LA MA­GI­CIENNE DE NAN­CY

OPERA MAGAZINE - - On En Parle - Mi­chel Pa­rou­ty

Le 15 fé­vrier 1686, l’aca­dé­mie Royale de Mu­sique, alors ins­tal­lée au Pa­lais-royal, af­fiche la pre­mière re­pré­sen­ta­tion d’ar­mide, un Pro­logue et cinq actes de Jean-bap­tiste Lul­ly, sur un li­vret de Phi­lippe Qui­nault. Pour­quoi Pa­ris et non Ver­sailles ? Louis XIV avait ap­prou­vé le su­jet, mais les moeurs plu­tôt libres du com­po­si­teur avaient fi­ni par in­dis­po­ser la par­tie la plus pu­ri­taine de la cour. Au diable la mo­rale ! Ar­mide marque un som­met dans la car­rière de ces deux créa­teurs de gé­nie, mais son his­toire laisse un goût de dé­so­la­tion. Car, après cette collaboration, Qui­nault ces­sa ses ac­ti­vi­tés théâ­trales. Quant à Lul­ly, la gan­grène l’em­por­ta un an plus tard, le 22 mars 1687. Reste ce chef-d’oeuvre, l’un des nom­breux opé­ras ins­pi­rés par la ma­gi­cienne dont Tor­qua­to Tas­so a fait l’une des hé­roïnes de sa Ge­ru­sa­lemme li­be­ra­ta. Qui, en ef­fet, n’a pas suc­com­bé aux charmes de la sé­duc­trice, que ce soit Haen­del, Traet­ta, Jom­mel­li, Mys­li­ve­cek, Haydn, Ros­si­ni, et jus­qu’à Dvo­rak ? Com­bat­tons fer­me­ment les cli­chés dé­fraî­chis qui collent en­core à la mu­sique de Lul­ly : mal­gré les ap­pa­rences, cette Ar­mide vit et souffre d’une pas­sion dé­vo­rante pour le guer­rier qu’elle tient par ses charmes, mais dont elle n’a pas ob­te­nu l’amour. Un rôle su­perbe pour sa créa­trice, Marthe Le Ro­chois. Ma­rie-ade­line Hen­ry le re­prend à l’opé­ra Na­tio­nal de Lor­raine, à par­tir du 21 juin, dans une mise en scène de Da­vid Hermann (le­quel de­vrait pro­po­ser une vi­sion sur­pre­nante), en­tou­rée no­tam­ment de Ju­dith van Wan­roij, An­drew Schroe­der et Ju­lian Pré­gar­dien. Et Ch­ris­tophe Rous­set est à la tête de ses Ta­lens Ly­riques.

An­ge­la Gheor­ghiu au Covent Gar­den de Londres (2010).

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