LE MONDE DE L’HÔ­TEL­LE­RIE AZURÉENNE : « NI DI­REC­TE­MENT TÉ­MOIN... NI RÉEL­LE­MENT SUR­PRIS »

Nice-Matin (Grasse / Pays Grassois) - - Monde - ERIC GALLIANO

Dans les cou­loirs feu­trés des pa­laces can­nois on se sou­vient de ce client ul­tra VIP qui ne man­quait au­cun fes­ti­val du film. « Har­vey Wein­stein des­cen­dait par­fois chez nous », confie le ré­cep­tion­niste d’un des plus beaux hô­tels de la Croisette. Il avoue avoir me­né sa propre « en­quête » en voyant le nom de ce pro­duc­teur amé­ri­cain ap­pa­raître à la une de la presse à scan­dale : « Au­cun de mes col­lègues n’a ma­ni­fes­te­ment eu à se plaindre de son com­por­te­ment », as­sure ce pro­fes­sion­nel qui concède que « pour le reste, il est tou­jours dif­fi­cile de sa­voir ce qui peut se pas­ser dans le huis clos d’une chambre...» Le « reste » ne se­rait guère à l’avan­tage de ce­lui que le monde du ci­né­ma avait re­bap­ti­sé The Pig. « Cet homme était un porc », confirme une fi­gure em­blé­ma­tique de l’hô­tel­le­rie azuréenne qui pré­fère taire son nom. « Le moins que l’on puisse dire de lui c’est qu’il man­quait d’élé­gance. A com­men­cer par la fa­çon qu’il avait de se vê­tir. Pour au­tant, as­sure-t-il lui aus­si, ja­mais je n’ai été di­rec­te­ment té­moin d’un com­por­te­ment dé­viant de sa part. Je me sou­viens sim­ple­ment d’avoir fait la ré­flexion à une cé­lèbre ac­trice fran­çaise qui, un soir de fes­ti­val, l’at­ten­dait au bar. Je lui avais de­man­dé ce qu’une aus­si jo­lie fille pou­vait bien avoir à faire avec un homme comme çà. Elle m’avait sim­ple­ment ré­pon­du que c’était un mon­sieur très in­fluent...» À l’Eden Roc on se sou­vient en­core du faste des soi­rées Mi­ra­max, la so­cié­té de pro­duc­tion que Har­vey Wein­stein a créée avec son frère avant de la re­vendre à la Dis­ney Com­pa­ny. « Il pri­va­ti­sait alors tout l’hô­tel », se sou­vient un an­cien em­ployé de cet Eden pour mil­liar­daire, au Cap-d’An­tibes, dont Wein­stein était un client fi­dèle. « Tout comme Bill Cos­by ou en­core Hugh Hef­ner, le fon­da­teur de Play­boy, qui eux aus­si ont eu à faire face au même genre d’ac­cu­sa­tions », souffle-t-il non sans en sou­li­gner « l’hy­po­cri­sie ». Car, fut un temps du moins, « ça mar­chait comme ça dans le ci­né­ma... À la pro­mo­tion ca­na­pé ». Du coup, les ré­vé­la­tions sur Har­vey Wein­stein ne semblent guère éton­ner grand monde. Sur­tout pas ceux qui cô­toyaient les cou­lisses du très sé­lect ga­la de l’AmfAR. Cette oeuvre de cha­ri­té fon­dée par Eli­za­beth Tay­lor et pré­si­dée par Sha­ron Stone réa­lise, à l’oc­ca­sion de chaque fes­ti­val de Cannes, une vente aux en­chères pour fi­nan­cer la re­cherche contre le Si­da. La so­cié­té Mi­ra­max en a été long­temps le spon­sor. Et dans les an­nées  le « gros Har­vey » ne man­quait pas d’idées pour faire mon­ter les en­chères. «Une fois il a mis en vente un slow avec Ka­ren Mul­der qui s’est adjugé près de   dol­lars, sauf que l’in­té­res­sée n’était pas au cou­rant. Une autre fois, alors que l’un des lots était une robe de la prin­cesse Dia­na, il s’est écrié : “Pour un mil­lion de dol­lars je vous pro­pose en plus une séance d’es­sayage avec Elle McP­her­son”...» Mais à l’époque, per­sonne n’avait osé s’of­fus­quer de cet « hu­mour » pour le moins gra­ve­leux.

(Pho­to P. La­poi­rie)

Har­vey Wein­stein et Sha­ron Stone au ga­la de l’AmfAR. No comment...

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.