CHRO­NO

La Sea-dwel­ler était la montre de plon­gée ul­time. Main­te­nant, il y en a une nou­velle, en mieux.

Octane (France) - - Sommaire - Texte Nick Foulkes

La Ro­lex Sea-dwel­ler et les cy­clopes

DANS LES TURBULENTES an­nées 70, la mon­tée des prix du pé­trole a mo­di­fié l’au­to­mo­bile et chan­gé le monde. Elle a éga­le­ment eu un ef­fet sur le mi­lieu de l’hor­lo­ge­rie. Alors que les pa­laces et les joailliers fai­saient for­tune avec une nou­velle clien­tèle in­ter­na­tio­nale ve­nue du Golfe, la mer du Nord de­ve­nait un im­por­tant lieu d’ex­trac­tion et les plon­geurs des plates-formes pé­tro­lières for­maient une nou­velle élite, équi­va­lente à celle que consti­tuaient en­core alors les pi­lotes de ligne. Pour ces der­niers (et plus pré­ci­sé­ment ceux de la Pa­nam), Ro­lex avait in­ven­té la GMT, LA montre de l’époque. Et alors que la jet-set s’amou­ra­chait de celle-ci, le ma­nu­fac­tu­rier avait éga­le­ment dans ses car­tons une montre pour les rudes gaillards qui ris­quaient leur vie dans les eaux gla­ciales de la mer du Nord.

Dans les an­nées 60, les tech­niques de plon­gée en sa­tu­ra­tion ont per­mis aux hommes de des­cendre plus bas et d’y res­ter plus long­temps, en res­pi­rant un mé­lange riche en hé­lium, en pas­sant des jour­nées dans des chambres pres­su­ri­sées et en se ren­dant au tra­vail dans des cloches de plon­gée. La pre­mière Ro­lex Sub­ma­ri­ner sup­por­tait une im­mer­sion à 100 m, ce qui était par­fait pour ceux qui fai­saient un peu de plon­gée de­puis leur yacht sur la Côte d’azur. Mais pas­ser des jours ou des se­maines sous pres­sion (au sens propre et fi­gu­ré) de­man­dait quelque chose de plus ro­buste. Alors, en tra­vaillant avec la so­cié­té COMEX (Com­pa­gnie Ma­ri­time d’ex­per­tises), Ro­lex a pré­sen­té la Sea-dwel­ler (Ha­bi­tant des Mers), qui peut fonc­tion­ner à 2 000 pieds (610 m) et, à par­tir de 1978, à 4 000 pieds.

Son se­cret est sa valve à hé­lium, bre­ve­tée en 1967. Alors que pen­dant la dé­com­pres­sion, né­ces­saire pour ré­ac­cli­ma­ter le corps hu­main à la vie en plein air, l’hé­lium est pur­gé du corps du plon­geur beau­coup plus vite qu’il ne l’était de la montre, le chan­ge­ment de pres­sion fai­sait par­fois sau­ter le verre de la montre. Au lieu de rendre le boî­tier im­per­méable à l’hé­lium (peu réa­liste vu la pe­ti­tesse des mo­lé­cules d’hé­lium), Ro­lex a conçu cette valve à sens unique et a lan­cé la même an­née ce mo­dèle pour cé­lé­brer son cin­quan­te­naire.

Il y a au­jourd’hui une nou­velle Sea-dwel­ler, une su­blime montre de 43 mm avec sa ma­tière lu­mi­nes­cente bleue longue du­rée et les sys­tèmes d’ex­ten­sion Gli­de­lock et Fli­plock pour être por­tée par-des­sus une com­bi­nai­son de plon­gée.

Cer­tains clients Ro­lex sont des philatélistes manqués et la cou­leur du lettrage sur le ca­dran est im­por­tante pour eux. À la foire de Bâle, on a presque pu en­tendre un sou­pir de sou­la­ge­ment quand Ro­lex a re­te­nu le lettrage “Sea-dwel­ler” en rouge. L’in­clu­sion d’une len­tille cy­clope, cette loupe au-des­sus de la date, est plus contro­ver­sée. Un de­mi-siècle plus tôt, à cause de l’épais­seur du verre né­ces­saire pour les plon­gées à des pro­fon­deurs abys­sales aux­quelles la montre de­vait fonc­tion­ner, le cy­clope n’était pas per­mis.

Au­jourd’hui, les choses ont chan­gé. Pour com­men­cer, la Sea-dwel­ler n’est plus la Ro­lex de sé­rie qui des­cend le plus bas (c’est la Deep­sea, à 12 800 pieds, sans cy­clope). Les nou­velles tech­niques et ma­té­riaux rendent le cy­clope pos­sible, et pour mes yeux qui vieillissent, ce n’est pas une mau­vaise nou­velle. De­puis ma ser­viette sur la plage, je pour­rais ou­blier la date, mais ce dé­tail en a contra­rié plus d’un.

En ce qui me concerne, il n’y a pas de doute sur le fait que le cy­clope soit in­dis­so­ciable de la nou­velle Sea-dwel­ler. Une ligne écrite en rouge pour faire ré­fé­rence à une montre du pas­sé, c’est une chose, mais se mettre en tra­vers du pro­grès sous pré­texte de nos­tal­gie en est une autre. Ro­lex re­pré­sente le plus haut ni­veau de la fa­bri­ca­tion in­dus­trielle de montres mé­ca­niques et est prêt à tous les ex­trêmes pour y res­ter. Le ma­nu­fac­tu­rier pos­sède sa propre fon­de­rie pour mou­ler son or et sa propre di­vi­sion lu­bri­fiants pour créer et amé­lio­rer les dif­fé­rentes huiles et graisses uti­li­sées par ses mou­ve­ments. Col­lec­tion­ner les vieilles montres est très amu­sant, mais ap­pli­quer avec ex­cès la nos­tal­gie aux mo­dèles ac­tuels est dan­ge­reux, sur­tout quand ce­la di­mi­nue la fonc­tion­na­li­té d’un boî­tier. Voyez le cy­clope comme un sys­tème de freins ABS. Une Ja­guar Type E n’en uti­lise pas, car ce­la n’exis­tait pas à l’époque, mais Ja­guar n’ima­gi­ne­rait pas ne pas en équi­per une nou­velle voi­ture main­te­nant que la tech­no­lo­gie est uni­ver­selle. Les voi­tures et les montres de col­lec­tion d’au­jourd’hui étaient, quand elles étaient neuves, les pro­duits ma­nu­fac­tu­rés les plus mo­dernes de leurs in­dus­tries res­pec­tives, qui ont pro­gres­sé de­puis. Si ce­la n’était pas ar­ri­vé, nous se­rions en­core en train de nous dé­pla­cer à che­val et en char­rette, ain­si que de lire l’heure sur des ca­drans so­laires.

CER­TAINS CLIENTS RO­LEX SONT DES PHILATÉLISTES MANQUÉS ET LA COU­LEUR DU LETTRAGE SUR LE CA­DRAN EST IM­POR­TANTE POUR EUX

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