Le Tou­lon­nais Rai­mu mi­ra­cu­lé des tran­chées

Paul Ré­mond, fu­tur évêque de Nice, com­man­dant hé­roïque

Nice-Matin (Nice Littoral et Vallées) - - Armistice De 14-18 -

En ce 2 août 1916, au bord de la Somme, sur un che­min en­com­bré de ca­davres d’hommes et de che­vaux, le capitaine, ins­tal­lé dans son au­to­mi­trailleuse, donne le si­gnal de l’as­saut. Les Al­le­mands ré­pliquent en ti­rant. Ça mi­traille à tout va. Im­pos­sible de conti­nuer. Le capitaine aper­çoit alors un vieux mou­lin sur le bas-cô­té et dé­cide de s’y re­plier. Les hommes se jettent hors de leurs vé­hi­cules, courbent le dos sous les tirs en­ne­mis, se ruent vers le bâ­ti­ment. Le capitaine, qui Sep­tembre 1914. L’ar­mée fran­çaise se dé­ploie sur le front de l’Est. Tan­dis que se pré­pare la pre­mière ba­taille de la Marne, un contin­gent de sol­dats pro­ve­nant du 15e Train des équi­pages d’Orange est en­voyé du cô­té de Ver­dun et com­mence à oc­cu­per les pre­mières tran­chées. Par­mi ces sol­dats, se trouve le co­mé­dien tou­lon­nais Jules Mu­raire, dit Rai­mu, âgé de 31 ans. Sou­dain, un obus al­le­mand. Un obus comme il y en eut des di­zaines de mil­liers re­marque l’un de ses hommes en dif­fi­cul­té, res­sort sous les bom­bar­de­ments pour lui por­ter se­cours. Il a dé­jà fait ce­la l’an­née pré­cé­dente et a été bles­sé. Il n’hé­site pas à re­com­men­cer.

« Juste par­mi les na­tions »

Ce capitaine n’est pas un homme comme les autres. C’est un prêtre, Paul Ré­mond. Il est en­tré dans la guerre dès le 2 août 1914, à 41 ans. Il a été nom­mé capitaine en 1915, de­vien­dra com­man­dant – l’ec­clé­sias­tique d’autres sur ce site. Dans le va­carme gé­né­ral, cet obus a at­teint la tran­chée où se trouve Rai­mu. Il voit au­tour de lui tous ses ca­ma­rades dis­pa­raître, en­se­ve­lis sous l’ef­fon­dre­ment de la terre.

Tro­phée de guerre

Mais lui, mi­ra­cu­leu­se­ment, est pro­té­gé par un mor­ceau de char­pente ser­vant d’étai à la tran­chée. Il est bles­sé mais vi­vant. Avant d’être éva­cué souf­frant, ha­gard, le plus gra­dé de l’ar­mée. Il a com­man­dé à des hommes jus­qu’à l’épui­se­ment. Il sa­vait les en­cou­ra­ger, les conso­ler, les ac­com­pa­gner au seuil de la mort. Paul Ré­mond se­ra nom­mé évêque de Nice en 1930 et res­te­ra à ce poste jus­qu’en 1963, dé­si­gné « Juste par­mi les na­tions » pour son ac­tion dans la Se­conde Guerre mon­diale. Il de­meure l’une des grandes fi­gures de l’his­toire re­li­gieuse ni­çoise. il ar­rache un mor­ceau de bois de la poutre pro­tec­trice. Ce se­ra son tro­phée de guerre pour la vie. Il le trans­for­me­ra en fé­tiche et le tien­dra en se­cret, dans le fond de sa poche droite comme porte-bon­heur, tout au long de sa vie, sur scène ou sur les pla­teaux. Sans doute l’avait-il sur lui, sur le port de Mar­seille, lors­qu’il tour­nait la tri­lo­gie des films de Mar­cel Pa­gnol (Ma­rius, Fan­ny, Cé­sar). Mais per­sonne ne le sa­vait !

(DR)

Paul Ré­mond (ici à droite) fut l’ec­clé­sias­tique le plus haut gra­dé dans l’ar­mée.

(Pho­to DR)

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