Pri­son de Grasse: deux sur­veillants écroués

Nice-Matin (Menton) - - Côte d’Azur - CH­RIS­TOPHE PERRIN chper­rin@ni­ce­ma­tin.fr

Etait-ce vrai­ment le ha­sard si ces deux jeunes sur­veillants pé­ni­ten­tiaires dé­cou­vraient ré­gu­liè­re­ment des té­lé­phones por­tables dans les cel­lules de la pri­son de Grasse ? Des trou­vailles qui leur va­laient des lettres de fé­li­ci­ta­tions de leur hié­rar­chie. En août 2014, un dé­te­nu, cho­qué par la du­pli­ci­té des deux gar­diens mais sur­tout sou­cieux d’ob­te­nir une re­mise de peine, dé­nonce un tra­fic. Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique di­li­gente aus­si­tôt une en­quête. Il y a ur­gence d’au­tant qu’une rixe au bâ­ti­ment 2 au­rait pour ori­gine le contrôle d’une fi­lière d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de smart­phones au sein même de la dé­ten­tion. Quatre mois plus tard, les gen­darmes in­ter­pellent sur le par­king de la pri­son Flo­rian Bac, 30 ans. Dans le coffre de sa voi­ture, sept té­lé­phones por­tables et des char­geurs. D’autres ap­pa­reils sont dé­cou­verts dans son ca­sier. Dif­fi­cile de nier les faits. Des en­re­gis­tre­ments vi­déo sont ac­ca­blants. Tra­duit de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel, hier après-mi­di, l’ex-sur­veillant pé­ni­ten­tiaire, vê­tu d’un cos­tume bleu, san­glote à la barre: « J’ai per­du mon travail, mon épouse, mon ap­par­te­ment. Je n’ai pas d’ex­cuse. » « Vous avez échap­pé de peu, à cause d’un im­pair du juge d’ins­truc­tion, à la qua­li­fi­ca­tion de cor­rup­tion. Vous au­riez en­cou­ru non pas trois ans de pri­son mais dix ans », ob­serve Marc Joan­do, le pré­sident du tri­bu­nal. Le ma­gis­trat cherche à com­prendre les mo­ti­va­tions du sur­veillant qui tra­vaille dé­sor­mais dans le pri­vé. « J’étais sur­en­det­té. Je ris­quais d’être fi­ché à la Banque de France », ex­plique le pré­ve­nu dont le tra­fic ne lui au­rait rap­por­té que 1 200 eu­ros. Le pré­sident Joan­do semble in­cré­dule: « Un té­lé­phone vaut 500 eu­ros en dé­ten­tion. » Il note en ins­trui­sant le dos­sier que le cor­rup­teur pré­su­mé est un voyou d’en­ver­gure, condam­né aux as­sises à douze ans de ré­clu­sion, en ca­vale pen­dant deux ans. Le ma­gis­trat ser­monne gen­ti­ment le pré­ve­nu : « Vous vous ren­dez compte que vous met­tiez en pé­ril la sé­cu­ri­té de vos col­lègues ? » « J’igno­rais son pro­fil pé­ni­ten­tiaire », ré­pond, pe­naud, Flo­rian Bac. Au­jourd’hui j’ai tour­né la page, j’es­saie de me re­cons­truire.» Le pro­cu­reur Georges Gu­tier­rez, lui, ne l’a pas tour­née et veut clore avec fer­me­té ce cha­pitre noir de l’his­toire de la pri­son de Grasse. « Vous avez à ju­ger une af­faire gra­vis­sime, et je pèse mes mots », tonne le pro­cu­reur en s’adres­sant au tri­bu­nal. « Ces jeunes sur­veillants ont tra­hi l’État.» « Cette af­faire, c’est le monde en l’en­vers. Ce sont des dé­te­nus qui ne com­prennent pas l’at­ti­tude de ces deux sur­veillants et qui dé­noncent des agents doubles. » Le pro­cu­reur re­quiert trois ans ferme contre Bac, dix-huit mois ferme contre Flo­rian Rue­lan, qui, lui, n’au­rait cé­dé qu’une fois à la ten­ta­tion.

Me­not­tés à la barre

Les plai­doi­ries des avo­cats de la dé­fense, qui avaient sol­li­ci­té en vain des dé­bats à huis clos, in­flé­chi­ront peu le tri­bu­nal. Même si les ma­gis­trats du siège et du par­quet ont sou­li­gné les im­menses dif­fi­cul­tés du mé­tier de sur­veillants pé­ni­ten­tiaires – « sou­mis à des pres­sions ex­tra­or­di­naires avec des sa­laires très in­suf­fi­sants »–ils ont en­voyé les deux ex-sur­veillants en pri­son : trois ans pour Bac, un an pour Rue­lan. Avec, ul­time hu­mi­lia­tion, les me­nottes à la barre, eux qui, jus­qu’à pré­sent, avaient bé­né­fi­cié de la pré­somp­tion d’in­no­cence.

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