tère sexuel au cours des an­nées 2015 et 2016. Ces nou­velles ac­cu­sa­tions in­ter­viennent au len­de­main de l’au­di­tion libre, lun­di à Pa­ris, du mi­nistre dans une pre­mière en­quête, éga­le­ment me­née par le 1er dis­trict de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne : une femme y ac­cuse Gé­rald Dar­ma­nin d’avoir abu­sé d’elle et de sa confiance alors qu’elle sol­li­ci­tait son aide il y a près de dix ans. Des faits qu’elle qua­li­fie de viol et que conteste vi­gou­reu­se­ment le mi­nistre, qui est res­té sourd jus­qu’à pré­sent aux ap­pels à la dé­mis­sion lan­cés par des op­po­sants po­li­tiques ou dans les rangs fé­mi­nistes. jeune chi­rur­gien brillant qui avait ga­gné beau­coup d’argent ».

« L’argent ne m’in­té­resse pas »

«Il avait le sen­ti­ment d’avoir tra­hi cette pro­messe de l’aube » ,cet «héritage de va­leurs fa­mi­liales hu­ma­nistes» lé­gué par des pa­rents ré­sis­tants, se­lon l’ex­pert. De fait, le par­cours de Jé­rôme Ca­hu­zac est ti­raillé entre deux am­bi­tions. Il os­cille entre en­ga­ge­ment po­li­tique (il est au PS de­puis 1977 et fut conseiller mi­nis­té­riel de Claude Evin, avant de de­ve­nir dé­pu­té et maire), im­plants ca­pil­laires et consul­ting pour des la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques. leur «écoeu­re­ment» et leur «co­lère». «Je trouve, au re­gard de son pas­sé, que la jus­tice est vrai­ment très clé­mente », a lan­cé Pa­tri­cia Cor­reia, dont la fille a été tuée au Ba­ta­clan. «Nous sommes cho­qués par ce ver­dict qui ra­vive la dou­leur des vic­times des at­ten­tats et des fa­milles trau­ma­ti­sées par l’as­saut», dont cer­taines avaient dû être re­lo­gées, a ré­agi de son cô­té la mai­rie de Saint-De­nis.

Pri­son ferme pour les autres pré­ve­nus

Le deuxième pré­ve­nu, Mo­ha­med Sou­mah, éga­le­ment ju­gé pour «re­cel de mal­fai­teurs ter­ro­ristes», a lui été condam­né à cinq ans d’em­pri­son­ne­ment. Il avait mis en contact Has­na Aït Bou­lah­cen, qui cher­chait une planque pour les deux dji­ha­distes, et Ja­wad Ben­daoud. Une peine de quatre ans de pri­son, dont un avec sur­sis, a été pro­non­cée contre le troi­sième pré­ve­nu, Yous­sef Aït Bou­lah­cen, ju­gé pour «non-dé­non­cia­tion de crime ». Le tri­bu­nal n’a tou­te­fois pas de­man­dé de man­dat de dé­pôt pour ce pré­ve­nu qui com­pa­rais­sait libre. Il est le cou­sin d’Ab­del­ha­mid Abaaoud et le frère d’Has­na Aït Bou­lah­cen, morte aux cô­tés des ji­ha­distes dans l’as­saut du Raid. À l’ap­proche de 2012, il re­joint le can­di­dat Hol­lande. Sa maî­trise des dos­siers bud­gé­taires l’im­pose comme mi­nistre, mal­gré la mé­fiance que cet homme qui a fait for­tune, joue au golf et ha­bite les beaux quar­tiers sus­cite chez cer­tains « ca­ma­rades ». «L’argent ne m’in­té­resse pas», a-t-il ré­pé­té à l’au­dience, re­le­vant que voyant ve­nir la crise fi­nan­cière de 2008, il n’avait « rien fait pour mettre [ses] avoirs à l’abri, qui fondent». Jus­qu’au bout, il semble re­gar­der avec dis­tance ce jeune chi­rur­gien flam­beur et frau­deur, comme « un autre» que lui-même. C’est ce que le psy­chiatre a ap­pe­lé «la non-concor­dance des temps ».

A dé­cla­ré hier l’an­cien mi­nistre. (Pho­to AFP) (Cap­ture d’écran d’ar­chives BFM TV)

«En  se­condes, tout vole en éclat, c’est ver­ti­gi­neux», Ja­wad Ben­daoud était de­ve­nu cé­lèbre dans tout le pays en pas­sant en di­rect à la té­lé­vi­sion pen­dant l’as­saut. Ce­lui qui était alors maire de Tour­coing au­rait fait des avances sexuelles en échange d’un re­lo­ge­ment. (Pho­to AFP)

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