Du tac au tac

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - Côte D’azur -

Der­rière son al­lure d’ho­no­rable sé­na­teur cra­va­té et dé­sor­mais che­nu, Jean-Pierre Le­leux cache bien son jeu. L’homme est bo­hème, il a l’âme va­ga­bonde. À la fin de ses études et sa vie du­rant, il a sillon­né le vaste monde, lan­cé dans des road trips de plu­sieurs mois, fa­çon 4L et cam­ping de for­tune. Entre dix-huit et vingt-cinq ans, il a ain­si par­cou­ru l’Asie, l’Afrique et l’Amé­rique du Sud. Des voyages de sept mois par-ci, trois mois par-là qui, au dé­part de Grasse, l’ont conduit jus­qu’en Inde en pas­sant par l’Af­gha­nis­tan et le Ka­boul d’alors dont il garde un sou­ve­nir ému: «Les gens dé­ga­geaient une for­mi­dable joie de vivre. Ils ven­daient trois fruits et en­suite ils jouis­saient de l’exis­tence. Un to­tal contraste avec le fa­ta­lisme que j’ai en­suite dé­cou­vert en Inde…» De­ve­nu maire de Grasse, il tra­dui­ra son ou­ver­ture au monde dans une ac­tion de dé­ve­lop­pe­ment en fa­veur de la com­mune de Leg­moin, au Bur­ki­na Fa­so.

« on fait d’abord pour com­mu­ni­quer et se va­lo­ri­ser soi-même, dans une agi­ta­tion per­ma­nente. Moi, j’aime les choses qui sont bien faites, en pre­nant le temps. Au­jourd’hui, tout va trop vite ».

« Je pen­sais qu’il était l’homme qu’il fal­lait pour re­dres­ser la France. C’est quel­qu’un d’as­sez fer­mé, mais nous avions be­soin d’un Pré­sident, pas d’un co­pain qui vous tape sur l’épaule. »

Une fier­té ?

Ma fa­mille.

Un re­gret ?

Ne pas avoir fi­na­li­sé mon pro­jet de fu­ni­cu­laire sur Grasse.

Une en­vie ?

Ter­mi­ner mon livre consa­cré à Grasse.

Un mo­dèle ?

Au­cun. Je suis mon che­min.

Jean-Pierre Le­leux dans sa chère ville de Grasse.

Les voyages sont sa pre­mière bous­sole. La mu­sique est la deuxième. Jouant de la gui­tare de­puis l’ado­les­cence, M. le sé­na­teur com­pose et écrit des chan­sons. Il a même dé­po­sé une cin­quan­taine de titres à la Sa­cem. «J’adore ça, j’ai tou­jours ma gui­tare dans mon bu­reau. En sept ou huit strophes, j’es­saie de ra­con­ter une his­toire, en m’ins­pi­rant de « aty­pique et ana­chro­nique »

Une ville ?

San Car­los de Ba­ri­loche, au nord de l’Ar­gen­tine.

Un livre ?

Le Pro­phète de Kha­lil Gi­bran.

Un film ?

Le Dî­ner de cons de Fran­cis Ve­ber.

Une mu­sique ?

La bos­sa nova. Brel et Bras­sens, qui ont im­pré­gné ma gé­né­ra­tion. » Sa troi­sième ba­lise, c’est évi­dem­ment Grasse. Il y est ar­ri­vé à l’âge de cinq ans, en pro­ve­nance du Nord où ses pa­rents (pa­pa ar­den­nais et ma­man belge) te­naient un ate­lier de vê­te­ments. «Ils sont ve­nus à Grasse pour re­mé­dier à l’asthme sé­vère dont souf­frait mon père. Le cli­mat a fait son oeuvre, il n’a plus ja­mais eu de crise. » Ses pa­rents ont ou­vert une épi­ce­rie-bou­lan­ge­rie dans le quar­tier de Saint-Jacques. « La moi­tié des gens par­laient en­core le pa­tois. Mon père, avec ses lu­nettes d’écaille, et ma mère, por­tant beau le chi­gnon, ont d’abord été re­gar­dés comme des cu­rio­si­tés. » Mais très vite, Jean-Pierre, à l’ins­tar de ses deux soeurs aî­nées, va sa­vou­rer son en­fance dans une longue ins­pi­ra­tion. «Je res­tais des heures à ob­ser­ver ces champs qui pas­saient du blanc au vert sous l’ef­fet d’une ran­gée de femmes cour­bées, pa­nier à la taille ou ta­blier re­trous­sé. De leurs doigts agiles, elles cli­que­taient les fleurs une à une, sans en al­té­rer la su­perbe fra­gi­li­té. Cette odeur m’en­ivrait. » Au­jourd’hui, il porte à bout de bras le pro­jet vi­sant à faire ins­crire par l’Unes­co « les sa­voir-faire liés au par­fum en Pays de Grasse » au Pa­tri­moine cultu­rel im­ma­té­riel de l’Hu­ma­ni­té, comme un pré­cieux héritage com­mun. À l’is­sue d’un long pro­ces­sus en­ta­mé en 2008, ce pour­rait être chose faite en fin d’an­née. Né le 8 mai 1947 à Gand (Bel­gique).

Ma­rié, trois en­fants, huit pe­tits-en­fants.

Sé­na­teur LR de­puis le 1er oc­tobre 2008.

Maire de Grasse de 1995 à 2014.

Pré­sident de la Com­mu­nau­té du pays de Grasse de 2001 à 2014.

Conseiller gé­né­ral de Grasse-Sud (1989-98) puis de Grasse-Nord et vice-pré­sident du Dé­par­te­ment (2004-08).

Une en­fance scou­tiste, ici en  (il est le pre­mier rang, en par­tant de la droite). A Leg­moin au Bur­ki­na Fa­so, en . Avec Fran­çois, en . En­tou­ré de ses en­fants et pe­tits-en­fants. e au A un col fron­tière entre le Chi­li et l’Ar­gen­tine, en . Sa gui­tare ne le quitte pas.

Jean-Pierre Le­leux l’as­sume. Il est un homme po­li­tique un peu vieille école, hors d’âge, pour le dire avec ses mots. Il se sent en dé­ca­lage avec un monde po­li­tique où Lors de la pri­maire de la droite, il fut un sou­tien de la pre­mière heure de Fran­çois Fillon, alors très bas dans les son­dages. Il ne le re­grette pas.

(DR)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.