OPINIONS

Le Col­lec­tion­neur

Octane (France) - - Sommaire -

Jay Le­no, Erik Co­mas & Patrick Le Qué­ment

C’est amu­sant comme cer­taines voi­tures tu­toient les étoiles alors que d’autres sont lais­sées pour compte. Les Sun­beam Ti­ger et Daimler SP250 sont un bon exemple. La Sun­beam Ti­ger a été un suc­cès im­mé­diat grâce à son as­so­cia­tion avec Car­roll Shel­by. Lors­qu’il a ins­tal­lé un V8 Ford small block dans L’AC Ace pour la trans­for­mer en Co­bra, celle-ci est de­ve­nue ins­tan­ta­né­ment une clas­sique. En 1964, les Rip Chords en ont même fait une chan­son, Hey Little Co­bra. D’après la lé­gende, Ca­rol Con­nors (qui rem­por­te­ra deux Os­cars et écri­ra plus tard le thème de Ro­cky) a ren­con­tré pour la pre­mière fois Car­roll Shel­by juste après sa rup­ture avec El­vis Pres­ley.

Après avoir ca­bos­sé l’avant de L’AC Bris­tol de son nou­veau petit ami, elle a de­man­dé à Shel­by s’il pou­vait col­ler un avant de Co­bra sur un ar­rière D’AC. Shel­by a trou­vé ça si amu­sant qu’il lui a ré­pon­du: « Pe­tite, si tu écris une chan­son sur ma voi­ture et qu’elle de­vient n° 1, je t’en offre une. » Et il tint pa­role. Shel­by se dit qu’il pou­vait re­faire le coup de la Co­bra en ins­tal­lant le même mo­teur dans la Sun­beam Al­pine. J’ai tou­jours mon exem­plaire de 1964 du ma­ga­zine Hot Rod mon­trant com­ment Shel­by et ses gars ont ins­tal­lé le mo­teur. Dans mon es­prit ado­les­cent, je sa­vais que je ne pour­rais ja­mais m’of­frir une Co­bra, mais peu­têtre que j’au­rais les moyens pour une Sun­beam Ti­ger. Je les ai eus. Pen­dant des an­nées la Ti­ger a vé­cu dans l’ombre de la Co­bra et les prix n’ont aug­men­té que ré­cem­ment. Dé­sor­mais, la Ti­ger a at­teint un sta­tut d’icône et les bonnes voi­tures d’ori­gine se vendent plus de 100 000 dol­lars.

On ne peut pas en dire au­tant de la Daimler, même si la SP250 était en quelque sorte la pre­mière Co­bra. Voi­ci un road­ster an­glais tra­di­tion­nel avec des freins à disques, des roues-fils et, oui, un V8 2,5 l à cu­lasse hé­mi­sphé­rique, des­si­né par le cé­lèbre in­gé­nieur mo­to Ed­ward Tur­ner. Elle est ap­pa­rue quatre ans avant la Co­bra et avait une car­ros­se­rie en fibre de verre et des fe­nêtres des­cen­dantes, des choses que les road­sters an­glais igno­raient alors. Elle ne pe­sait que 1000 kg, donc avec les 160 ch de son V8, c’était une ré­fé­rence. Mais… elle n’était pas très jo­lie.

Seuls 2 848 exem­plaires furent as­sem­blés, dont 500 pour les USA, avant son ar­rêt en 1964, ce qui en fait une voi­ture plu­tôt rare. Quand elle fut lan­cée au Sa­lon de New York 1959, elle avait été élue voi­ture la plus moche du sa­lon ! La presse l’a ap­pe­lée le pois­son-chat à cause de sa ca­landre pro­émi­nente. Et il y avait ces ai­le­rons ar­rière comme sur une Ply­mouth ’57. Elle res­sem­blait à une voi­ture des­si­née par un An­glais qui vou­lait sé­duire les Amé­ri­cains. Je pense bien que j’ai été le seul à l’avoir été… En­fant, j’en ai vu une pour la pre­mière fois dans les an­nées 60, ga­rée en face d’un bow­ling, et j’ai trou­vé que c’était la voi­ture la plus bi­zarre que j’avais ja­mais vue. Quand le pro­prié­taire m’a mon­tré le mo­teur, je n’en croyais pas mes yeux ! Le mot “He­mi” était alors le plus évo­ca­teur en com­pé­ti­tion aux USA, et voi­ci une pe­tite An­glaise à mo­teur He­mi !

J’étais per­sua­dé que le pro­prié­taire avait ins­tal­lé le mo­teur lui-même, mais il m’ex­pli­qua qu’elle était ven­due comme ça, que c’était la pre­mière Daimler spor­tive, et qu’elle était si puis­sante que la po­lice de Londres en avait com­man­dé trente pour pour­suivre les bri­gands à mo­tos. Il m’ex­pli­qua en­suite que Ja­guar avait ra­che­té Daimler et, contra­rié par la concur­rence que la SP250 fe­rait à sa Type E, ar­rê­ta la pro­duc­tion mais gar­da le mo­teur pour les ber­lines Daimler.

J’ai trou­vé la mienne au nord de New York. C’est une au­to de 1962 que son pro­prié­taire avait hé­ri­tée de son oncle, et qui l’a lais­sée de­hors pen­dant qua­rante ans. Elle ne dé­mar­rait pas mais avait un hard­top et des roues-fils, une rare op­tion d’époque. Il sa­vait que j’ai­mais ce genre de pe­tite or­phe­line et me l’a pro­po­sée pour un très bon prix. Bien sûr, j’ai com­mis le pé­ché ca­pi­tal de l’ache­ter au té­lé­phone sans ja­mais l’avoir vue. Mais puisque la car­ros­se­rie était en fibre, ce­la vou­lait dire peu de tra­vail de ce cô­té. J’ai rem­pla­cé les deux SU par un We­ber, ins­tal­lé un arbre à cames op­ti­mi­sé et des disques de freins plus mo­dernes, et nous avons ajou­té une boîte à 5 rap­ports Tre­mec. Comme il n’y a plus de car­ter dis­po­nible pour adap­ter la trans­mis­sion au petit V8, nous en avons im­pri­mé un en 3D. Si vous vou­lez voir le ré­sul­tat fi­nal ta­pez “Youtube Jay Le­no Daimler” dans Google et vous la ver­rez en vi­déo. On ap­pe­lait la Sin­beam Ti­ger “la Co­bra du pauvre”, mais ces jours sont ré­vo­lus. Main­te­nant, la Daimler SP250 est la bonne af­faire pour ce­lui qui cherche un road­ster V8. Mais ça ne va pas du­rer : je viens d’éven­ter le se­cret.

“LAN­CÉE AU SA­LON DE NEW YORK 1959, LA DAIMLER SP250 A ÉTÉ ÉLUE VOI­TURE LA PLUS MOCHE DU SA­LON !”

JAY LE­NO Co­mé­dien et lé­gende de la té­lé­vi­sion, Jay Le­no est l’un des pré­sen­ta­teurs les plus cé­lèbres aux États-unis. C’est aus­si un vrai pas­sion­né de voi­tures, qui pos­sède une im­mense col­lec­tion de voi­tures et de mo­tos (www.jay­le­nos­ga­rage.com).

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