Ter­ri­fiant !

Une équipe de France  a pu fil­mer, en Sy­rie, ce groupe de com­bat­tants ni­çois re­cru­té par le fran­co-sé­né­ga­lais, Omar Dia­by, qui s’est fait pas­ser pour mort.

Nice-Matin (Menton) - - Menton - JEAN-FRAN­ÇOIS ROUBAUD ET ERIC GALLIANO

Dans les quar­tiers de Nice, Omar Dia­by, avait été re­bap­ti­sé « Cheik Google ». De­puis la fin des an­nées 2000 ce fran­co-sé­né­ga­lais de 41 ans était om­ni­pré­sent sur les ré­seaux so­ciaux. Les vi­déos qu’il pos­tait sous le pseu­do­nyme d’Omar « Om­sen » au­raient sus­ci­té nombre de vo­ca­tions. Rien que dans le quar­tier Bon-Voyage, une ving­taine de ses an­ciens co­pains de la ci­té HLM Saint-Charles, l’au­raient ain­si re­joint en Sy­rie. Il avait fal­lu du temps et nombre de drames fa­mi­liaux pour que les au­to­ri­tés prennent en­fin la me­sure de la me­nace. Dia­by était de­ve­nu le prin­ci­pal re­cru­teur de dji­ha­distes fran­çais. Du moins jus­qu’à ce qu’on le donne pour mort en août der­nier. Tou­ché lors de com­bats dans la ré­gion d’Alep, le fran­co-sé­né­ga­lais n’au­rait pas sur­vé­cu. En fait, Omar Dia­by lui-même, af­firme au­jourd’hui n’avoir ja­mais été bles­sé. Dans une in­ter­view ex­clu­sive réa­li­sée par nos confrères de « Com­plé­ment d’En­quête », l’agent re­cru­teur ni­çois ex­plique avoir mis en scène son propre dé­cès et an­nonce qu’il va re­prendre du ser­vice!

« Par mes­sage cryp­té » « Je suis mort pour qu’on éteigne les pro­jec­teurs sur moi. » C’est ce qu’af­firme Omar Dia­by au jour­na­liste de France 2 qui a re­mon­té sa trace. De­puis de longs mois, Ro­main Bou­tilly en­quête sur le re­cru­teur ni­çois. C’est ain­si que, de fil en ai­guille, il s’est re­trou­vé en contact, « d’abord via les ré­seaux so­ciaux puis par mes­sa­ge­rie cryp­tée », avec un homme qui se pré­sente comme

le frère d’Omar. « Pe­tit à pe­tit la dis­cus­sion avance et as­sez ra­pi­de­ment il sort du bois. Il me dit que c’est lui, Omar “Om­sen”. Évi­dem­ment je doute. Je lui pose alors des ques­tions per­son­nelles aux­quelles seul Dia­by peut ré­pondre. Mais on ne peut ja­mais être vrai­ment sûr… » Ro­main Bou­tilly pro­pose alors de ve­nir le fil­mer lui et son groupe, en Sy­rie. Son in­ter­lo­cu­teur ac­cepte. C’est ain­si qu’un ca­mé­ra­man se re­trouve au sein même de la ka­ti­ba de Ni­çois di­ri­gée par Omar Dia­by dans la ré­gion de Lat­ta­quié, à mi-che­min entre Alep et Homs, sur la côte. Une tren­taine de fa­milles vivent là, dans un cam­pe­ment. La plu­part sont ori­gi­naires de la Côte d’Azur. Il y au­rait Dja­gar

le Tchét­chène, Mo­ham­med que l’on a don­né pour mort en oc­tobre der­nier, Fred le conver­ti… Sur les images fil­mées par « Com­plé­ment d’en­quête » on les voit « tout sou­rire », « dis­cu­ter en­semble », « jouer », « al­ler se bai­gner ».

« Plan de com’ » Mais, le jour­na­liste n’est pas dupe: « Omar Dia­by nous a sans doute mon­tré ce qui l’ar­ran­geait. » La ré­dac­tion de l’émis­sion s’est d’ailleurs in­ter­ro­gée sur l’op­por­tu­ni­té de dif­fu­ser ces images au risque de faire le jeu d’un vé­ri­table « plan de com’ ». « Mais, c’était aus­si une oc­ca­sion rare de com­prendre comment Dia­by re­cru­tait et di­ri­geait son groupe », sou­ligne le jour­na­liste.

D’au­tant que Cheik Google an­nonce qu’il va re­prendre du ser­vice dans ce « com­bat mé­dia­tique » qui, pour lui, « est plus im­por­tant que le com­bat mi­li­taire ». Il an­nonce la dif­fu­sion pro­chaine d’une nou­velle vi­déo. Ou plus exac­te­ment son achè­ve­ment. Avant de se faire pas­ser pour mort Omar Dia­by pro­met­tait sur les ré­seaux so­ciaux de faire « toute la vé­ri­té sur les at­ten­tats contre Char­lie Heb­do ». Dans l’in­ter­view de Com­plé­ment d’En­quête il n’hé­site pas à confes­ser qu’il « au­rait vou­lu être choi­si » par Al­lah pour me­ner cette at­taque. En re­vanche il ne semble pas cau­tion­ner les at­taques du 13 no­vembre der­nier. Il faut dire que ces der­nières ont été com­man­di­tées par l’État Is­la­mique alors que le groupe des Ni­çois est af­fi­lié au front Al-Nos­ra et donc à Al Qaï­da. Fac­tions ri­vales Or, les deux fac­tions ex­tré­mistes sont loin de faire front com­mun en Sy­rie. Une par­tie des troupes de Dia­by a d’ailleurs dé­ser­té il y a quelques mois pour re­joindre Daesh. Le fran­co-sé­né­ga­lais au­rait même été di­rec­te­ment me­na­cé par ses frères en­ne­mis de l’État is­la­mique. Ce qui pour­rait aus­si ex­pli­quer la mise en scène de sa propre mort même si, lui, livre une tout autre ex­pli­ca­tion. Il af­firme avoir « dis­pa­ru des ra­dars » pour pou­voir se faire soi­gner à l’étran­ger sans ris­quer de se faire in­ter­pel­ler. Ce qui n’est pas sans rap­pe­ler l’iti­né­raire tra­gique d’un autre dji­ha­diste, Ab­del­ha­mid Abaaoud le lo­gis­ti­cien des at­taques pa­ri­siennes, qui n’avait pas hé­si­té à se faire pas­ser pour mort au com­bat afin d’échap­per à la sur­veillance dont il fai­sait l’ob­jet. On connaît la suite de l’his­toire. Celle d’Omar Dia­by reste à écrire. Et le re­cru­teur fran­çais re­ve­nu d’entre les morts an­nonce qu’il va s’y consa­crer à nou­veau au risque de sus­ci­ter d’autres vo­ca­tions dans les quar­tiers de Nice ou d’ailleurs. Cette fois les « ser­vices » ne pour­ront pas dire qu’ils n’étaient pas au cou­rant...

(Do­cu­ment France )

Les équipes de Com­plé­ment d’en­quête de France  se sont ren­dus en sy­rie et ont pu s’en­tre­te­nir avec Omar Dia­by.

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