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Our mar­quer d’une pierre blanche la pre­mière sai­son de son man­dat de di­rec­teur du Fes­ti­val de la Ruhr­trien­nale, Jo­han Si­mons, qui suc­cède à Hei­ner Goeb­bels, vou­lait mettre en scène une oeuvre qui fasse écho à l’his­toire du lieu. Or, quelle oeuvre du ré­per

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

Si nombre de com­po­si­teurs, de­puis quelques an­nées, ont à coeur d’abor­der le genre de l’opé­ra, bien peu osent prendre le risque du chant. À une ac­tion plus ou moins bien me­née, à une trame or­ches­trale plus ou moins éla­bo­rée, ré­pond sou­vent un ré­ci­ta­tif mo­no­tone, qui tra­hit une mé­fiance per­sis­tante par rap­port à la mé­lo­die et une in­ca­pa­ci­té à in­ven­ter des thèmes re­con­nais­sables ou mar­quants. On n’en di­ra pas au­tant de Gior­da­no Bru­no, le pre­mier opé­ra du com­po­si­teur ita­lien Fran­ces­co Fi­li­dei (né en 1973), créé à la Ca­sa da Mu­si­ca de Por­to, le 12 sep­tembre der­nier et re­pris à Stras­bourg, dans le cadre du Fes­ti­val « Mu­si­ca » (on pour­ra l’en­tendre au Théâtre de Caen, le 26 avril pro­chain). Comme son titre l’in­dique, l’ou­vrage s’at­tache à une fi­gure cé­lèbre et mé­con­nue à la fois : celle du phi­lo­sophe Gior­da­no Bru­no (1548-1600), do­mi­ni­cain hé­ré­tique, condam­né à er­rer dans toute l’eu­rope pen­dant de longues an­nées, fi­na­le­ment rat­tra­pé par l’in­qui­si­tion et condam­né au bû­cher. Une telle per­son­na­li­té donne l’oc­ca­sion, bien sûr, d’op­po­ser l’in­di­vi­du aux ins­ti­tu­tions, la conscience so­li­taire à la foule dé­chaî­née, la ré­flexion et le doute à la foi aveugle et fa­na­tique, même si, de­puis long­temps, s’at­ta­quer à l’église est un pon­cif. Fran­ces­co Fi­li­dei, ai­dé de son li­bret­tiste Stefano Bu­sel­la­to (qui a lui­même pui­sé dans une sélection de textes de Bru­no), ima­gine un opé­ra en deux par­ties, cha­cune fai­sant al­ter­ner les scènes d’ac­tion ( com­ment Bru­no est ar­rê­té à Ve­nise, puis com­ment il su­bit son pro­cès et sa condam­na­tion à Rome) et les scènes de méditation (sur l’in­fi­ni, sur le mou­ve­ment per­pé­tuel de la vie, sur la re­mise en cause de la phi­lo­so­phie d’aris­tote, etc.). Pour as­su­rer l’ar­chi­tec­ture gé­né­rale de l’oeuvre, chaque scène s’ap­puie sur une note, le point de dé­part étant le fa dièse du Pré­am­bule. Comme l’ex­plique le com­po­si­teur, « les douze scènes sont re­liées entre elles par l’uti­li­sa­tion d’une gamme chro­ma­tique qui monte pour les scènes de phi­lo­so­phie (les scènes paires), alors que les scènes de pro­cès (im­paires) des­cendent ». Sans être to­nale, la mu­sique pose ses re­pères et l’au­di­teur ac­com­pagne la par­ti­tion aus­si bien que le des­tin (phy­sique et mé­ta­phy­sique) du héros. La sou­plesse de l’écri­ture de Fran­ces­co Fi­li­dei, mais aus­si son sou­ci de trans­pa­rence vo­cale et ins­tru­men­tale, font que le pro­cé­dé ne semble pas ar­ti­fi­ciel à l’écoute, les mo­ments d’ac­tion et de méditation s’en­chaî­nant avec na­tu­rel. La pré­sence d’un double choeur y est pour beau­coup : double choeur, ou plu­tôt double en­semble de so­listes, com­po­sé de six voix mas­cu­lines et de six voix fé­mi­nines. Fi­li­dei lui ré­serve un trai­te­ment à la fois choral et in­di­vi­dua­li­sé, dans une ma­nière qui rap­pelle loin­tai­ne­ment le Stra­vins­ky des an­nées 1930, no­tam­ment ce­lui de la Sym­pho­nie de psaumes, ou de pièces comme Non­sense de Gof­fre­do Pe­tras­si. Le cha­toie­ment des har­mo­nies des voix de femmes, en par­ti­cu­lier, qui pré­do­minent dans les scènes de méditation, donne

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