GUIDE da ca­po

OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

au­tant de mou­ve­ments que dans une sym­pho­nie : le I tu­toie la for­me­so­nate, le II est un « scherzo dra­ma­tique », le III évo­lue dans un tem­po lent et le IV est un « ac­com­plis­se­ment ». Quant au dense et poé­tique li­vret (deux heures, entre la­by­rinthe et rêve), il pal­pite en qua­rante nu­mé­ros concis ( trois mi­nutes en moyenne). Quit­tant Thèbes, Oe­dipe et An­ti­gone errent. Sur­git le ban­dit Clios qu’oe­dipe ter­rasse (il a ten­té de vio­ler An­ti­gone), puis ac­cueille après qu’il a dé­voi­lé le cours de sa tra­gique vie. Hé­si­tant entre dé­ré­lic­tion et dé­sir de re­ga­gner la com­pa­gnie des hu­mains, Oe­dipe ren­contre Dio­time, grâce à la­quelle, tel Or­phée, il chante pour s’af­fran­chir de ce qui lui pèse. Soi­gnant des lé­preux, il est conta­mi­né – Cal­liope lui évite la mort. En­fin, il par­vient à Co­lone où, dans le bois sa­cré des Éri­nyes, il re­de­vient « le clair-voyant » et, li­bé­ré de ses ma­lé­dic­tions, re­prend sa marche. Sur ce li­vret qui, concen­tré au pos­sible, as­sume une nar­ra­tion lim­pide, Pierre Bar­tho­lo­mée a écrit une mu­sique ne se payant pas de re­cherches ni de gestes in­utiles. La claire nar­ra­tion est aus­si dans la fosse, la no­men­cla­ture or­ches­trale, qua­si cham­briste, ne s’in­ter­di­sant pas des ac­més vio­lents. L’écri­ture vo­cale, quant à elle, ré­vèle une fine connais­sance des re­gistres fa­vo­rables et un pa­tent sens du théâtre. Évi­tant tout ef­fet in­utile, cet opé­ra vise juste et émeut. Autre atout, et non des moindres : Jo­sé van Dam dans le rôle d’oe­dipe, ex­pres­sé­ment écrit à son in­ten­tion. Sa pres­ta­tion, dense et éco­nome d’ef­fets, est à l’unis­son de la par­ti­tion. En outre, le ba­ry­ton-basse belge ap­porte une pas­sion­nante touche per­son­nelle : aux méandres que son per­son­nage tra­verse et su­bit, il ajoute un « ailleurs » sub­ti­le­ment iro­nique où rôde Don Qui­chotte, ici cou­sin d’or­phée. Au­tour de lui, on si­gna­le­ra la so­pra­no ita­lienne Va­len­ti­na Va­lente en An­ti­gone et le té­nor fran­çais Jean-fran­cis Mon­voi­sin en Clios, au sein d’une ga­le­rie de por­traits bien cam­pés. À la tête des forces vives de la Mon­naie, Da­niele Cal­le­ga­ri fait pal­pi­ter cette créa­tion mon­diale, qui tient une place no­table par­mi les opé­ras nés du­rant le XXIE siècle et qu’au­cun afi­cio­na­do de Jo­sé van Dam ne sau­rait man­quer.

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22 oc­tobre 1962. Trois jours avant la pre­mière of­fi­cielle, le Tout-pa­ris se presse au Théâtre des ChampsÉ­ly­sées : le ri­deau va bien­tôt se le­ver sur L’opé­ra d’aran, deux actes, un li­vret de Jacques Em­ma­nuel, Louis Amade et Pierre De­la­noë, mais sur­tout une mu­sique de Gil­bert Bé­caud (1927-2001). Com­bien sont-ils, dans la salle, à pen­ser qu’un au­teur de chan­son­nettes n’a pas à se frot­ter au do­maine ré­ser­vé de l’art ly­rique, et à ar­bo­rer un air iro­nique en es­pé­rant bien as­sis­ter à la chute du pré­somp­tueux ? Mis en scène par Mar­ga­ri­ta Wall­mann, le spec­tacle n’est pas le triomphe es­pé­ré et vaut à ses producteurs des pertes fi­nan­cières sé­vères ; il n’at­tire pas le jeune pu­blic es­comp­té, qui com­mence à se dé­tour­ner d’un genre dé­cli­nant, avant le sur­saut des an­nées 1970. La cri­tique, quant à elle, est par­ta­gée, les te­nants de l’avant-garde ti­rant, bien sûr, à bou­lets rouges sur la par­ti­tion à une époque où l’opé­ra n’était pas vrai­ment en odeur de sain­te­té. Pour­tant, l’ou­vrage conti­nue­ra sa car­rière, en France et à l’étran­ger. un pre­mier en­re­gis­tre­ment de stu­dio sui­vra, chez Pathé Mar­co­ni, ré­édi­té en CD, pour la pre­mière fois, sauf er­reur, dans le pré­sent cof­fret ; puis un se­cond, en 1992, chez BMG, ra­pi­de­ment dis­pa­ru, et dans le­quel le com­po­si­teur s’était at­tri­bué l’un des rôles so­listes. Bé­caud n’au­ra pas da­van­tage de suc­cès avec son se­cond es­sai ly­rique. Pro­duit par Ha­rold Prince en 1987, Ro­za, son « mu­si­cal » ins­pi­ré par La Vie de­vant soi de ro­main Ga­ry (Émile Ajar), se­ra bien ac­cueilli pen­dant sa pé­riode d’es­sais, mais chu­te­ra à Broad­way. Plus de cin­quante ans se sont écou­lés de­puis la créa­tion de L’opé­ra

Les que­relles sont dé­sor­mais in­utiles. reste une mu­sique agréa­ble­ment mé­lo­dique, dont le ly­risme gé­né­reux s‘ épanche en longues phrases, sou­te­nant une in­trigue pas­sa­ble­ment mé­lo­dra­ma­tique, ca­pable de tou­cher im­mé­dia­te­ment des spec­ta­teurs n’en de­man­dant pas plus. Il n’y a pas là de quoi fouet­ter un chat, mais on com­prend ai­sé­ment qu’un tel tra­vail ait pu, en son temps, être taxé de pas­séiste. La dis­tri­bu­tion n’ar­range pas les choses : avec Ch­ris­tiane Stutz­mann, Alain Van­zo, Mi­chel Dens, on a connu en pro­vince des in­ter­pré­ta­tions au­tre­ment mieux équi­li­brées. Il faut se conten­ter, ici, des ex­cès vé­ristes de ro­san­na Car­te­ri et des li­mites vo­cales d’al­vi­no Mis­cia­no. Pe­ter Got­tlieb et ro­ger Soyer sont là pour sau­ver la mise, de même que le tou­jours im­pé­tueux Georges Prêtre. En bo­nus, deux brèves in­ter­ven­tions de l’au­teur, pré­sen­tant son pro­jet à Bru­no Co­qua­trix (alors di­rec­teur de l’olym­pia) et en fre­don­nant quelques phrases. Mais pour don­ner un aper­çu com­plet du Bé­caud « sé­rieux », pour­quoi ne pas avoir ré­édi­té aus­si sa can­tate L’en­fant à l’étoile, que Pathé Mar­co­ni avait gra­vée en 1960 ? C’eût été un com­plé­ment heu­reux à ce qui, au­jourd’hui, ne dé­chaîne plus les pas­sions mais de­meure une cu­rio­si­té. Des­sein vo­lon­taire ou acte man­qué, l’illus­tra­tion de l’al­bum (en­re­gis­tré à rie­ti, en sep­tembre 2014) est en soi in­quié­tante. Cette va­ria­tion mor­bide sur les os­se­ments d’un couple néo­li­thique, ex­hu­mé près de Man­toue, en 2007, laisse craindre le pire : une de ces dé­mons­tra­tions d’ar­chéo­lo­gie mu­si­cale de na­ture à dés­in­car­ner le ro­man­tisme bel­li­nien pour n’en of­frir que le squelette ba­ro­qui­sé. Or c’est bien ce que le fou­gueux et ima­gi­na­tif Fa­bio Bion­di va nous pro­po­ser, une fois de plus. Certes, le pi­quant des bois et la vi­va­ci­té ago­gique du chef, im­pul­sant d’em­blée à ses tim­bales et trom­pettes une sym­pa­thique ala­cri­té, peuvent sé­duire un temps. Comme d’ailleurs le choeur sé­millant qui contre­pointe ces ins­tru­ments « d’époque ». Tout au long de cette in­ter­pré­ta­tion cham­briste, on se­ra sen­sible à ces al­liages de so­no­ri­tés in­édites, ma­riant la té­nui­té de cordes plain­tives au frui­té d’une cla­ri­nette ou d’une harpe éo­lienne. Le cor na­tu­rel pré­lu­dant aux sou­pirs de Giulietta contri­bue éga­le­ment à ce charme in­so­lite, avec ses sons bou­chés et ses in­cer­ti­tudes d’in­to­na­tion, les­quelles af­fectent hé­las tout au­tant les cordes malingres. Et me­nacent de se com­mu­ni­quer aux chan­teurs, mal­gré le sou­tien de dis­crètes in­ter­ven­tions du pia­no­forte. Si l’on ajoute qu’une mo­saïque de jo­liesses ne sau­rait, de toute fa­çon, te­nir lieu d’ar­chi­tec­ture d’en­semble et que, faute de conti­nuum mu­si­cal, l’ou­vrage se dé­lite, il au­rait dû re­ve­nir à ces chan­teurs d’en sup­por­ter le poids dra­ma­tique et ex­pres­sif. Las ! dans ses pré­ten­tions mu­si­co­lo­giques, Fa­bio Bion­di fait pas­ser la vo­ca­li­té par pertes et pro­fits. L’en­trée du té­nor Da­vide Gius­ti est à elle seule rédhi­bi­toire, ca­tas­tro­phique, tant la voix est blanche et le

à va­ria­tions les­té par un aus­si vi­lain timbre. Les deux basses (ugo Gua­gliar­do et Fa­bri­zio Beg­gi) vous ont des airs de grandes poin-

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