Quelle Eu­rope ?

Nice-Matin (Menton) - - Europe - Par MI­CHÈLE COTTA

Le choc de Brexit ne se li­mite pas à la Grande-Bretagne. Tous les pays d’Eu­rope ac­cusent le coup. Pas un jour ne se passe, de­puis l’an­nonce du ré­sul­tat an­glais, sans que les di­ri­geants eu­ro­péens n’échangent leurs points de vue et ne ré­vèlent leurs craintes. Réunion entre Fran­çois Hol­lande, l’Ita­lien Mat­teo Ren­zi et la chan­ce­lière al­le­mande lun­di ; ren­contre, hier et avant-hier, des  pays pour dire « bye bye » au Royaume-Uni, puis pour com­men­cer d’ap­por­ter une ré­ponse col­lec­tive à l’aban­don an­glais. Dé­bat en­fin à l’As­sem­blée na­tio­nale, hier, entre op­po­si­tion et ma­jo­ri­té. Une cer­ti­tude après les échanges d’hier au Pa­lais-Bour­bon : la ré­ponse à ap­por­ter au Brexit ne di­vise pas la droite et la gauche, mais cha­cun des deux camps. Il y a, par exemple, entre le dis­cours de Ma­nuel Valls, mar­di, et ce­lui de son fa­rouche op­po­sant Fran­çois Fillon plus d’une conver­gence. Ce n’est pas un ha­sard si le Pre­mier mi­nistre s’est ré­fé­ré à Phi­lippe Sé­guin, dont Fran­çois Fillon a été le plus proche lieu­te­nant. Phi­lippe Sé­guin s’était op­po­sé en  à la si­gna­ture par la

France du

trai­té

fon­da­teur de Maas­tricht, dé­cri­vant connaî­trai­tun fé­dé­ra­lis­mede fa­çon l’Eu­rope vi­sion­naire eu­ro­péen,si elle tou­te­set vou­lait brus­querles al­ler dif­fi­cul­tésles trop peu­ples­vite que vers qui la fe­rait com­posent. sim­ple­ment« Une le Eu­ro­pe­lit des na­tio­na­lismes»,qui nie­rait les na­tions a dit avant-hier le Pre­mier mi­nistre, re­pre­nant à son compte l’idée d’une Eu­rope « sé­gui­niste », d’une Eu­rope qui ne soit pas « en­va­his­sante pour l’ac­ces­soire et ab­sente sur l’es­sen­tiel ». Fran­çois Fillon a ri­va­li­sé avec Valls sur ce ter­rain : « Nous ne se­rons ja­mais , at-il ap­puyé, un État fé­dé­ral, Nous sommes trop dif­fé­rents pour y par­ve­nir ». Mieux vaut dé­sor­mais, pour

«Pour Fran­çois Fillon, mieux vaut dé­sor­mais re­cen­trer l’Eu­rope sur des co­opé­ra­tions es­sen­tielles. »

lui, re­cen­trer l’Eu­rope sur des co­opé­ra­tions es­sen­tielles. Quelle Eu­rope, donc, après le choc du Brexit? Une Eu­rope to­ta­le­ment «ré­in­ven­tée», comme ont plai­dé, in­ter­ve­nant après Fran­çois Fillon, mais pas sur le même ton, au nom des Ré­pu­bli­cains, Laurent Wau­quiez et Bru­no Le Maire? Une Eu­rope re­cen­trée au­tour de ses membres fon­da­teurs ? Une Eu­rope des peuples, sans que l’on sache exac­te­ment ce que ces mots veulent dire, proche de ce que prône le Front na­tio­nal ? Une Eu­rope qui n’in­ter­vienne pas sur tout, mais fe­rait mieux ce qu’elle fait ? Qui conti­nue à marche for­cée vers une Eu­rope plus fé­dé­rale ? Sur la ques­tion du fé­dé­ra­lisme, ne se des­sine-t-il pas d’ailleurs, du côté de la ma­jo­ri­té, deux orien­ta­tions dif­fé­rentes, tou­jours pas cla­ri­fiées. La concep­tion ex­po­sée, mar­di, par le Pre­mier Mi­nistre est-elle ri­gou­reu­se­ment celle du pré­sident de la Ré­pu­blique? À y re­gar­der de près, sans doute pas. Entre ce­lui qui s’est long­temps vou­lu le fils spi­ri­tuel de Jacques De­lors, et ce­lui qui, au­jourd’hui, cite Phi­lippe Sé­guin, il y a, en ef­fet, à pré­voir, quelques nuances d’im­por­tance. Ain­si le choc du Brexit agit-il, dans chaque camp, comme un vé­ri­table ré­vé­la­teur entre ceux qui, à l’ins­tar de Fran­çois Hol­lande, ap­pellent au « sur­saut », ceux qui pré­fé­re­raient tout dé­truire pour tout re­cons­truire, ou bien, tout sim­ple­ment, une pause.

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