UNERECETTE QUIMARCHE

OPERA MAGAZINE - - Édito - Par Ri­chard Mar­tet

Pour­quoi chan­ger une re­cette qui marche ? La sai­son 2015-2016 du Théâtre du Châ­te­let s’ins­crit dans le droit fil de celles qui l’ont pré­cé­dée ; mieux, elle se consacre ex­clu­si­ve­ment à la co­mé­die mu­si­cale. Plus d’opé­ra ni d’opé­rette, donc, ce que l’on peut re­gret­ter au mo­ment où l’opé­ra-co­mique ferme ses portes pour dix-huit mois. Car, jus­qu’à sa réou­ver­ture, dé­but 2017, où fau­dra-t-il al­ler pour voir les chefs-d’oeuvre d’of­fen­bach, Mes­sa­ger et Le­cocq à Pa­ris ? En même temps, la pro­gram­ma­tion éla­bo­rée par Jean-luc Cho­plin est tel­le­ment al­lé­chante que l’on s’en vou­drait de faire la fine bouche. Re­prendre Sin­gin’ in the Rain était presque un de­voir, en re­gard de l’ex­cep­tion­nelle réus­site du spec­tacle. Conti­nuer à faire dé­cou­vrir au pu­blic le gé­nie de Ste­phen Sond­heim s’im­po­sait tout au­tant, et l’on se ré­jouit par avance de la créa­tion fran­çaise de Pas­sion, « mu­si­cal » ins­pi­ré du film Pas­sion d’amour d’et­tore Sco­la, que Fan­ny Ar­dant met­tra en scène. Com­ment ré­sis­ter en­suite à Kiss Me, Kate, vé­ri­table bi­jou si­gné Cole Por­ter, pla­cé entre les mains on ne peut plus ex­pertes de Da­vid Charles Abell et Lee Bla­ke­ley, aux­quels le Châ­te­let doit quelques-uns de ses plus grands suc­cès, ces der­nières an­nées ? Une co­mé­die mu­si­cale cu­baine ( Car­men­ci­ta – El amor cu­ba­no, d’après Georges Bi­zet et Pros­per Mé­ri­mée) et une autre rock ( won­der.land, d’après Le­wis Car­roll) com­plètent l’af­fiche, illus­trant la vi­ta­li­té et la di­ver­si­té d’un genre qui dé­borde lar­ge­ment les fron­tières de Broad­way. Le Châ­te­let, on le sait, fer­me­ra à son tour ses portes, dé­but 2017, pour, dit-on, un an et de­mi de tra­vaux. Qu’ad­vien­dra-t-il, à la ren­trée 2018, d’un théâtre dont ses quatre der­niers di­rec­teurs (Jean-al­bert Car­tier, Sté­phane Liss­ner, JeanPierre Bross­mann, Jean-luc Cho­plin) ont fait l’un des phares cultu­rels de la ca­pi­tale, rayon­nant bien au-de­là de l’hexa­gone ? Le mys­tère plane... On es­père sim­ple­ment que la Ville de Pa­ris, son prin­ci­pal bailleur de fonds, ne le trans­for­me­ra pas en struc­ture d’ac­cueil pour des spec­tacles créés ailleurs et pro­po­sés « clés en main ». Car ce se­rait si­gner l’ar­rêt de mort d’une mai­son dont la qua­li­té des ate­liers et des dif­fé­rentes ca­té­go­ries de mé­tiers saute aux yeux à chaque nou­velle pro­duc­tion. Le risque existe, au Châ­te­let comme dans bien d’autres théâtres fran­çais, où exer­cer des fonc­tions de di­rec­tion consiste da­van­tage à gé­rer la pé­nu­rie, à trou­ver où et com­ment faire des éco­no­mies, qu’à construire un pro­jet ar­tis­tique sur le long terme. À l’opé­ra comme ailleurs, l’heure des « cost killers » a son­né ; l’au­dace est de moins en moins en­cou­ra­gée, et l’on sa­lue bien bas tous ces di­rec­teurs qui par­viennent en­core à sor­tir des sen­tiers bat­tus, tant dans le choix des titres que dans la ma­nière de les ser­vir, sur le plan mu­si­cal et vi­suel. Plu­sieurs théâtres cherchent en ce mo­ment leur fu­tur di­rec­teur gé­né­ral et/ou ar­tis­tique. La per­son­na­li­té de ceux qui se­ront nom­més, les prio­ri­tés qui se­ront les leurs en pre­nant leurs fonc­tions, en di­ront dé­jà beau­coup sur ce que leurs tu­telles at­tendent d’eux...

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