Coup de sang L’as­so­cia­tion L, qui mi­lite contre la souf­france ani­male, a mis en ligne hier une vi­déo tour­née clan­des­ti­ne­ment dans l’abat­toir de Pu­get-Thé­niers.

Connue pour ses vi­déos chocs, l’as­so­cia­tion L214, qui mi­lite contre la souf­france ani­male et la consommation de viande, a mis en ligne une sé­quence tour­née clan­des­ti­ne­ment dans l’en­tre­prise

Nice-Matin (Menton) - - Menton - DOS­SIER: ERIC GALLIANO ET CH­RIS­TOPHE CIRONE

On voit une ma­chine mé­tal­lique re­je­ter à même le sol un veau à la ma­nière d’un dis­tri­bu­teur de bois­son qui re­crache une ca­nette de so­da. On croit l’ani­mal dé­jà mort. Il est juste étour­di. Mal étour­di. Lors­qu’un em­ployé de l’abat­toir de Pu­get-Thé­niers le sou­lève avec un treuil mé­ca­nique, le veau sus­pen­du par une patte au­des­sus d’un bac dé­jà rem­pli de sang se met à gi­go­ter. On com­prend mieux le sens de ce mot. Les coups de cou­teau des hommes en blanc n’y changent rien. Le veau, la gorge tran­chée, conti­nue de se dé­battre. Un em­ployé tente d’ef­fa­cer à grands coups de jet les pro­jec­tions qui en­va­hissent l’écran. En vain. Ces ef­fu­sions de sang res­te­ront long­temps gra­vées dans les es­prits de ceux qui ont re­gar­dé les vi­déos mises en ligne hier ma­tin par l’as­so­cia­tion L214. C’est le but. «Notre mis­sion, c’est de don­ner à voir la réa­li­té de ce qui se passe dans les abat­toirs», sou­ligne Bri­gitte Go­thière au nom de L214. Une lettre, trois chiffres, dix-sept sa­la­riés, 16 000 membres et 500 000 fol­lo­wers sur Fa­ce­book, cette as­so­cia­tion est un peu l’al­ter ego de Sea she­pherd, les pi­rates de la cause ani­male. Sauf que L214 ne les dé­fend pas dans leur mi­lieu na­tu­rel. L’as­so­cia­tion s’est spé­cia­li­sée dans la di­vul­ga­tion de vi­déos chocs tour­nées en ca­mé­ra ca­chée dans les abat­toirs. La qua­trième

en à peine huit mois. Après Alès ou Vi­gnan en dé­but d’an­née, c’est au tour de l’abat­toir de Pu­get-Thé­niers, avec ce­lui de Pé­ze­nas dans l’Hé­rault, de se faire épin­gler sur la toile. Cette fois, ce se­rait moins le com­por­te­ment du per­son­nel, que les ins­tal­la­tions qui se­raient en cause. « Nous n’avons pas re­le­vé d’acte de sa­disme dans cet abat­toir, re­con­naît Bri­gitte Go­thière, qui sou­ligne en re­vanche « un pro­blème d’équi­pe­ment et d’abat­tage sans étour­dis­se­ment »: « Comme le piège est trop pe­tit, ils sont obli­gés de sai­sir l’ani­mal par les cornes, de lui en­rou­ler une corde au­tour du cou, de ti­rer des­sus. On voit même à un mo­ment un ou­vrier qui met les mains dans les na­seaux du veau pour es­sayer de lui main­te­nir la tête dans le piège.» L’as­so­cia­tion rap­pelle qu’après la di­vul­ga­tion de ses pre­mières vi­déos chocs, le mi­nistre de l’Agriculture, Sté­phane Le Foll, s’était pour­tant en­ga­gé à contrô­ler tous les abat­toirs de France.

Mise en de­meure de l’État

Ce­lui des Alpes-Ma­ri­times a bien fait l’ob­jet d’un «au­dit», confirme la pré­fec­ture des Alpes-Ma­ri­times, pas plus tard que le 23 avril der­nier. Soit quelques jours seule­ment avant le tour­nage clan­des­tin par un «lan­ceur d’alerte» dont L214 en­tend « pro­té­ger l’ano­ny­mat » .Les ins­pec­teurs de l’État avaient, eux aus­si, no­té des points de «non-confor­mi­té» lors de leur vi­site. Concer­nant « un équi­pe­ment d’élec­tro­nar­cose », au­tre­ment dit l’étour­dis­se­ment, et les «modes opé­ra­toires». L’abat­toir de Pu­get-Thé­niers avait deux mois pour se mettre en confor­mi­té, soit jus­qu’au 23 juin. Son res­pon­sable, Em­ma­nuel Viz­za, as­sure que le ma­té­riel en ques­tion a été «ache­té, li­vré et ins­tal­lé». L’abat­toir ne fonc­tion­ne­rait donc pas illé­ga­le­ment de­puis six jours. Il a pour­tant été fer­mé hier jus­qu’à nou­vel ordre (voir ci-contre). Mais uni­que­ment pour pré­ser­ver les em­ployés pris dans cette po­lé­mique, se­lon Em­ma­nuel Viz­za. «Des hommes res­pec­tables et res­pec­tueux qui font un mé­tier dif­fi­cile », in­siste Charles-Ange Gi­ne­sy, dé­pu­té et conseiller dé­par­te­men­tal qui siège au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’abat­toir. Cet élu rap­pelle les ef­forts fi­nan­ciers consi­dé­rables consen­tis de­puis des an­nées par la col­lec­ti­vi­té pour main­te­nir et mettre aux normes cet ou­til unique dans le dé­par­te­ment. L’abat­toir de Pu­get-Thé­niers est en ef­fet struc­tu­rel­le­ment dé­fi­ci­taire. Sans les 400 000 eu­ros de sub­ven­tions ver­sées chaque an­née, il au­rait fer­mé de­puis long­temps.

«At­taque idéo­lo­gique»

«Avec les consé­quences que ce­la au­rait sur toute la fi­lière bo­vine dans le dé­par­te­ment. En sou­te­nant l’abat­toir, c’est le pas­to­ra­lisme, nos éle­veurs, une tra­di­tion et un cer­tain mo­dèle éco­no­mique que l’on dé­fend. Ce n’est pas ce­lui de ces adeptes du ve­ga­nisme, que je res­pecte», as­sure Char­lesAnge Gi­ne­sy qui dé­nonce tou­te­fois les mé­thodes de ce « lob­by de man­geurs d’herbe » : «C’est une at­taque en règle qui a été me­née pour des rai­sons pu­re­ment idéo­lo­giques ». L’as­so­cia­tion L214 ne s’en cache d’ailleurs pas. Ses vi­déos ont pour but de pous­ser les pou­voirs pu­blics à prendre des me­sures «im­mé­diates» pour «li­mi­ter la souf­france ani­male dans les abat­toirs» qui sont, se­lon ses mi­li­tants, «l’âge pré­his­to­rique de notre mode de consommation ali­men­taire». Pour Bri­gitte Go­thière il faut «chan­ger nos pra­tiques ali­men­taires et se di­ri­ger vers le vé­ga­nisme, c’est-à-dire ne plus consommer au­cun pro­duit d’ori­gine ani­male. On conti­nue de se nour­rir de viande alors qu’au­jourd’hui on sait très bien qu’on n’en a pas be­soin.» C’est du moins la convic­tion de L214.

Cap­ture d’écran de la vi­déo dif­fu­sée hier par l’as­so­cia­tion L et tour­née clan­des­ti­ne­ment dans l’abat­toir de Pu­get-Thé­niers.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.