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Es deux re­prises valent gros. Par bien de leurs as­pects. D’abord, les deux spec­tacles, Gian­ni Schic­chi et Pa­gliac­ci, s’im­briquent, s’em­boîtent par­fai­te­ment dans ce néo­réa­lisme des an­nées 1950, ce­lui de De Si­ca, ce­lui de Vis­con­ti ( Os­ses­sione), ce­lui de Ro

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

per­son­nages, as­sis côte à côte dans une voi­ture, tels des truands s’échan­geant de bonnes com­bines, le tout évi­dem­ment fil­mé en di­rect et re­pro­duit sur un grand écran. Comme il est in­con­gru, le même stra­ta­gème est réuti­li­sé, cette fois en an­glais, à la fin de la « Ro­mance » de Mar­gue­rite (avant qu’on en­tende au loin les sol­dats) : la jeune femme dis­serte alors, à son tour, avec Faust sur le bien et le mal, et nous nous re­trou­vons tout à coup dans un feuille­ton de pa­ro­die. Non content d’enkyster ain­si la par­ti­tion, Da­vid Mar­ton va plus loin : il fait in­ter­ve­nir, à in­ter­valles ré­gu­liers, le Choeur de l’opé­ra de Lyon à la ma­nière d’un choeur an­tique, pour lui faire dé­cla­mer des ex­traits (en fran­çais) du drame de Goethe, les­quels plombent d’un es­prit sen­ten­cieux as­sez pé­nible un ou­vrage qui est tout de fan­tai­sie ; mieux, le met­teur en scène va jus­qu’à lui at­tri­buer des mo­ments mu­si­caux des­ti­nés par Ber­lioz aux so­listes. C’est ain­si que la pre­mière ré­plique de Mé­phis­to­phé­lès est chan­tée par les voix d’hommes, et que Mar­gue­rite et Faust sont dou­blés par le choeur au com­plet, lors de leur duo de la troi­sième par­tie. Sans doute est-ce là, pour Da­vid Mar­ton, une ma­nière de cé­lé­brer la « li­ber­té ar­tis­tique » de Ber­lioz, qu’il vante. À moins qu’il veuille re­ve­nir à Goethe, lieu com­mun des lieux com­muns. Le pro­gramme de salle (très bien fait), pour re­ve­nir à lui, pu­blie un texte mo­queur de De­bus­sy à pro­pos de l’adap­ta­tion de La Dam­na­tion de Faust qu’avait si­gnée Raoul Guns­bourg, pour l’opé­ra de Monte-car­lo. Il suf­fit d’y rem­pla­cer « Guns­bourg » par « Mar­ton » : le texte, mot pour mot, conserve toute sa sa­veur, et l’on me­sure tout à coup la va­cui­té ou l’im­pos­ture, au choix, de la dé­marche adop­tée à Lyon. D’au­tant que le met­teur en scène, outre ses cor­rec­tions et per­fec­tion­ne­ments, pro­pose une concep­tion plu­tôt conve­nue. L’ac­tion, au dé­but, se si­tue sur un chan­tier aban­don­né, qui pour­rait être aus­si un dé­cor de guerre ; les per­son­nages y dé­barquent avec leurs in­évi­tables va­lises (ce sont sans doute des ré­fu­giés), des ga­mins inau­gurent on ne sait quoi pen­dant la « Marche hon­groise », etc. Après l’en­tracte, le dé­cor est re­cou­vert de draps, ce­pen­dant que des pro­jec­tions ca­mouflent la pau­vre­té de la di­rec­tion d’ac­teurs : bien sûr, la voi­ture est de nou­veau uti­li­sée, avec Faust et Mé­phis­to­phé­lès fil­més en di­rect, lors de la « Course à l’abîme ». À la fin, Faust fait un tour à l’in­fir­me­rie (nous sommes tou­jours au ci­né­ma), pen­dant que le Ma­lin quitte

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