Art dia­ry : chro­nique d’un re­por­ter in­fil­tré.

DE PA­RIS À POR­TO

Numéro - - Sommaire - Par Ni­co­las Trem­bley, pho­to Jes­si­ca Craig- Mar­tin

Ce que l’on ap­pelle le “po­li­ti­que­ment cor­rect” est une fa­çon de pen­ser

qui vise à ré­ta­blir l’équi­libre quand le rap­port entre deux camps est ban­cal. On a ain­si as­sis­té, ces der­nières an­nées, à un ré­ajus­te­ment tar­dif de la pré­sence des ar tistes femmes au sein des ins­ti­tu­tions, et no­tam­ment des ex­po­si­tions. Sur le mar­ché, les choses ne vont pas aus­si vite car, sur les six pre­miers mois de l’an­née 2018, lors­qu’on com­bine le nombre de ventes par ar tiste avec les meilleurs pro­duits de ventes, la pre­mière femme, la Ja­po­naise Yayoi Ku­sa­ma, ne pointe qu’à la ving­tième place.

Mais ce qui est nou­veau et qui dope le mar­ché des ac­qui­si­tions,

c’est la de­mande mu­séale. En ef­fet, se­lon Art­price, il s’ouvre en moyenne 700 nou­veaux mu­sées par an, no­tam­ment en Chine, et il s’est construit plus de mu­sées de­puis l’an 2000 que du­rant les XIXe et XXe siècles réunis.

Tout l’été, cet ef­fet de ré­ajus­te­ment a fonc­tion­né puisque

de nom­breuses ex­po­si­tions – et ce n’est que le dé­but – ont mis en avant des ar tistes is­sus de ce que l’on ap­pe­lait tra­di­tion­nel­le­ment les “mi­no­ri­tés”. Jean- Mi­chel Bas­quiat, même si l’exemple est un peu fa­cile, fe­ra l’ob­jet d’une grande ex­po­si­tion à la ren­trée à la Fon­da­tion Louis Vuit­ton.

Je me de­mande d’ailleurs si ces ques­tions de “ré­équi­li­brage”

in­tel­lec­tuel et po­li­tique pré­cèdent ou suivent la mode des cures dé­tox qui visent à pré­ser­ver le corps de son cô­té acide ( ver­sus l’al­ca­lin). En ef­fet, ces der­nières an­nées de nom­breuses cli­niques ont mis en avant le prin­cipe de la cure Mayr, en al­le­mand

Mayr- Kur. Elle a été créée par le pro­fes­seur au­tri­chien Franz Xa­ver Mayr (1875-1965), qui consa­cra toute sa vie à l’étude de l’ap­pa­reil di­ges­tif, consti­tué par l’oe­so­phage, l’es­to­mac, le foie et sur tout l’in­tes­tin, qui, comme nous le sa­vons tous dé­sor­mais, est l’or­gane le plus im­por­tant après le cer­veau. Cette cure fa­vo­rise la dé­toxi­fi­ca­tion à tra­vers l’ex­pul­sion des toxines, qui se ma­ni­feste chez le pa­tient par l’émis­sion de diar­rhées abon­dantes et pu­trides, d’urine à l’odeur d’am­mo­niac et de trans­pi­ra­tions

mal­odo­rantes, et c’est un suc­cès.

Cin­dy Sher­man est une adepte – elle est même de­ve­nue l’une des égé­ries

de Lan­se­rhof, l’un de ces com­plexes hos­pi­ta­liers haut de gamme dans les­quels se croisent la crème de la crème du monde de l’art et de la mode ( et de l’in­dus­trie aus­si, bien en­ten­du). Pour tant la cure est as­sez simple : on y mange sur tout des pa­tates à l’eau, car elles sont al­ca­lines. On res­te­ra dis­cret, car les ar­tistes, col­lec­tion­neurs et ga­le­ristes qui fré­quentent ces éta­blis­se­ments veulent de­meu­rer ano­nymes, mais re­gar­dez au­tour de vous, ils sont là !

En­fin, on at­tend avec im­pa­tience Grand Ba­sel, la nou­velle foire

qui au­ra lieu à Mia­mi Beach et Hong Kong, et pro­duite par la même mai­son qu’Ar t Ba­sel – sauf qu’au lieu d’oeuvres d’ar t il s’agit de voi­tures. Le mar­ché semble ju­teux, So­the­by’s vient de vendre une Fer­ra­ri 250 GTO de 1962 pour 48,4 mil­lions de dol­lars. Grand Ba­sel a un co­mi­té d’ad­vi­sors trèc chic puisque Syl­vie Fleu­ry et La­po El­kann en font par tie.

L’ar t peut être dan­ge­reux, un vi­si­teur en a tris­te­ment fait l’ex­pé­rience

au mu­sée Ser­ralves de Por to, il est tom­bé dans le trou d’une ins­tal­la­tion d’Anish Ka­poor en s’ap­pro­chant trop près de l’une de ces ca­vi­tés de pig­ments illu­sion­nistes dont on ne sai­sit pas bien la struc­ture en trompe- l’oeil. Pro­fond ? Pas pro­fond ? On s’ap­proche… et boum !

Anish Ka­poor et son ex­po­si­tion au­ront eu une cou­ver­ture mé­dia­tique

sans pré­cé­dent, c’est dom­mage que les grands mé­dias ne s’at­tachent qu’aux anec­dotes sur l’art contem­po­rain.

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