L’ami­ral Sé­nès aux ma­rins du Léon-Gam­bet­ta :«Nous sommes per­dus mes en­fants, tâ­chez de vous sau­ver ! »

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - Armistice De 14-18 -

Le 27 avril 1915, le jour n’est pas en­core le­vé. Le Léon-Gam­bet­ta, un croi­seur-cui­ras­sé, pa­trouille dans l’Adria­tique, dans une zone bap­ti­sée « la Gueule du Loup », proche de la côte ita­lienne. Il par­ti­cipe au ver­rouillage du ca­nal d’Otrante, avec pour mis­sion d’em­pê­cher les Au­tri­chiens de re­joindre le dé­troit des Dar­da­nelles, où de­puis fé­vrier, les Fran­çais et les Bri­tan­niques mènent leur ex­pé­di­tion [voir par ailleurs]. Sou­dain, une vio­lente dé­fla­gra­tion se­coue le na­vire. Puis une se­conde. Le Léon-Gam­bet­ta vient d’être tor­pillé par un sous-ma­rin au­tri­chien. Les hommes tentent de re­joindre les ca­nots de sau­ve­tage. Mais beau­coup sont rem­plis de pommes de terre, qui de­vaient les nour­rir. Moins de quinze mi­nutes plus tard, le na­vire est en­glou­ti. Sur les 821 ma­rins, seuls 137 hommes vont sur­vivre et par­mi eux au­cun of­fi­cier. Des ma­rins qui viennent du Beaus­set, de Tou­lon, La Ca­dière, Flas­sans, Ol­lioules, La Seyne, Co­go­lin, Men­ton, Pu­get-Thé­niers, An­tibes, Cannes, Bas­tia, Ajac­cio, Bo­ni­fa­cio ou de Bre­tagne...

Ré­cit d’un Va­rois res­ca­pé

« En­fin, j’ar­rive sur le pont. Le na­vire com­men­çait à cou­ler. J’étais nu. J’en­tends l’ami­ral qui nous crie : “Nous sommes per­dus mes en­fants, tâ­chez de vous sau­ver !” Alors on cria : “Vive la France !” et on chan­ta La Mar­seillaise », ra­conte le ma­te­lot Mont­fort, par­ti de La Ca­dière faire la guerre. Il se­ra se­cou­ru, plu­sieurs heures plus tard, par un tor­pilleur ita­lien. L’Ita­lie est en­core neutre dans le conflit, à ce mo­ment-là. L’ami­ral dont il parle s’ap­pelle Vic­tor-Bap­tis­tin Sé­nès, né à Tou­lon le 31 mai 1857. Quelques se­maines avant la tra­gé­die, il avait écrit à Au­gus­tin Boué de La­pey­rère, com­man­dant en chef des forces al­liées en Mé­di­ter­ra­née : « Il­me­pa­raît in­dis­pen­sable de faire es­cor­ter, en­ca­drer les croi­seurs par les contre-tor­pilleurs, ne se­raitce que pour re­cueillir les équi­pages des na­vires qui se­ront tor­pillés. » Son cour­rier est res­té sans suite. Dé­co­ré de la Lé­gion d’hon­neur, la citation qu’il re­çoit à titre post­hume pré­cise qu’il s’est lais­sé en­glou­tir avec le Léon-Gam­bet­ta, par­ti de Tou­lon le 3 août 1914. Pour la pre­mière fois de l’his­toire na­vale, un sous-ma­rin en im­mer­sion tor­pillait un na­vire.

(@col­lec­tion Mi­chel Au­gier et DR)

Le Léon-Gam­bet­ta coule le  avril . Sur  ma­rins,  meurent, dont l’ami­ral Sé­nès (ci-contre).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.