YBA MP100SE

On Magazine - - SOMMAIRE - par Pierre-yves Ma­ton

MP100SE

La marque fran­çaise YBA vient d’of­frir une cure de jou­vence à son lec­teur ré­seau + Dac MP100. La dif­fé­rence es­sen­tielle vient de l’adop­tion par Yves Ber­nard An­dré, l’homme à la source de tous les ap­pa­reils de la marque, d’une nou­velle puce de conver­sion AKM AK4491EO dont le prin­ci­pal in­té­rêt est une ou­ver­ture aux fi­chiers DSD en mode na­tif. Une nou­velle ver­sion, ou­verte à la lec­ture des fi­chiers DSD 64 et 128, que nous avons donc tes­tée...

La marque YBA n’est pas une in­con­nue dans nos co­lonnes puisque nous avons dé­jà tes­té le conver­tis­seur De­si­gn Dac de la toute pre­mière série de ce fa­bri­cant et l’am­pli in­té­gré He­ri­tage A100 a qui nous avons dé­cer­né notre la­bel #On­to­pau­dioa­ward 2016, une dis­tinc­tion qui non seule­ment ré­com­pense sa mu­si­ca­li­té, mais aus­si sa concep­tion ori­gi­nale et sa qua­li­té de fa­bri­ca­tion. Il est vrai qu’yves Ber­nard An­dré a tou­jours su ap­pli­quer à ses créa­tions des so­lu­tions aty­piques, mais qui de­meurent constantes à tra­vers tous ses pro­duits : pas­tilles an­ti-ré­so­nantes ju­di­cieu­se­ment pla­cées, pièce de bois sur cer­tains tran­sis­tors, pas de com­po­sants pas­sifs sur le tra­jet du si­gnal, choix de ces mêmes com­po­sants à l’oreille et autres «pe­tites as­tuces» qui op­ti­misent les per­for­mances de tous les pro­duits sor­tis de ses mains. Le MP100SE n’échappe pas à ces règles, comme nous al­lons nous en aper­ce­voir, même s’il est fa­bri­qué en Chine par nou­veau par­te­naire in­dus­triel D’YBA, Shan­ling, un groupe chi­nois dé­dié à l’au­dio et la Hi-fi qui a en­tre­pris d’in­ves­tir dans des so­cié­tés eu­ro­péennes.

Un large écran fonc­tion­nel

Ce lec­teur ré­seau et Dac fi­na­lise la gamme He­ri­tage D’YBA qui est dé­sor­mais com­plète avec un am­pli A100, un lec­teur CD100, et un conver­tis­seur au­to­nome DAC100. Tous ces ap­pa­reils sont re­vê­tus d’un même châs­sis en alu­mi­nium bros­sé que de­vance phy­si­que­ment une face avant d’un cen­ti­mètre d’épais­seur. Ce châs­sis re­pose sur deux points souples tan­dis qu’un troi­sième, dur cette fois, sert de point de fuite aux vi­bra­tions in­ternes. L’es­thé­tique pour­rait être un peu plus mo­derne et sexy, mais ma­ni­fes­te­ment ce n’est pas le genre de la mai­son. La face avant, très sobre, ac­cueille seule­ment trois pe­tites clés bas­cu­lantes et un écran de 7 x 5 cm pour l’af­fi­chage des in­di­ca­tions du fonc­tion­ne­ment. Il per­met l’ac­cès aux di­verses en­trées de l’ap­pa­reil, mais aus­si d’ac­cé­der au me­nu avec le choix de la langue, 4 thèmes de fond d’écran, ré­glage de l’hor­loge, le dé­lai d’af­fi­chage... C’est aus­si via cet écran que l’on peut confi­gu­rer la liai­son ré­seau que ce soit en Wi-fi ou Ether­net. Pe­tit der­nier dé­tail, la mise sous ten­sion se fait par un com­mu­ta­teur si­tué sous le châs­sis de l’ap­pa­reil, in­utile de le cher­cher ailleurs.

Une con­nec­tique bien com­plète

Fai­sant le tour de ce MP100SE, nous ob­ser­vons qu’il est très com­plet vu le nombre d’en­trée et de sor­tie de la face ar­rière. Le MP100SE compte deux en­trées nu­mé­riques (co­axiale et op­tique), une USB B pour or­di­na­teur (pi­lote à ins­tal­ler avec un PC sous Win­dows), deux autres USB, mais A cette fois pour le rac­cor­de­ment d’une clé USB ou d’un disque dur (for­ma­té en FAT16 et 32) et d’un ipod, ipad ou iphone. Les sor­ties nu­mé­riques se comptent

au nombre de trois avec une XLR AES/EBU, une co­axiale et une op­tique. Elles sont dis­po­sées près des sor­ties ana­lo­giques avec deux XLR et deux RCA. L’YBA MP100SE pro­pose comme nous l’avons dé­jà pré­ci­sé deux modes de rac­cor­de­ment au ré­seau pour pou­voir jouer son double rôle de DMR et DMP : une an­tenne Wi­fi et une prise Ether­net RJ45. Ce lec­teur ré­seau as­sure éga­le­ment la fonc­tion Blue­tooth avec pro­to­cole de trans­mis­sion Aptx, un simple ju­me­lage avec le smart­phone ou la ta­blette se­ra à ef­fec­tuer. Pour ce test, la so­lu­tion fi­laire par un câble Ether­net Au­dio­quest nous a sem­blé pré­fé­rable, comme d’ha­bi­tude.

Des as­tuces au­dio­philes «mai­son»

Un re­gar­dant sous le ca­pot de l’ap­pa­reil, nous nous aper­ce­vons as­sez ra­pi­de­ment qu’yves Ber­nard An­dré n’a pas ven­du son âme au diable, la patte de ce concep­teur fran­çais étant bien vi­sible à cer­tains dé­tails. Un trans­for­ma­teur de type R-core est im­plan­té tout à gauche, d’un ex­cellent ren­de­ment, il a en plus un faible rayon­ne­ment ma­gné­tique. Tous les com­po­sants sont dis­tri­bués sur pas moins de 4 cir­cuits dis­tincts dont le prin­ci­pal com­pre­nant la conver­sion dé­sor­mais as­su­rée par une puce AKM AK4491EO in­cluant le for­mat PCM jus­qu’à 32 bits/768 khz, mais aus­si le DSD64 et 128 en na­tif. L’en­trée USB B est prise en charge par une in­ter­face de ré­cep­tion XMOS avec une hor­loge de haute qua­li­té. Les cir­cuits im­pri­més sont d’ex­cel­lente fac­ture et leur im­plan­ta­tion peut per­mettre de faire évo­luer l’ap­pa­reil sans sou­ci. Mais là où Yves Ber­nard An­dré a sans doute ap­pli­qué ses re­cettes avec le plus de brio se trouve dans la par­tie pu­re­ment ana­lo­gique. Les étages de sor­tis ana­lo­giques sont dé­cou­plés par deux conden­sa­teurs élec­tro­chi­miques Ni­chi­con série Gold Tune de 6 800 ‘F cha­cun et offrent une ré­serve de puis­sance confor­table au mon­tage de 4 tran­sis­tors Texas Ins­tru­ment de type JFET en confi­gu­ra­tion double mo­no. C’est un type de mon­tage ha­bi­tuel chez ce construc­teur, le ca­nal gauche et droit étant to­ta­le­ment sé­pa­ré pour évi­ter les dé­rives de cou­rant, Yves Ber­nard An­dré dé­fen­dant l’idée qu’avec cette struc­ture, il ob­tient une image sté­réo­pho­nique plus stable comme une res­ti­tu­tion plus na­tu­relle. À no­ter aus­si les « pe­tits plus » du concep­teur. Tous les tran­sis­tors sont sur­mon­tés de pe­tites pièces en bois car d’après lui, cette as­tuce offre un meilleur son comme par exemple le rem­pla­ce­ment de deux fu­sibles par de vrais câbles de plus forte sec­tion sou­dés entre les deux points de contact. C’est à ce genre de dé­tails que nous voyons bien que nous avons af­faire à un ap­pa­reil d’une fa­bri­ca­tion, certes, de qua­li­té in­dus­trielle, mais op­ti­mi­sée de fa­çon ar­ti­sa­nale dans le sens le plus noble du terme.

Des fonc­tion­na­li­tés ba­siques avec les we­bra­dios, mais sans ac­cès aux autres ser­vices de mu­sique en ligne

Le MP100SE peut se pi­lo­ter de trois fa­çons dis­tinctes : en jouant sur les trois pe­tites clés de la face avant, par la té­lé­com­mande ou par l’ap­pli­ca­tion YBA dis­po­nible sur ta­blette. Ha­bi­tués à ce mode d’uti­li­sa­tion, nous l’avons donc té­lé­char­gé pour notre ipad (une ver­sion An­droid est éga­le­ment dis­po­nible). Elle est as­sez convi­viale et per­met un grand nombre de ma­ni­pu­la­tions comme le choix de la source, ce­lui de la ra­dio écou­tée (et le choix est très large) comme l’ac­cès aux fi­chiers mu­si­caux conte­nus dans un NAS ou or­di­na­teur. Les in­for­ma­tions sont as­sez som­maires, mais les po­chettes des al­bums sont af­fi­chées : une ap­pli­ca­tion simple et ef­fi­cace. Nous re­gret­tons juste l’ab­sence de connexion di­recte à une pla­te­forme de mu­sique en ligne comme Spo­ti­fy, Dee­zer, Ti­dal ou Qo­buz.

YBA MP100SE : une in­con­tes­table réus­site sur le plan so­nore

L’écoute de ce lec­teur ré­seau YBA n’ap­porte au­cune sur­prise par rap­port au pe­tit Dac De­si­gn et à l’in­té­gré AI100 pri­mé pour le der­nier guide Hi­fi de ON-MAG. L’YBA MP100SE ap­par­tient bien à la même veine d’ap­pa­reils, car as­sez ra­pi­de­ment nous sommes en face d’un pro­duit qui sait ma­rier une ex­cel­lente vé­ra­ci­té des timbres, mais tout en conser­vant une sa­veur bien à lui. Les ins­tru­ments sont, du coup, res­ti­tués avec toute l’en­ve­loppe spec­trale qui en fait leur sin­gu­la­ri­té. Nous sommes loin d’une écoute dé­char­née et maigre, la ré­gion

mé­dium/grave ayant une très belle as­sise et de la consis­tance. D’une fa­çon as­sez éton­nante, l’évo­lu­tion du haut du spectre qui s’était mon­tré un peu moins lu­mi­neux avec les nou­velles pro­duc­tions YBA, n’est pas fla­grante avec le lec­teur ré­seau. L’ap­pa­reil a un ai­gu as­sez fouillé et d’une pré­ci­sion re­dou­table, tout en de­meu­rant at­ta­chant par sa ma­té­ria­li­té. De plus, cet YBA MP100SE est très ré­ac­tif, les at­taques de notes sont franches et nettes. L’exemple nous en est don­né par l’écoute du fi­chier «Fue­ra» (16 bits/44 khz) joué par Jean Louis Mar­ti­ner à l’ac­cor­déon et Re­naud Gar­cia-fons à la contre­basse. La res­ti­tu­tion est très alerte et donne beau­coup de re­lief à la scène so­nore. L’ac­cor­déon nous ar­rive avec toute sa ri­chesse har­mo­nique, mais sur­tout avec une pré­sence scé­nique vrai­ment su­perbe. Tout d’abord, il sonne à la per­fec­tion avec un bel éta­le­ment entre les notes les plus basses et celles qui grimpent dans le haut de spectre. Ce­la a de la ma­tière, du re­lief et les ex­tinc­tions de notes se pro­longent dans le temps ma­gni­fi­que­ment. Nous en­ten­dons par­fai­te­ment le son des touches du double cla­vier de l’ac­cor­déon comme le bruit du souf­flet qui s’ouvre et se re­ferme sous l’im­pul­sion du mu­si­cien. L’im­pres­sion de pré­sence est fran­che­ment éton­nante, comme si cet in­ter­prète était dans la pièce. D’un autre cô­té, toutes les phases de jeu du contre­bas­siste sont par­fai­te­ment li­sibles. Jouant tour à tour avec sa main ou son ar­chet, nous per­ce­vons par­fai­te­ment toutes les sub­ti­li­tés qu’il met dans son jeu. Le grave est en­ve­lop­pant et reste dé­fi­ni à chaque ins­tant. Une pro­fu­sion de dé­tails qui se ma­rie avec une ma­té­ria­li­sa­tion su­perbe. Sur un autre mor­ceau, même consta­ta­tion de cette no­tion d’une scène so­nore pleine et d’un son d’une pré­sence in­ouïe. Au­cun dé­tail ne passe à la trappe avec cet YBA MP100SE. L’écoute de «100TH Win­dow» du groupe Mas­sive At­tack nous conforte dans cette idée. Nous ob­te­nons un éta­le­ment, une mise en re­lief de chaque so­no­ri­té qu’elles soient élec­tro­niques ou pas. Ce qua­trième al­bum de Mas­sive At­tack dans le­quel Si­nead O’connor fait une courte ap­pa­ri­tion dans le mor­ceau «What Your Soul Sings» passe ad­mi­ra­ble­ment sur ce lec­teur ré­seau YBA. Les riffs du gui­ta­riste comme toutes les frappes du bat­teur sont par­fai­te­ment dé­tou­rés, et bien d’autres so­no­ri­tés se po­si­tionnent dans une image en trois di­men­sions tel­le­ment la pro­fon­deur et l’éta­le­ment des di­vers plans se font de fa­çon ma­gis­trale. De plus, nous ne sen­tons ja­mais au­cune du­re­té, au contraire les sons sont pleins et pro­curent un plai­sir d’écoute ma­gni­fique. Le grave, tout en étant d’une grande sou­plesse, est dy­na­mique et po­sé à la fois. Ce lec­teur ré­seau sait s’ef­fa­cer pour faire vivre la mu­sique dans toute sa gran­deur.

Con­clu­sion

Ce lec­teur ré­seau YBA MP100SE est une in­con­tes­table réus­site sur le plan so­nore. Comme tous les pro­duits YBA, il fait de la mu­sique, ou plu­tôt met en exergue ce qu’il y a de plus émou­vant dans cette der­nière. La ma­ni­pu­la­tion est plus ba­sique lorsque l’on est ha­bi­tué à des lec­teurs ré­seau bien plus chers, mais le MP100SE en a la so­no­ri­té et sur ce plan il de­vance tous ses concur­rents. Il sait don­ner un son presque ana­lo­gique à un ou­til de la dé­ma­té­ria­li­sa­tion, une prouesse.

2100 €

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