Art dia­ry : chro­nique d’un re­por­ter in­fil­tré. Par Ni­co­las Trembley, pho­to Jes­si­ca Craig- Mar­tin

SUR INS­TA­GRAM

Numéro - - Sommaire - Par Ni­co­las Trembley, pho­to Jes­si­ca Craig- Mar­tin

Avant les va­cances, un ga­le­riste me confiait : “On ne vend plus rien,

c’est le break es­ti­val d’août… à moins que tu n’ailles dans les Hamp­tons.” Car les Hamp­tons, c’est le lieu de vil­lé­gia­ture pré­fé­ré de l’élite new- yor­kaise, et on y trouve des ga­le­ries comme Kar­ma par exemple. On peut en suivre tous les re­pré­sen­tants sur leur compte Ins­ta­gram, dans leurs mer­veilleuses mai­sons. À ce pro­pos, un compte for­mi­dable réa­li­sé par un cu­ra­teur dis­cret montre les amé­na­ge­ments et les dé­tails re­mar­quables de ces mai­sons : Ar t In The Home.

À 67 ans, Jer­ry Saltz a re­çu un des prix Pu­lit­zer pour la cri­tique d’art et ses ar ticles pu­bliés dans le New York Ma­ga­zine… mieux vaut tard que ja­mais. Comme il n’a de cesse de le ré­pé­ter, ce prix au­rait aus­si pu re­ve­nir à son épouse de tou­jours, Ro­ber ta Smith, qui est cri­tique d’ar t au New York Times. Saltz a dès le dé­par t uti­li­sé les ré­seaux so­ciaux pour par­ler d’art, mais aus­si de sa vie pri­vée et de po­li­tique, et ce­la a payé. Il a com­men­cé avec 5 K abon­nés sur Fa­ce­book pour pas­ser à 288 K au­jourd’hui sur Ins­ta­gram. Ro­ber ta Smith, elle, en a un peu plus de 52 K. Saltz bat ain­si Klaus Bie­sen­bach, le di­rec­teur du MoMA PS1 à New York, qui s’af­fiche à lon­gueur de temps avec des stars comme Yo­ko Ono ou Pat­ti Smith, et qui, chaque sai­son, pho­to­gra­phie tou­jours la même vue de sa fe­nêtre. 264 K.

C’est plus que Hans Ul­rich Obrist, pour tant ul­tra mé­dia­ti­sé ( 227 K), qui uti­lise Ins­ta­gram pour pro­mou­voir l’écri­ture ma­nuelle à tra­vers des Post- it qu’il of fre à des ar tistes pour s’ex­pri­mer. L’écri­ture est au centre de son pro­jet, même si, de­puis peu, il pu­blie aus­si d’autres images, ne vou­lant pas être en­fer­mé dans son sys­tème.

Ce­lui que j’aime, per­son­nel­le­ment, c’est Ken­ny Schach­ter. Non pas son compte Ins­ta­gram, mais les re­views qu’il poste sur Art­net. C’est à peu près le seul cri­tique qui n’uti­lise pas la langue de bois. En France, les ordres de gran­deur n’ont rien à voir. Ni­co­las Bour­riaud, l’un des cri­tiques les plus in­ter­na­tio­naux de sa gé­né­ra­tion, est en des­sous des 5 K abon­nés…

Et si l’on s’in­té­resse aux ar tistes eux- mêmes, ce sont en­core les An­glo- Saxons que l’on re­trouve sur le po­dium. Là, les street ar tists ca­ra­colent en tête du pe­lo­ton. Bank­sy est à 2,3 mil­lions (avec 89 pu­bli­ca­tions et 0 abon­ne­ment), Kaws est à 1,3 mil­lion et Alec Mo­no­po­ly, qui passe ses soi­rées dans les clubs de Mo­na­co avec Phi­lipp Plein, est à 819 K. Le compte d’Ai Wei­wei, pour­tant star chi­noise mon­dia­li­sée, ne monte qu’à 424 K. Pour in­fo, Jef f Koons n’est qu’à 307 K.

Ama­lia Ul­man, jeune ar tiste qui s’est fait connaître grâce à ce mé­dium pla­fonne, elle, à 153 K ( quand même…) et Ch­loe Wise à 113 K. Mais le compte le plus per tinent est sans au­cun doute ce­lui de Cin­dy Sher­man, qui semble uti­li­ser ce mé­dium pour pro­duire des images, ses au­to­por­traits, plus fous que ja­mais. 201 K.

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