COMPTES REN­DUS À la scène

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

le théâtre et se perd dans la nuit lyon­naise. Mu­si­ca­le­ment, on est frus­tré par la pres­ta­tion de Ka­zu­shi Ono, sans flamme ni grande mé­lan­co­lie, à la tête d’un Or­chestre de l’opé­ra de Lyon mai­gre­let, aux cou­leurs ternes (sauf le ma­gni­fique cor an­glais). En re­vanche, il faut sa­luer le Choeur, très bien pré­pa­ré par Phi­lip White : uni, en­ga­gé, vi­vant, qu’il lui faille chan­ter ou par­ler. La dis­tri­bu­tion ré­vèle un Charles Work­man dont on s’étonne qu’il ait fal­lu at­tendre 2015, pour qu’il aborde le rôle de Faust. Car le té­nor amé­ri­cain a toutes les vertus qu’at­tend le per­son­nage, de l’in­tel­li­gence de la dic­tion à la cha­leur étrange et nos­tal­gique du timbre, en pas­sant par l’élé­gance de la ligne, tou­jours te­nue, et cette ma­nière presque lu­naire de se pro­me­ner dans la mu­sique et sur la scène. Son « In­vo­ca­tion à la na­ture », qui exige beau­coup de res­sources et d’hé­roïsme, est un mo­ment unique d’exal­ta­tion et de maî­trise. Char­les­work­man ré­pond à un Laurent Naou­ri qui joue à mer­veille son Mé­phis­to­phé­lès, mais qu’on ai­me­rait en­tendre chan­ter un peu plus et dé­cla­mer un peu moins. Kate Al­drich, en­fin, est une Mar­gue­rite tou­chante, mal­gré un vi­bra­to par­fois en­va­his­sant. Elle dé­ploie une belle sen­sua­li­té dans sa « Ro­mance », l’un des rares mo­ments où l’on ou­blie tout, tant l’in­ter­prète, en jouant avec le dos­sier de sa chaise, nous rap­pelle qu’un ac­ces­soire bien choi­si ou un geste évo­ca­teur suf­fisent à dis­qua­li­fier tous les si­mu­lacres d’in­ven­tion dra­ma­tur­gique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.