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OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

tures au re­gard de cet ama­teur. Va­len­ti­na Far­cas, hier une Blonde ou une Su­san­na, avant d’oser Bea­trice di Ten­da puis Lu­cia di Lam­mer­moor, sauve l’hon­neur du chant fé­mi­nin. So­pra­no ly­rique, in­gé­nue et lu­mi­neuse, à peine en de­çà de la jus­tesse dans la nuance forte, mais cou­lant au mieux son le­ga­to dans une tex­ture ins­tru­men­tale qui l’avan­tage, cette Giulietta a bien du mé­rite face aux ap­pels hys­té­riques d’une Vi­vi­ca Ge­naux comme han­tée par le sou­ve­nir de l’iné­nar­rable Flo­rence Fos­ter Jen­kins. Voix na­sale ou­tra­geu­se­ment ou­verte et crue, aux voyelles apla­ties, graves en boîte ca­ri­ca­tu­raux, vo­ca­lises de ma­chine à coudre, notre ros­si­nienne éprou­vée tra­ves­tit le rôle de ro­meo au sens pé­jo­ra­tif du verbe. Les in­ten­tions du maître d’oeuvre (la­bo­rieu­se­ment énon­cées dans le texte qu’il signe) étaient peut-être louables, mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

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Né en 1932, bar­dé de dis­tinc­tions, époux de la cé­lèbre dan­seuse Maïa Plis­sets­kaïa (dis­pa­rue le 2 mai der­nier), ro­dion Cht­che­drine pour­rait n’être qu’un de ces mu­si­ciens of­fi­ciels au lan­gage ex­pur­gé, comme la rus­sie so­vié­tique en a connu bien d’autres. Et pour­tant, Cht­che­drine a tou­jours su im­po­ser sa per­son­na­li­té par­ti­cu­lière, no­tam­ment dans ses nom­breux opé­ras et bal­lets : une in­tui­tion ef­fi­cace de ce qui peut fonc­tion­ner sur une scène, une bonne dose d’hu­mour, un évident sa­voir-faire en tant qu’or­ches­tra­teur... Bref, un bon com­mu­ni­cant dont les ou­vrages, à dé­faut de pa­raître plus ori­gi­naux que ce­la, ont su conqué­rir leur pu­blic. Sixième opé­ra de Cht­che­drine, Le Gau­cher, d’après une nou­velle de Ni­ko­laï Les­kov, a été créé au Ma­riins­ki de Saint-pé­ters­bourg, en juillet 2013, en ver­sion de concert, dans le cadre de la sai­son d’inau­gu­ra­tion du nou­veau théâtre, bap­ti­sé « Ma­riins­ki II ». L’en­re­gis­tre­ment qui nous ar­rive au­jourd’hui est l’écho de cette pre­mière, qui fut sui­vie d’une production scé­nique. Le ré­cit de Les­kov, sa­vou­reux cock­tail d’hu­mour russe, dé­peint les qua­li­tés et les mul­tiples tra­vers (dont un pen­chant pro­non­cé pour la bou­teille) d’un as­tu­cieux qui­dam, dont l’in­gé­nio­si­té mé­ca­nique lui per­met­tra d’en re­mon­trer même aux in­gé­nieurs de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle bri­tan­nique. Il y est ques­tion d’une puce chan­tante, mi­nus­cule au­to­mate d’acier dont les An­glais font la dé­mons­tra­tion au tsar : après l’in­ter­ven­tion du héros, cette puce bri­tan­nique se re­trou­ve­ra fer­rée d’acier lo­cal et dan­se­ra sur des airs folk­lo­riques russes ! Le su­jet est un peu mince, mais trai­té avec un art consom­mé de la ca­ri­ca­ture – hu­mour qui peut rap­pe­ler, en moins cor­ro­sif so­cia­le­ment, Le

de Chos­ta­ko­vitch. Mu­si­ca­le­ment, on ne trouve rien de très nou­veau ni de vrai­ment pas­sion­nant, mais le tout fonc­tionne grâce à un art consom­mé de la mise en scène so­nore, chaque per­son­nage se trou­vant bien mis en re­lief par un contexte où sur­abondent les ré­fé­rences et les ci­ta­tions. Quelques dis­so­nances un peu vertes épicent le tout, mais cette mo­der­ni­té ne pa­raît ja­mais une pré­oc­cu­pa­tion cen­trale. En réa­li­té, l’ob­jec­tif pa­raît sur­tout de créer un bon spec­tacle et, dans cette op­tique, Le Gau­cher est plu­tôt réus­si. Sur­tout in­ter­pré­té comme ici par un grand chef de théâtre (Va­le­ry Ger­giev est le dé­di­ca­taire de l’oeuvre) et un bel en­semble de chan­teurs de pre­mier plan, dont la Puce aux vo­ca­lises ver­ti­gi­neuses de Kris­ti­na Alie­va et le sa­vou­reux Gau­cher d’an­drei Po­pov. S’agis­sant d’une co­mé­die où le rire et l’ef­fi­ca­ci­té des si­tua­tions théâ­trales sont pri­mor­diaux, un DVD de la production scé­nique, plu­tôt que ce simple en­re­gis­tre­ment de concert, nous au­rait ce­pen­dant sem­blé plus pro­bant.

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Mal­gré de nom­breux airs d’une grande beau­té, n’est pas le plus en­re­gis­tré des opé­ras de Haen­del. Peut-être parce que les amours de la reine de Naples et de ses trois pré­ten­dants – dont l’un est pro­mis à une autre, la­quelle se dé­guise en homme – ont be­soin de la scène pour s’épa­nouir plei­ne­ment. Ce­la n’avait pas em­pê­ché Si­gis­wald Kuij­ken (Deutsche Har­mo­nia Mun­di, 1979), puis Ch­ris­tian Cur­nyn (Chan­dos, 2005), de ten­ter l’aven­ture. Comme ses pré­dé­ces­seurs, ric­car­do Mi­na­si s’ap­puie, pour cet en­re­gis­tre­ment de stu­dio (2015), sur la ver­sion ori­gi­nale de créée en fé­vrier 1730, moyen­nant quelques amé­na­ge­ments. Il pro­pose ain­si une édi­tion al­ter­na­tive de la scène fi­nale, da­tant de dé­cembre 1730 et com­por­tant un air com­po­sé pour Se­ne­si­no qui suc­cé­dait, en Ar­sace, à An­to­nio Ber­nac­chi. Plus in­at­ten­du, Ar­min­do est ici confié à une so­pra­no, ce qui per­met d’in­té­grer son « Bra­mo res­tar », écrit en 1737. Quant aux trois airs conçus en 1730 pour voix d’al­to, deux sont uti­li­sés dans leur ver­sion trans­po­sée de 1737 et le troi­sième, cou­pé en cette oc­ca­sion par Haen­del, est conser­vé dans sa to­na­li­té d’ori­gine... Cer­tai­ne­ment dic­tée par le choix des chan­teurs réunis ici, la dé­marche édi­to­riale pa­raît évi­dem­ment étrange, mais elle a l’in­té­rêt de nous faire en­tendre deux airs ab­sents des autres en­re­gis­tre­ments. Sur le strict plan vo­cal, la dis­tri­bu­tion est re­mar­quable, et ce se­rait chi­po­ter que de sou­hai­ter un peu plus de lu­mière et de lé­gè­re­té mu­tine chez la Par­te­nope de Ka­ri­na Gau­vin, un peu plus d’épais­seur vo­cale chez l’ar­sace de Phi­lippe Ja­rouss­ky. Pour­tant, cette exé­cu­tion qua­si­ment ir­ré­pro­chable semble de­meu­rer à la sur­face des émo­tions, sous la ba­guette d’un ric­car­do Mi­na­si ne re­trou­vant pas tout à fait le ni­veau de sé­duc­tion de Ch­ris­tian Cur­nyn, chez Chan­dos. L’im­pres­sion gé­né­rale, en fait, reste celle d’un concert, où les ex­cel­lents in­ter­prètes ne lè­ve­raient que ra­re­ment le nez de leur par­ti­tion pour s’adres­ser au pu­blic.

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