Le grand jeu.

Numéro Homme - - Sommaire - par Oli­vier Joyard, por­traits Da­nielle Le­vitt

Trop grand, trop doué, Ru­dy Go­bert, l’en­fant de Pi­car­die, est al­lé ex­por­ter son ta­lent dans la meilleure ligue de bas­ket-ball du monde, l’amé­ri­caine NBA. De­puis, le pi­vot des Utah Jazz af­fole les sta­tis­tiques spor­tives, mais bat aus­si tous les re­cords en ma­tière de ré­mu­né­ra­tion, avec un sa­laire de 102 mil­lions d’eu­ros sur quatre ans, qui fait de lui le spor­tif fran­çais le mieux payé du monde. Ren­contre à Salt Lake Ci­ty, en pays mor­mon. Par Oli­vier Joyard, por­traits Da­nielle Le­vitt

Trop grand, trop doué, Ru­dy Go­bert, l’en­fant de Pi­car­die, est al­lé ex­por­ter son ta­lent dans la meilleure ligue de bas­ket-ball du monde, l’amé­ri­caine NBA. De­puis, le pi­vot des Utah Jazz af­fole les sta­tis­tiques spor­tives, mais bat aus­si aus­si tous les re­cords en ma­tière de ré­mu­né­ra­tion, avec un sa­laire de 102 mil­lions d’eu­ros sur quatre ans, qui fait de lui le spor­tif fran­çais le mieux payé du monde. Ren­contre à Salt Lake Ci­ty, en pays mor­mon.

Le 31 oc­tobre 2016, quelques lunes après le

dé­but d’une nou­velle sai­son de dunks et de pas­sion mon­dia­li­sée pour la balle orange, Ru­dy Go­bert a mis sa plus belle veste plu­tôt que de se pré­sen­ter à l’en­traî­ne­ment, avec une ex­cuse en bé­ton pour ne pas trans­pi­rer et en­fi­ler ses bas­kets taille 54 ce jour-là : il ho­no­rait un ren­dez-vous as­sez par­ti­cu­lier avec les di­ri­geants du Utah Jazz, l’équipe dans la­quelle le bas­ket­teur fran­çais évo­lue de­puis son ar­ri­vée dans la meilleure ligue du monde en 2013. Une his­toire d’argent et de confiance s’est jouée en quelques mi­nutes feu­trées. Beau­coup d’argent et beau­coup de confiance. 102 mil­lions de dol­lars et un contrat de quatre ans, pour être pré­cis, soit un sa­laire d’en­vi­ron 25 mil­lions de dol­lars an­nuels, pour une pré­sence in­ten­sive sur les par­quets de l’au­tomne à la fin du prin­temps, au cas où les joueurs de Salt Lake Ci­ty iraient loin dans la quête du cham­pion­nat, l’ob­jec­tif du club. En­core peu connu du grand pu­blic, loin de pos­sé­der l’au­ra mé­dia­tique des foot­bal­leurs, Go­bert est pour­tant de­ve­nu à 24 ans le spor­tif fran­çais le mieux payé de l’His­toire. Mieux que Paul Pog­ba ou Ka­rim Ben­ze­ma, stars du bal­lon rond, et même mieux que To­ny Par­ker, l’icône éter­nelle du bas­ket made in

France. En toute sim­pli­ci­té. Un jack­pot dû à la flambée des salaires dans le sport pro­fes­sion­nel amé­ri­cain de­puis quelques an­nées, mais aus­si et sur­tout au ta­lent hors norme de ce gar­çon né à Saint- Quen­tin dans l’Aisne, au dé­but de l’été 1992.

Au mi­tan des an­nées 2000, dans sa pro­vince

aus­si clas­sique qu’un ro­man du XIXe siècle, Ru­dy Go­bert n’est en­core qu’un fan de bas­ket par­mi d’autres (et un col­lé­gien un peu plus grand que la moyenne) quand il com­mence à jouer à 11 ans. On ima­gine que son père, Ru­dy Bour­ga­rel, ex- joueur de l’équipe de France culmi­nant à 2,13 mètres, lui a ino­cu­lé le vi­rus. De­puis sa mai­son de Salt Lake Ci­ty, le fils ra­conte une his­toire lé­gè­re­ment dif­fé­rente : “Mon père a fait du bas­ket, mais ce ne sont pas mes pa­rents qui m’ont pous­sé à jouer. Ma mère vou­lait avant tout que ça se

passe bien à l’école pour moi.” Comme pas mal d’en­fants et d’ados d’une époque où Internet n’est pas en­core ac­ces­sible à chaque se­conde via les Smart­phone, Go­bert doit trou­ver des as­tuces pour as­sou­vir

sa pas­sion. Alors, il pro­fite des ins­tal­la­tions in­for­ma­tiques de son col­lège pour rê­ver de NBA. “J’al­lais au CDI et je re­gar­dais des vi­déos sur Internet. Je n’ai­mais pas seule­ment jouer, j’étais vrai­ment un pas­sion­né du jeu. Le bas­ket a en­va­hi ma vie. Je met­tais des pos­ters dans ma chambre, mais par contre je ne me fixais pas sur une seule per­sonne. Je n’ai ja­mais eu d’idoles. Je ne me suis ja­mais dit que

je vou­lais être le même joueur qu’un­tel ou un­tel.” Avoir gran­di dans son sport sans mo­dèles écra­sants à imi­ter est sans doute une clef du suc­cès de Ru­dy Go­bert. Il faut dire que, vu de­puis la France, même si les pers­pec­tives vers la NBA se sont lar­ge­ment ou­vertes de­puis les an­nées 2000, quelque chose in­ter­dit de­puis tou­jours de s’ima­gi­ner trop haut, dans une ligue en­core lar­ge­ment do­mi­née par les joueurs nés aux États- Unis. À l’époque, Go­bert est en tout cas loin d’avoir cet ob­jec­tif en tête. Il se lance même dans plu­sieurs ac­ti­vi­tés en pa­ral­lèle. “J’ai es­sayé beau­coup de sports en club avant que le bas­ket ne m’accroche plus que les autres. J’ai fait de la boxe, un peu de ka­ra­té et aus­si de l’ath­lé­tisme. Je jouais éga­le­ment au foot pour m’amu­ser avec des potes, dans la cour ou sur des ter­rains mu­ni­ci­paux.”

À 13 ans, pour­tant, le choix est fait. Dé­fi­ni­tif.

Ce se­ront les par­quets, les pa­niers, les chaus­settes re­le­vées et les shorts longs, le dé­but d’une as­cen­sion com­plexe et lente à se des­si­ner. Le gar­çon est d’abord re­pé­ré par le club prin­ci­pal de sa ville du Nord de la France, le Saint- Quen­tin Bas­ket- Ball, avant d’in­té­grer le pôle es­poirs d’Amiens à 13 ans. Après la Pi­car­die, il des­cend en­suite de cinq cents ki­lo­mètres pour at­ter­rir à la croi­sée de la Bre­tagne et de la Ven­dée, ac­cueilli par le centre de for­ma­tion d’un club phare, le Cho­let Bas­ket, où sont no­tam­ment pas­sés An­toine Ri­gau­deau, Nan­do de Co­lo et d’autres joueurs ayant évo­lué en NBA comme Ke­vin Sé­ra­phin,

“Entre l’âge de 15 et 18 ans, au mo­ment où la plu­part de mes amis ont ar­rê­té de gran­dir, moi je suis pas­sé de 1,95 à 2,15 mètres. Vingt cen­ti­mètres en trois ans, c’est beau­coup ! Ça change tout !”

Mi­ckaël Ge­la­bale et Ro­drigue Beau­bois. Mais, là-bas, les dé­buts sont un peu plus dif­fi­ciles que pré­vu. La pres­sion des co­équi­piers pas vrai­ment heu­reux de voir ar­ri­ver un concur­rent sé­rieux et sur­tout les ca­prices de la na­ture changent la vie de Ru­dy Go­bert. “Entre 15 et 18 ans, quand la plu­part de mes amis ont ar­rê­té de gran­dir, moi je suis pas­sé de 1,95 à 2,15 mètres. Vingt cen­ti­mètres en trois ans, c’est beau­coup ! Ça change tout !” À la clef, pas mal de gênes mus­cu­laires, des ge­noux grin­çants, une ai­sance moins évi­dente dans les dé­pla­ce­ments et un coup au mo­ral pour un joueur qui aborde le mo­ment dé­ci­sif où un en­fan­ta­do au- des­sus de la moyenne doit se pré­pa­rer à jouer bien­tôt avec des adultes. Ses pieds se mettent à dé­pas­ser du lit. Le re­gard des autres change. Ses sai­sons de ca­det laissent pla­ner un doute sur sa ca­pa­ci­té à fran­chir le cap, mais Go­bert ne lâche pas, s’en­traîne phy­si­que­ment pour com­pen­ser le fait que ses muscles ne poussent pas aus­si vite que son sque­lette. “C’est clair, tu ne peux pas pous­ser en taille et être fort en même temps. Moi j’es­sayais d’y ar­ri­ver quand même. Je bos­sais. Fi­na­le­ment j’ai réus­si à être plus cos­taud… Ça ne se voyait pas tou­jours à cause de ma taille. Mais, au lieu de m’as­som­mer, ça

me mo­ti­vait.” La per­sé­vé­rance est par­fois une forme d’as­su­rance pour la réus­site quand elle s’as­so­cie au ta­lent et aux ca­pa­ci­tés in­nées. À 18 ans, Ru­dy Go­bert fi­nit par se dé­faire de ses pro­blèmes de crois­sance et in­tègre, avec une am­bi­tion hors norme, l’élite du bas­ket fran­çais à Cho­let. Il est sé­lec­tion­né en équipe de France, ju­nior d’abord, puis 20 ans et moins, avec la­quelle il rem­porte sa pre­mière mé­daille in­ter­na­tio­nale en bronze, aux Cham­pion­nats d’Eu­rope 2011 qui ont lieu en Es­pagne. L’an­née sui­vante, en 2012, les Bleus échouent en fi­nale contre la Li­tua­nie et le joueur fait par­tie du groupe de l’équipe de France se­nior pour la pré­pa­ra­tion des Jeux olym­piques de Londres.

“Des fai­blesses, tout le monde en a. La mienne, c’était d’être trop maigre. En ar­ri­vant à Utah, j’avais at­teint ma ma­tu­ri­té mus­cu­laire et os­seuse, mais je ne pos­sé­dais pas as­sez de masse mus­cu­laire.”

Mais c’est en 2013 que le des­tin de Ru­dy Go­bert prend une tout autre di­men­sion, qui sur­prend les ob­ser­va­teurs. Lui, qui a de­puis plu­sieurs an­nées trans­for­mé son rêve de NBA en ob­jec­tif pal­pable, ne peut que trou­ver ce­la nor­mal.

À l’is­sue de sa se­conde sai­son pro­fes­sion­nelle à

Cho­let, où il a ter­mi­né meilleur contreur du cham­pion­nat fran­çais, le Fren­chie dé­cide de pré­sen­ter sa can­di­da­ture à la Draft NBA, une sorte de grand bar­num en forme de mar­ché aux fu­tures stars, où chaque an­née à New York, les jeunes joueurs les plus ta­len­tueux is­sus du monde uni­ver­si­taire ou des clubs eu­ro­péens sont sé­lec­tion­nés par ordre de pré­fé­rence. Toutes les fran­chises, des Chi­ca­go Bulls aux Los An­geles La­kers, ont la pos­si­bi­li­té de choi­sir leurs pré­fé­rés se­lon un clas­se­ment de prio­ri­tés éta­bli par la ligue. Le 27 juin 2013, à l’ap­pel de son nom, Ru­dy Go­bert monte sur scène en vingt- sep­tième po­si­tion du pre­mier tour, une re­la­tive dé­cep­tion alors que les spé­cia­listes l’an­non­çaient dans le top ten après des ru­meurs po­si­tives. Le signe que sa cote n’est pas aus­si haute que lui- même l’ima­gi­nait : huit autres pi­vots (son poste sur le ter­rain) ont été choi­sis avant lui. Sur­tout, le pa­tron de la NBA, Da­vid Stern, tend au Fran­çais la cas­quette des Den­ver Nug­gets, dont il ne se­ra pas membre bien long­temps. L’équipe du Co­lo­ra­do s’em­presse d’échan­ger le joueur avec les Utah Jazz contre un autre ain­si qu’une somme d’argent. L’en­trée de Ru­dy Go­bert dans la plus grande ligue de bas­ket du monde se fait donc par le biais d’une ex­pé­rience un peu trou­blante – la sen­sa­tion d’être une mar­chan­dise échan­geable. Quelques an­nées plus tard, Den­ver peut se mordre les doigts de n’avoir pas cru dans ses ca­pa­ci­tés à long terme et de l’avoir lais­sé fi­ler. Mais à l’époque,

le che­min sta­ri­sé qui at­ten­dait le Kid de Saint- Quen­tin n’avait rien d’une évi­dence. Car en­trer en NBA peut se ré­vé­ler plus simple qu’y sur­vivre. Beau­coup se cassent les dents et brisent leurs rêves en se croyant ar­ri­vés dans le go­tha, où la concur­rence est bru­tale, voire im­pi­toyable. Ba­la­dé entre l’équipe pre­mière et la ré­serve du­rant sa pre­mière sai­son, Go­bert a eu la force de ca­rac­tère suf­fi­sante pour ne pas brû­ler d’im­pa­tience ni bais­ser les bras. “Tout dé­pend de ce que tu veux. Si tu dé­sires juste al­ler en NBA pour al­ler en NBA, c’est une op­tion. Cha­cun fait ce dont il a en­vie. Cer­tains ont ten­dance à se re­lâ­cher et croire que tout est ac­quis, mais il y a cent autres mecs qui ar­rivent der­rière pour prendre ta place. La plu­part des gens ri­go­laient un peu quand j’ai ex­pli­qué que j’avais

des ob­jec­tifs am­bi­tieux, mais je les ai at­teints.” Pour ce­la, il a fal­lu tra­vailler sans re­lâche et faire fruc­ti­fier ses atouts na­tu­rels. De­puis son plus jeune âge, la pre­mière force de Ru­dy Go­bert est res­tée constante : “J’ai tou­jours été très co­or­don­né.” Sa ca­pa­ci­té de mou­ve­ment et de pré­ci­sion dans les gestes, son agi­li­té as­sez unique pour un joueur de cette taille, tout ce­la lui a of­fert l’as­su­rance de sor­tir du lot, pour de­ve­nir autre chose qu’un très grand gar­çon for­cé­ment mal­adroit. Dans le monde im­pi­toyable de la NBA, les hommes de plus de 7 pieds (2,13 mètres) consti­tuent une caste à part très re­cher­chée, où les pé­pites sont rares et doivent sou­vent être po­lies comme des joyaux bruts. Ce­la aus­si, Go­bert l’a in­té­gré très tôt. “Des fai­blesses, tout le monde en a. La mienne, c’était d’être trop maigre. En ar­ri­vant à Utah, j’avais fi­ni de gran­dir et at­teint ma ma­tu­ri­té mus­cu­laire et os­seuse, mais je ne pos­sé­dais pas as­sez de masse mus­cu­laire. Alors j’ai com­men­cé à bos­ser le phy­sique pour évi­ter les bles­sures avec la mul­ti­pli­ca­tion des matchs et des im­pacts.”

“Les gens pensent que le sport pro, ça s’ar­rête aux matchs et à la lu­mière qu’on pro­jette sur nous, mais tout ce qui est à cô­té me pa­raît ma­jeur. J’es­saie d’uti­li­ser tous les ou­tils pour être le meilleur pos­sible.”

Jouer un match en NBA, c’est se re­trou­ver dans une arène peu­plée de monstres ha­biles et dé­rou­tants, de­voir se faire une place dans un océan de muscles et de sueur. C’est sou­le­ver de la fonte et mul­ti­plier les ef­forts pour ne pas tom­ber après le pre­mier coup d’épaule du pre­mier mas­to­donte ve­nu. Pour te­nir le cap, Go­bert a trans­for­mé son quo­ti­dien de ma­nière en­core plus ra­di­cale que le font la plu­part des spor­tifs de haut ni­veau, por­tant une at­ten­tion mi­nu­tieuse à tous les as­pects de son mé­tier. “Pour moi, c’est un mode de vie, le re­pos, la ré­cu­pé­ra­tion, faire at­ten­tion aux re­pas… Le com­mun des mor­tels ne voit pas ça. Les gens pensent que le sport pro, ça s’ar­rête aux matchs et à la lu­mière qu’on pro­jette sur nous, mais tout ce qui est à cô­té me pa­raît ma­jeur. J’es­saie d’uti­li­ser tous les ou­tils pour être le meilleur pos­sible. Beau­coup de per­sonnes

m’aident et m’ont ai­dé pen­dant ma car­rière.” Bien qu’il tra­verse ac­tuel­le­ment une sai­son tron­quée par des bles­sures qui l’ont te­nu éloi­gné des ter­rains plu­sieurs se­maines, le Fran­çais peut se tar­guer d’avoir connu une pro­gres­sion fas­ci­nante de­puis ses dé­buts aux États- Unis, au point de de­ve­nir l’un des big

guys les plus res­pec­tés de la NBA. Ses sta­tis­tiques ont constam­ment aug­men­té, jus­qu’à par­ve­nir à des chiffres de très haut ni­veau. Pen­dant la sai­son 2016-2017, Go­bert a cu­mu­lé 14 points, 13 re­bonds et 2,64 contres de moyenne sur 81 ren­contres, lui don­nant l’al­lure d’un joueur d’ex­cep­tion. Son en­ver­gure ex­cep­tion­nelle (2,36 mètres bras dé­ployés de chaque cô­té du corps !) al­liée à un sens du ti­ming par­fait en font une me­nace constante sous le pa­nier. La presse l’a sur­nom­mé “Gob­zilla” et des vi­déos de ses ex­ploits dé­vas­ta­teurs cir­culent sur You­Tube. À l’is­sue de cette sai­son rem­por­tée par les Gol­den State War­riors, l’ex- es­poir de Cho­let a ter­mi­né deuxième au clas­se­ment du meilleur dé­fen­seur de la

ligue. Un tro­phée qui lui semble pro­mis dans les pro­chaines an­nées, si tout se passe bien, ain­si qu’une place au All- Star Game, ce match de ga­la très spec­ta­cu­laire réunis­sant les plus grandes fi­gures du

jeu chaque mois de fé­vrier. “Je ne me fixe pas vrai­ment de li­mites. Mon ob­jec­tif col­lec­tif est de ga­gner le titre avec les Utah Jazz. In­di­vi­duel­le­ment, je sou­haite de­ve­nir le meilleur joueur pos­sible, étape par étape. L’ob­jec­tif d’être ‘All- Star’ est très fort. J’es­père avoir fait quelques pro­grès. Je veux être un des plus forts à mon poste.”

Alors que To­ny Par­ker tra­verse la der­nière par­tie

de sa car­rière ( le me­neur de jeu des San An­to­nio Spurs a été pri­vé de son poste de ti­tu­laire par son coach Gregg Po­po­vich à la fin du mois de jan­vier der­nier), Ru­dy Go­bert va de­voir re­le­ver dans les an­nées à ve­nir un dé­fi pa­ral­lèle à ce­lui de sa car­rière pro­fes­sion­nelle lu­cra­tive : s’im­po­ser comme le lea­der d’une nou­velle gé­né­ra­tion du bas­ket fran­çais. Une tâche pour le moins dif­fi­cile, pa­ra­doxa­le­ment peut- être plus com­plexe pour le na­tif de Saint- Quen­tin, dont la re­la­tion avec les Bleus ne s’est pas en­core cons­truite dans la conti­nui­té. Sou­vent, le di­lemme pour un joueur de NBA tri­co­lore est fort : com­ment cu­mu­ler l’en­vie de re­pré­sen­ter son pays avec l’obli­ga­tion de ne pas me­na­cer son in­té­gri­té phy­sique ? La fran­chise qui dé­bourse un sa­laire fa­ra­mi­neux voit d’un mau­vais oeil la par­ti­ci­pa­tion de son pou­lain à des tour­nois in­ter­na­tio­naux. L’an der­nier, après une bles­sure, Go­bert a pré­fé­ré re­non­cer à par­ti­ci­per à l’Eu­ro avec les Bleus, sus­ci­tant quelques haus­se­ments d’épaules. L’été pré­cé­dent, il avait par­ti­ci­pé à une épo­pée dé­ce­vante aux Jeux olym­piques de Rio, ter­mi­nant sa course en quarts de fi­nale par une dé­faite de 25 points face à l’Es­pagne. Par rap­port à l’au­ra mé­dia­tique et sur le ter­rain de To­ny Par­ker

(dont il n’est pas spé­cia­le­ment proche), l’homme a en­core tout à prou­ver sur ses ca­pa­ci­tés à mar­quer du­ra­ble­ment les Bleus, même si beau­coup le voient dans ce rôle pour les cinq ans à ve­nir. Sa mise au

point sur la ques­tion est plu­tôt claire. “C’est un hon­neur si les gens me re­gardent de cette fa­çon, je me concentre là- des­sus. L’équipe de France a tou­jours été im­por­tante pour moi de­puis que j’ai 15 ans, je ne suis pas ve­nu de­puis un an, mais je n’ai pas per­du l’amour du maillot pour au­tant. Que les gens at­tendent la fin de ma car­rière pour voir ce qui se se­ra pas­sé et comp­ter les points.”

En de­hors des ter­rains, on en sait fi­na­le­ment

as­sez peu sur ce­lui qui s’est ins­tal­lé dans le re­paire des mor­mons, as­sez peu pro­pice aux fan­tasmes hol­ly­woo­diens – l’al­cool et les boîtes de nuit y sont beau­coup moins pri­sés qu’à Los An­geles, et c’est un eu­phé­misme. Il compte 316 000 fol­lo­wers sur Twit­ter qui ad­mirent sa pho­to de pro­fil dos nu. Il s’est ins­tal­lé de­puis en­vi­ron un an sur les hau­teurs de Salt Lake Ci­ty dans une vil­la de neuf pièces, où trône dans son ga­rage un 4 x 4 im­ma­tri­cu­lé “Gzilla”, en ré­fé­rence à son sur­nom de des­truc­teur. Pas de luxe trop voyant, car Ru­dy ne cesse de ré­pé­ter qu’il sait d’où il vient, c’est- à- dire d’une exis­tence non pri­vi­lé­giée, même si l’argent qui cir­cule en NBA change for­cé­ment les pers­pec­tives d’une vie. For­cé de s’ha­biller sur me­sure en rai­son de sa taille, il avoue tout de même un pen­chant pour la mode. Go­bert sou­tient l’initiative d’un ami proche de­puis ses an­nées de for­ma­tion, Ke­vin Ido­mé­née, qui a lan­cé une marque de sports­wear. “J’aime beau­coup la mode même si je ne suis pas un ex­pert, je n’ai pas en­core fait la Fa­shion Week par exemple. Tout le monde est sty­lé dans les ves­tiaires NBA, c’est quand même sym­pa. Ces der­nières an­nées, ça a vrai­ment évo­lué, avec le nou­veau dress code. Les joueurs doivent

être ha­billés classe.” La ten­dance date du mi­lieu des an­nées 2000, quand la ligue a ins­tau­ré un dress

code très mal per­çu par cer­tains, des­ti­né à éra­di­quer les looks as­si­mi­lés de trop près au hip- hop et à la mode gang­sta. De­puis, les joueurs ont trou­vé une fa­çon de s’ap­pro­prier ces contraintes et les lo­cker rooms de NBA re­gorgent de jeunes hommes ex­tra­ga­vants. Go­bert par­ti­cipe à la ten­dance sans en faire trop, fixé comme ja­mais sur ses dé­si­rs de conquête à long terme. Quand on l’in­ter­roge, il re­vient vite au do­maine spor­tif et évoque comme un mo­dèle po­ten­tiel la lon­gé­vi­té de Ro­ger Fe­de­rer, ré­cent vain­queur de son ving­tième tour­noi du Grand Che­lem en ten­nis à l’âge de 36 ans. “Fe­de­rer vit pour la com­pé­ti­tion, il n’en a ja­mais as­sez. Tout ce qui se joue à cô­té du ter­rain a moins de va­leur et ga­gner est le plus im­por­tant. C’est ça que la plu­part des gens n’ar­rivent pas à com­prendre. Par­fois, tu t’en fous un peu quand tu gagnes, mais quand tu perds t’es mi­sé­rable.” En parlant d’un autre joueur d’un autre sport, Ru­dy Go­bert dresse évi­dem­ment son au­to­por­trait en ar­tiste af­fa­mé de la balle orange, dont on com­mence seule­ment à per­ce­voir la puis­sance et les va­leurs. Quand on lui de­mande les consé­quences de son nou­veau contrat qui lui donne un nou­veau sta­tut, il ne dé­tourne pas le re­gard mais pèse ses mots. “C’est une fier­té d’être le spor­tif fran­çais le mieux payé. J’aime beau­coup ga­gner de l’argent, mais ce n’est pas ce qui me mo­tive le plus dans la vie : je pré­fère la com­pé­ti­tion et ce que j’ac­com­plis. Je sens qu’il y a de plus en plus de sol­li­ci­ta­tions au­tour de moi, mais tout ce­la s’est fait pro­gres­si­ve­ment. Rien n’est né en un jour. Je suis ce­lui que mon contrat a le moins cho­qué, je pense. Pour moi, c’est dans la lo­gique des choses. Ce qui ne veut pas dire que je suis ar­ri­vé au bout. Je veux être le meilleur pos­sible le plus long­temps pos­sible.”

“C’est une fier­té d’être le spor­tif fran­çais le mieux payé. J’aime beau­coup ga­gner de l’argent, mais ce n’est pas ce qui me mo­tive le plus dans la vie. Je suis ce­lui que mon contrat a le moins cho­qué, je pense. Pour moi, c’est dans la lo­gique des choses.”

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