Le vol­can s’est ré­veillé

Com­plè­te­ment per­du dans les an­nées 2000, le football is­lan­dais a su se re­le­ver entre crise éco­no­mique, al­cool, ta­bac et formation ac­cé­lé­rée de ses en­traî­neurs

Nice-Matin (Menton) - - Sports - MA­THIEU FAURE

Au Nord de l’Is­lande, c’est le Groën­land. Au­tant dire rien. Sur­tout sur la pla­nète football. Alors comment cette île aus­si peu­plée que la Corse a-t-elle réus­si à se his­ser par­mi les huit meilleures na­tions d’Eu­rope, à l’oc­ca­sion de sa pre­mière par­ti­ci­pa­tion à l’Eu­ro ? Bonne ques­tion qui trouve une par­tie de ses ré­ponses dans une vo­lon­té éta­tique d’ai­der sa jeu­nesse. Et comme à chaque dé­but de ré­vo­lu­tion, il faut chan­ger le cadre. L’Is­lande, c’est dé­jà un cli­mat, comment dire, hos­tile. Ce n’est pas pour rien qu’on y tourne toutes les scènes ‘‘par-de­là le Mur’’ de la sé­rie à suc­cès Game of Th­rones. Dès lors, le football is­lan­dais se trou­vait étran­glé par un cham­pion­nat pris dans la glace et les vol­cans où la com­pé­ti­tion phare ne du­rait que cinq mois, peu­plée d’ama­teurs et dis­pu­tée sur des ter­rains abî­més par le cli­mat.

Le sport pour ré­duire l’al­coo­lisme de la jeu­nesse...

Dé­but des an­nées 2000, la KSI (Fé­dé­ra­tion is­lan­daise de football) dé­cide de prendre les choses en mains. Sur­tout que ce­la cor­res­pond à un be­soin d’in­té­rêt na­tio­nal. Dans les an­nées 90, la jeu­nesse is­lan­daise s’en­fi­lait plus de clopes et de litres d’al­cool que de ki­lo­mètres sur un ter­rain de football. Pour chan­ger les men­ta­li­tés et don­ner un fu­tur à sa jeu­nesse,

le mi­nis­tère qui re­groupe à la fois la culture, la jeu­nesse, la science et l’éducation dé­cide de com­man­der une étude sur ses propres ga­mins. Le ré­sul­tat est pro­bant : l’ins­crip­tion dans un club de sport, quand elle était bien or­ga­ni­sée, per­met­tait de ré­duire l’al­coo­lisme chez les mi­neurs. Les po­li­tiques ont pris le su­jet en main, en pre­mier lieu les mu­ni­ci­pa­li­tés en construi­sant des in­fra­struc­tures spor­tives de pre­mier plan, et no­tam­ment des ter­rains de football cou­verts. A ce mo­ment, l’Is­lande est en plein boom éco­no­mique et cer­tains bu­si­ness­men du Nord, sur­nom­més « les nou­veaux vi­kings », placent des billes dans des grands clubs

de football comme West Ham.

 ter­rains ‘‘in­door’’

Mo­ra­li­té, au dé­part de ce pro­gramme, l’Is­lande ne dis­po­sait que d’un seul ter­rain in­té­rieur. Au­jourd’hui, le pays en compte onze ain­si qu’une tren­taine de syn­thé­tiques ex­té­rieurs et cent trente mi­ni-ter­rains. De cette ré­vo­lu­tion va naître la gé­né­ra­tion ‘‘In­door’’. Sig­thórs­son, Finn­bo­ga­son, Si­gurd­sson ont no­tam­ment fait leurs classes sur ces ter­rains cou­verts. Do­ré­na­vant, les meilleurs jeunes is­lan­dais peuvent s’en­traî­ner toute l’an­née. Mais pour pas­ser un cap, il faut sa­voir en­ca­drer ses ap­pren­tis

foot­bal­leurs. C’est ain­si qu’en 2002, Sig­gi Ey­jolf­sson, an­cien in­ter­na­tio­nal, prend en main la DTN lo­cale. Son but ? For­mer des en­traî­neurs. Dès lors, le pays change brus­que­ment de bra­quet. En 2000, l’Is­lande ne for­mait que 71 coaches à cer­tains di­plômes UEFA. 15 ans plus tard, ils étaient près de 700. En 2012, neuf coaches du cru ob­te­naient leur UEFA Pro de­gree, le di­plôme le plus éle­vé que l’on puisse re­ce­voir pour exer­cer en Eu­rope. La nou­velle Is­lande est en marche. Un pro­fes­sion­na­lisme qui avait im­pres­sion­né l’an­cien dé­fen­seur nor­vé­gien de Man­ches­ter Uni­ted, Hen­ning Berg, lors­qu’il était en­traî­neur de

Lyn, dans les co­lonnes du ca­nard is­lan­dais Mor­gun­bla­did : « La men­ta­li­té, c’est la pre­mière chose que tu re­marques chez les joueurs is­lan­dais. Ils donnent tou­jours le meilleur dans l’ef­fort, bossent dur à l’en­traî­ne­ment et sont forts men­ta­le­ment. Ils sup­portent la pres­sion et agissent en vrais pro­fes­sion­nels. » Il ne res­tait plus qu’à choi­sir le bon coach pour l’équipe na­tio­nale.

L’ef­fet La­gerbäck

Et pour une fois, les Is­lan­dais vont se tour­ner vers leur voi­sin sué­dois pour y dé­ni­cher Lars La­gerbäck, l’an­cien sé­lec­tion­neur de la Suède qui avait por­té l’équipe na­tio­nale en hui­tièmes de fi­nale de Coupe du monde par deux fois (2002 et 2006), ain­si qu’en quart de fi­nale de l’Eu­ro 2004. De­puis 1991 et Bo Jo­hans­son, l’Is­lande n’avait plus connu de sé­lec­tion­neur étran­ger. En place de­puis 2011, La­gerbäck va prendre le temps de fa­çon­ner son groupe. Bar­ra­giste pour la Coupe du monde 2014, l’Is­lande s’est invitée à l’Eu­ro cet été. Une ré­com­pense pour un pe­tit pays qui a éga­le­ment en­voyé ses sé­lec­tions na­tio­nales à l’Eu­ro de hand­ball et de bas­ket-ball. Res­pect.

(Ph. Epa/MaxPPP)

A Reyk­ja­vik, la ca­pi­tale, les Is­lan­dais vibrent aux ex­ploits de leurs foot­bal­leurs. En­fin !

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