 M€ de dé­fi­cit: l’hô­pi­tal

Comptes plom­bés par l’ou­ver­ture de Pas­teur 2, baisse des do­ta­tions et ac­ti­vi­té molle : le CHU de Nice est con­traint de si­gner un contrat de re­tour à l’équi­libre fi­nan­cier sur fond de ten­sions in­ternes

Nice-Matin (Menton) - - Nice - LAURE BRUYAS lbruyas@ni­ce­ma­tin.fr 1. Dans le cadre de la loi san­té de Ma­ri­sol Tou­raine, la France va pas­ser de 1100 éta­blis­se­ments pu­blics de san­té à près de 200 grou­pe­ments d’hô­pi­taux.

L’hô­pi­tal est en très mau­vaise san­té fi­nan­cière. Un contrat de re­tour à l’équi­libre fi­nan­cier (CREF) de­vrait être an­non­cé pro­chai­ne­ment pour re­dres­ser les comptes. Lors de l’en­tre­tien qu’il nous ac­cor­dé, le di­rec­teur-gé­né­ral du CHU de Nice, Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler évoque «une si­tua­tion fi­nan­cière très dé­fa­vo­rable» (lire en page sui­vante). Le pré­sident de la com­mis­sion mé­di­cale d’éta­blis­se­ment (CME), Thier­ry Piche, parle, lui, «d’un bud­get très dé­gra­dé». Cer­tains, en off, n’hé­sitent pas à dire «ca­tas­tro­phique ». Si les ana­lyses va­rient, les chiffres font consen­sus. Le CHU de Nice clô­ture l’exer­cice 2015 avec 28 mil­lions d’eu­ros de dé­fi­cit. Un «trou » qui se creuse de­puis plu­sieurs an­nées mal­gré un re­tour à l’équi­libre en 2013: l’hô­pi­tal cu­mule au­jourd’hui 130 mil­lions d’eu­ros de dé­fi­cit. L’éta­blis­se­ment, qui a dû em­prun­ter pour com­bler ses comptes dans le rouge et pour fi­nan­cer, no­tam­ment, la construc­tion de Pas­teur 2, est très en­det­té. «Fin 2015, cet en­det­te­ment re­pré­sente près de 400 mil­lions d’eu­ros», ap­prend-on dans l’édi­tion d’avril du jour­nal in­terne de l’hô­pi­tal.

Une fa­laise à  mil­lions Des ré­sul­tats qui font du CHU de Nice, «un hô­pi­tal très mal po­si­tion­né: on est le deuxième plus mau­vais élève de France sur le plan éco­no­mique-ges­tion après Pointe-à-Pitre se­lon un clas­se­ment na­tio­nal sur la per­for­mance des éta­blis­se­ments » , af­firme le pré­sident de la CME, Thier­ry Piche. Des al­lé­ga­tions dé­men­ties par la di­rec­tion : «Les deux tiers des CHU sont dé­fi­ci­taires en 2015. On n’est pas bien pla­cés mais on n’est ni les der­niers ni les avant­der­niers». Pour 2016, les pers­pec­tives ne sont pas meilleures: «Au pre­mier tri­mestre, ce­la conti­nue de se dé­gra­der» ,re­grette Thier­ry Piche. Se­lon la CGT, le dé­fi­cit pré­vi­sion­nel de l’an­née en cours est d’ores et dé­jà es­ti­mé à «33 mil­lions d’eu­ros».

Les causes de ce dé­vis­sage fi­nan­cier? Deux rai­sons prin­ci­pales : des comptes plom­bés par les sur­coûts mal an­ti­ci­pés de l’ou­ver­ture de Pas­teur 2 (10 mil­lions en 2015) et une baisse des do­ta­tions de l’État (9 mil­lions en 2015 au titre du plan trien­nal d’éco­no­mies sur les dé­penses d’as­su­rance-ma­la­die). A ce­la s’ajoute un pa­ri – ra­té – de l’aug­men­ta­tion de l’ac­ti­vi­té liée à l’ou­ver­ture de Pas­teur 2: «Les re­cettes ne sont pas à la hau­teur des frais en­gen­drés», dé­plore Thier­ry Piche tan­dis que la CGT épingle, en­core et tou­jours, «la ta­ri­fi­ca­tion à l’acte». Puis, il y a les mau­vaises sur­prises: der­rière l’hô­pi­tal Pas­teur, la fa­laise fra­gi­li­sée doit im­pé­ra­ti­ve­ment être conso­li­dée. Coût: 20 mil­lions d’eu­ros qui pè­se­ront sur les exer­cices 2016 et 2017. Pour sur­vivre, le

CHU de Nice, qui em­ploie 8000 sa­la­riés, est con­traint de si­gner un contrat de re­tour à l’équi­libre fi­nan­cier,« une pro­cé­dure de pré­ven­tion qui n’est pas ra­ris­sime », af­firme l’Agence ré­gio­nale de san­té (ARS). L’éta­blis­se­ment pas­se­ra, avant l’été, devant le Co­mi­té in­ter­mi­nis­té­riel de per­for­mance et de la mo­der­ni­sa­tion de l’offre de soins (Co­per­mo) et de­vra mon­trer à l’État qu’il est ca­pable de re­mon­ter la pente. C’est la condi­tion pour pou­voir faire re­par­tir ses pro­jets en panne: la tranche 2 de Pas­teur 2 et le pôle mère-en­fant.

« Ré­duire la voi­lure » La vente an­non­cée de plu­sieurs im­meubles ap­par­te­nant à l’hô­pi­tal (dont l’an­cien hô­pi­tal Saint-Roch es­ti­mé à 50 mil­lions) ne suf­fi­ra pas. «Nous de­vons ré­duire la voi­lure», an­nonce

le di­rec­teur-gé­né­ral, Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler. Pas de li­cen­cie­ments, des sa­laires qui se­ront bien payés, pro­met-il, mais des me­sures d’éco­no­mies dras­tiques. «Je n’ima­gine pas ne pas y ar­ri­ver», mar­tèle le res­pon­sable du CHU. Il pren­dra sa re­traite au 1er août mais, d’ici là, il le rap­pelle, c’est lui « le ca­pi­taine » : «On est dans la tem­pête, ma mis­sion, c’est de ne pas lais­ser le ba­teau s’échouer sur un écueil». Quitte à « ne pas faire dans la den­telle» .Età­dé­plaire comme quand, le 18 avril, il a «dé­nom­mé» les chefs de pôles (les mé­de­cins qui di­rigent les sec­teurs d’ac­ti­vi­té de l’hô­pi­tal). Les pôles ont été re­ma­niés, fu­sion­nés, par­fois sup­pri­més. Et des nou­veaux hommes ont été nom­més à leur tête. Une « dé­ci­sion ex­trê­me­ment bru­tale», «un li­mo­geage», «un rè­gle­ment de comptes à OK Cor­ral», dé­noncent des mé­de­cins (lire ci-des­sous). Une dé­ci­sion qui fait mon­ter un plus peu la tem­pé­ra­ture d’un CHU au bord de la sur­chauffe entre bruits de cou­loirs, que­relles et épui­se­ment. Les ten­sions s’en­ve­niment à la veille d’une autre pe­tite révolution au 1er juillet : la mise en place des Grou­pe­ments hos­pi­ta­liers de ter­ri­toire (GHT) (1). Et la CGT pré­vient, par la voix de Joëlle Mon­ta, la se­cré­taire de l’Union syn­di­cale des hos­pi­ta­liers de Nice : « La di­rec­tion a fait des er­reurs stra­té­giques et nous n’ac­cep­te­rons pas qu’elle les fasse payer aux agents ou aux pa­tients».

(Pho­tos Franck Fer­nandes)

Sur les  mil­lions de dé­fi­cit de l’exer­cice ,  sont di­rec­te­ment liés à l’ou­ver­ture de Pas­teur .

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