Ces drôles de Fran­çais

Nice-Matin (Menton) - - France - Par CLAUDE WEILL

Dis­cus­sion avec un tou­riste an­glais, dans la file d’ at­tente qui s’ étire devant la sta­tion ser­vice.

- Par­don Mon­sieur, sau­riez­vous me dire ce qui se passe ? C’est la troi­sième fois que j’es­saie de faire le plein, et chaque fois je dois faire la queue pen­dant plus d’une heure. Il n’y a plus d’es­sence en France ? - Si, il y a des ré­serves, mais les Fran­çais ont peur de se re­trou­ver en panne, alors ils rem­plissent leur ré­ser­voir par pré­cau­tion. -Donc ils vident les cuves parce qu’ il sont peur que les cuves se vident ? -Si­vous­vou­lez, oui. -Bi­zarre… -Et­pour­quoiont-ils­peurque les cuves soient vides ? -A cause du conflit so­cial: la grève des raf­fi­ne­ries, des trans­por­teurs, des do­ckers, etc. - Pour­quoi font-ils grève ? -A cause d’ une loi que les viennent de vo­ter. En­fin… sans vrai­ment la vo­ter, par­ceque le gou­ver­ne­ment s’ est ar­ran­gé pour quel aloi passe sans vote. -La loi est dé­jà pas­sée et ils font grève quand même ? -Ben, oui. Ils de­mandent que la loi soit re­ti­rée. -Et­qu’est-ce­qu’ilya­dans cette loi ? -Le gros mor­ceau, c’ est que l’ or­ga­ni­sa­tion du temps de tra­vail se­ra né­go­cié eau ni­veau des en­tre­prises. -Et les syn­di­cats ne veulent pas né­go­cier sur le temps de tra­vail ? - Ça dé­pend. Cer­tains, oui ; d’ autres non. La CG TestElle craint que les pa­trons im­posent leur loi. Elle veut que ce soit ni­veau des branches. Ou que ce soit ré­glé par­la loi. -Dites donc, elle doit être drô­le­ment puis­sante, cette CGT ! -Pas vrai­ment, non. Elle est plu­tôt en perte de vi­tesse. -On ne di­rait pas… Et je sup­pose que les raf­fi­ne­ries ou les do­ckers sont les plus me­na­cés par cette loi. -Non, eux ils sont tel­le­ment puis­sants qu’ ils n’ ont pas grand chose à craindre. -J’ ai vu aus­si quel aS N CF et la RAT P al­laient se mettre en grève. J’ ima­gine que les sa­la­riés, là, sont di­rec­te­ment me­na­cés par­la loi dont vous par­lez… -Ah non, en­core moins. Eux ont un ré­gime spé­cial. La loi ne les concerne pas. A prio­ri, leurs re­ven­di­ca­tions n’ ont rien à voir. AlaSN CF, la grève porte sur le sta­tut du fer­ro­viaire, et à la RAT P, sur les sa­laires. Mais ils es­saient de fé­dé­rer les faire plier le gou­ver­ne­ment. -Parce qu’ ils es­pèrent la so­cia­listes et le re­tour de l’ op­po­si­tion? -Sur­tout­pas !Le­pro­gramme de la droite, c’ est la po­li­tique des so­cia­listes au car­ré, ou au cube. Tout ce que la CG T dé­teste. -Bi­zarre, bi­zarre… Mais di­tes­moi, les Fran­çais doivent être fu­rieux contre ces­syn­di­ca­list es­qui leur com­pliquent l’ exis­tence! ! -Pas vrai­ment, non. Ils sont contre les blocages. Mais ils pensent plu­tôt que c’ est la faute du gou­ver­ne­ment. -Parce qu’ il n’ est pas as­sez ferme et qu’ il ne ré­qui­si­tionne pas les gré­vistes ? -Euh non, plu­tôt parce qu’ il est trop ferme. En fait beau­coup pensent qu’ il de­vrait re­ti­rer sa loi ou la re­né­go­cier. - Et il va le faire ? -Pas simple. En fait les di­vi­sés. Le pre­mier mi­nistre est dé­ci­dé à te­nir bon pour in­fli­ger une dé­faite à la CGT. -Un­peu comme Mag­gie That cher avec les syn­di­cats de mi­neurs ? -Si vous vou­lez. Mais­so­cia­listes sont plu­tôt par­ti­sans de tran­si­ger. A un an des élec­tions, ils n’ ont pas en­vie de­voir la gauche se frac­ture r et de se mettre à dos une grande par­tie du monde ou­vrier. -Mais alors, si les so­cia­listes ont si peur de se fâ­cher avec les syn­di­cats et le monde ou­vrier, pour­quoi se sont-ils lan­cés dans cette ré­forme? - Ah, ça… Mys­tère ! -Vous êtes vrai­ment un drôle de peuple, vous les Fran­çais. -Ça fait par­tie de notre charme… -Si­vous­le­dites… -En­fin, tout ça nous a ai­dé à pa­tien­ter. Je vois que la queue a dis­pa­ru. Je vais pou­voir faire le plein, main­te­nant. Ah, non, zut ! La­cu­veest­vide…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.