COMPTES REN­DUS À la scène

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

com­plè­te­ment ou­blier. L’au­di­to­rium ne pos­sé­dant ni cintres, ni dé­ga­ge­ments, Charles Rou­baud met en scène Don Car­lo comme un concert en cos­tumes : au­cun élé­ment de dé­cor, pas d’ac­ces­soires, des pro­jec­tions sur la pa­roi en hé­mi­cycle (têtes de gi­sants pour le mo­nas­tère, haies ver­doyantes pour le deuxième ta­bleau du I, in­té­rieur d’une ca­thé­drale ri­che­ment dé­co­rée pour l’au­to­da­fé, va­ni­té pour le ca­bi­net de tra­vail du roi...), les choeurs en sur­plomb. La di­rec­tion d’ac­teurs est mi­ni­male, mais ef­fi­cace, l’im­pres­sion po­si­tive lais­sée par l’en­semble re­po­sant, avant tout, sur la ma­gni­fi­cence des cos­tumes et la beau­té des images vi­déo si­gnées Vir­gile Koe­ring. Une très belle ou­ver­ture de sai­son pour l’opé­ra Na­tio­nal de Bor­deaux et une réus­site de plus à por­ter au cré­dit de Thier­ry Fou­quet, qui quit­te­ra ses fonc­tions de di­rec­teur, l’an pro­chain, pour lais­ser la place à Marc Min­kows­ki.

C’est en 1995, alors qu’il n’était âgé que de 24 ans, que Tho­mas Adès créa, en Angleterre, son pre­mier opé­ra, Pow­der Her Face, com­po­sé en quelques mois. Le suc­cès fut ful­gu­rant et l’oeuvre a connu, de­puis, plus de dix pro­duc­tions scé­niques. Il faut dire qu’elle est en­tou­rée d’un par­fum de scan­dale, car son li­vret, fort in­tel­li­gem­ment écrit par Phi­lip Hen­sher, s’ins­pire de l’his­toire vé­ri­dique de Mar­ga­ret Camp­bell, du­chesse d’argyll (1912-1987), qui fut une des femmes les plus en vue de son époque et dont les frasques sexuelles, ré­vé­lées lorsque son époux de­man­da le di­vorce, dé­frayèrent la chro­nique. Après ces ré­vé­la­tions, qui lui va­lurent le sur­nom de « Dir­ty Du­chess », Mar­ga­ret Camp­bell fut pro­gres­si­ve­ment obli­gée de vendre tous ses biens et ter­mi­na sa vie dans une mai­son de re­traite, rui­née et ou­bliée de tous. La scène la plus cho­quante de Pow­der Her Face (et qui n’est pas pour rien dans son suc­cès) est celle où, dans un hô­tel, désoeu­vrée et « en manque », la Du­chesse fait une fel­la­tion au gar­çon d’étage. Mais si l’opé­ra fut à ce point re­mar­qué, c’est aus­si à cause de la vir­tuo­si­té de la par­ti­tion de Tho­mas Adès. Écrite pour un pe­tit ef­fec­tif d’une quin­zaine d’ins­tru­ments, en deux actes qui durent moins de deux heures, elle mé­lange ha­bi­le­ment les genres et les styles, al­lant du ca­ba­ret de Kurt Weill jus­qu’au tan­go de Car­los Gar­del ou d’as­tor Piaz­zol­la, en pas­sant par Igor Stra­vins­ky, Al­ban Berg et Ri­chard Strauss. Tho­mas Adès est un com­po­si­teur brillant, qui connaît son his­toire de la mu­sique sur le bout des doigts et sait en jouer avec une fa­ci­li­té dé- concer­tante. Comme son illustre aî­né et com­pa­triote Ben­ja­min Brit­ten, il a aus­si un sens dra­ma­tique re­mar­quable, qui lui per­met d’être par­fai­te­ment maître de ses moyens. En tra­vaux jus­qu’à la fin de la sai­son, le bâ­ti­ment de la Mon­naie n’a pas pu ac­cueillir l’oeuvre et elle a trou­vé re­fuge aux Halles de Schaer­beek, un mar­ché cou­vert du XIXE siècle, re­con­ver­ti en salle de spec­tacle. Dans ce cadre plus in­ti­miste, le met­teur en scène po­lo­nais Ma­riusz Tre­lins­ki, qui est aus­si di­rec­teur ar­tis­tique du Tea­tr­wiel­ki de­var­so­vie, co­pro­duc­teur, a été contraint de conce­voir un dis­po­si­tif moins tra­di­tion­nel. L’or­chestre est re­lé­gué dans le dos des spec­ta-

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