Des mé­de­cins dé­noncent «un rè­gle­ment de comptes à OK Cor­ral»

Nice-Matin (Menton) - - Nice -

Sa­laires en re­tard de quelques jours en no­vembre, ru­meurs af­fo­lantes, in­quié­tude et fa­tigue : de­puis des mois, le ten­sio­mètre grimpe cô­té per­son­nel. La ré­or­ga­ni­sa­tion des pôles a mis le feu aux poudres. Cette dé­ci­sion a été an­non­cée lors d’une réunion de la com­mis­sion mé­di­cale d’éta­blis­se­ment (CME), le 18 avril. Ce jour-là, le di­rec­teur-gé­né­ral, Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler, a «dé­nom­mé» tous les chefs de pôles, les mé­de­cins res­pon­sables des sec­teurs d’ac­ti­vi­té du CHU. De­puis, la rup­ture est consom­mée entre la di­rec­tion et une par­tie de la com­mu­nau­té mé­di­cale, qui re­proche à Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler « un li­mo­geage à peine dé­gui­sé». C’est un «rè­gle­ment de comptes à OK Cor­ral», dé­nonce un mé­de­cin. « Les choses se sont faites bru­ta­le­ment, té­moigne un autre, de graves er­reurs de ges­tion ont été com­mises par la di­rec­tion et la sanc­tion qu’on a trou­vée c’est de vi­rer les mé­de­cins comme des mal­propres. Que l’on puisse être plus ef­fi­cients et éco­no­miques, on en a conscience, mais ar­ri­ver en di­sant ”On rase gra­tis et on ren­verse la table”ne mar­che­ra pas. On tra­vaille du ma­tin au soir et on ne veut pas por­ter le cha­peau du dé­fi­cit!»

« Une dé­ci­sion de sur­vie » dé­fend la di­rec­tion Les pé­ri­mètres des pôles ont été re­dé­fi­nis. Les 16 an­ciens pôles ont été ré­duits à 12. Un ap­pel à can­di­da­tures a été lan­cé et de nou­veaux chefs ont été nom­més par la di­rec­tion gé­né­rale. Seuls deux an­ciens res­pon­sables ont conser­vé leur pôle. « De grands mé­de­cins ont été écar­tés, des élèves se sont pré­sen­tés contre leurs pa­trons, ça a dé­chi­ré l’hô­pi­tal », ex­plique une in­fir­mière. Dans les cou­loirs, on parle de « co­pi­nage ». Cer­tains ac­cusent: « On a dé­mis­sion­né ceux qui l’ou­vraient trop ». Et on s’étonne que « la re­dé­fi­ni­tion des pôles ait été dé­ci­dée sans qu’au­cun pro­jet glo­bal n’ait été pré­sen­té, sans que l’on sache quelles éco­no­mies ça per­met... Il s’agit de dé­ci­sions ex­trê­me­ment graves qui ne se­ront pas as­su­mées par ce­lui qui les a prises, Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler par­tant à la re­traite dans deux mois... C’est comme si, moi, mé­de­cin, je dé­ci­dais seul d’une opé­ra­tion ex­trê­me­ment com­plexe, que j’ou­vrais le pa­tient et que je me bar­rais: c’est du grand n’im­porte quoi ! » Du cô­té de la di­rec­tion, on se dé­fend «d’avoir cou­pé des têtes ». Em­ma­nuel Bou­vier-Mul­ler jus­ti­fie « une dé­ci­sion forte de sur­vie de l’éta­blis­se­ment». « Adap­ter les contours des pôles est une des clés pour ré­duire les dé­penses en op­ti­mi­sant l’ac­cueil des ma­lades, sou­tient Thier­ry Piche, pré­sident de la CME. Il ajoute : « Ces mo­di­fi­ca­tions ont été vo­tées à 82 % par la CME ». « On a ex­po­sé les mo­tifs de ce vi­rage ma­na­gé­rial : ga­ran­tir la qua­li­té et la sé­cu­ri­té des soins, s’ins­crire dans la stra­té­gie des grou­pe­ments hos­pi­ta­liers de ter­ri­toire (GHT) et faire évo­luer la struc­ture de ma­nière à ce qu’elle ne coûte pas plus qu’elle ne rap­porte...Tout le monde pou­vait le­ver le doigt pour can­di­da­ter mais il fal­lait ac­cep­ter ces trois mis­sions. Je n’ai pas nom­mé des chefs de pôle à la lé­gère : j’ai choi­si des gens qui vont ré­for­mer et faire bou­ger », ex­plique Em­ma­nuel Bou­vierMul­ler. Il en­tend « la co­lère ». Mais, af­firme-til, les fron­deurs sont « une mi­no­ri­té qui a vu dans les ré­sul­tats de la CME que sa vi­sion n’est pas par­ta­gée».

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