UNE NOU­VELLE DI­REC­TION À L’OPÉ­RA DE SAINT-ÉTIENNE

Ces sept der­nières an­nées, l’opé­ra a connu une exis­tence pour le moins per­tur­bée, entre dé­mis­sions, no­mi­na­tions avor­tées, et même li­cen­cie­ment pour faute. Son nou­veau di­rec­teur, confir­mé à son poste en jan­vier 2015, ex­plique com­ment il a en­tre­pris de re­la

OPERA MAGAZINE - - LA UNE - Pro­pos recueillis par MI­CHEL PA­ROU­TY

L’opé­ra de Saint-étienne a connu des pé­riodes de tur­bu­lence ; sont-elles ter­mi­nées ?

Oui, le calme est re­ve­nu, même si, par les temps qui courent, une mai­son sans pro­blème n’existe pas. La vie a re­pris son rythme. Nous avons fait le pa­ri d’une nou­velle équipe, de nou­veaux choix, et il semble que nous ayons réus­si, puisque le pu­blic est là, que la presse re­vient et que les abon­ne­ments sont en hausse, ce qui est un in­di­ca­teur in­faillible.

Et ce, mal­gré des contraintes fi­nan­cières...

Nous avons réus­si à mon­ter une pro­gram­ma­tion en nous sou­met­tant à un ré­équi­li­brage sé­vère, puisque notre do­ta­tion a été re­mise à son ni­veau d’équi­libre eu égard aux dé­pas­se­ments budgétaires de l’an­cienne di­rec­tion. Notre pro­po­si­tion ar­tis­tique a dû prendre en compte ces huit cent mille eu­ros de moins par rap­port aux sai­sons pré­cé­dentes ; néan­moins, nous avons af­fi­ché de l’opé­ra, de la danse, des concerts... et ac­cueilli cent abon­nés sup­plé­men­taires ! Ce qui ne nous em­pêche pas de res­ter humbles ; nous ne de­vons sur­tout pas nous en­dor­mir sur nos lau­riers. La Tos­ca que nous avons don­née, en no­vembre der­nier, a rem­por­té un énorme suc­cès et a été una­ni­me­ment sa­luée ; le chef d‘ or­chestre, Da­vid Rei­land, est même ve­nu sa­luer sous une pluie de roses, qui ont for­mé un ta­pis sur la scène...

Vous avez éga­le­ment chan­gé le nom de l’ins­ti­tu­tion...

Ef­fec­ti­ve­ment, nous ne sommes plus l’opé­ra Théâtre de Saint-étienne, mais l’opé­ra. Nous avons re­non­cé à cer­tains genres, comme le jazz et le théâtre par­lé, et avons af­fi­ché clai­re­ment nos in­ten­tions. La ville dis­pose d’autres salles de spec­tacle, dont un Zé­nith et un Centre dra­ma­tique na­tio­nal, la Co­mé­die de Saint-étienne. Per­sonne n’a donc été lé­sé. Pour moi, un Opé­ra doit res­ter un Opé­ra, c’est-à-dire se consa­crer à la mu­sique sym­pho­nique et de chambre, à l’art ly­rique, à la danse ; tous les genres n’y fonc­tionnent pas. Avec la dé­no­mi­na­tion « Opé­ra », le mes­sage est clair.

Quelle est exac­te­ment votre fonc­tion ? Êtes-vous as­su­ré de pou­voir me­ner à bien votre tâche sans pro­blèmes fi­nan­ciers ?

Je suis di­rec­teur gé­né­ral et ar­tis­tique, avec un man­dat de trois ans. À notre époque, per­sonne ne peut pré­dire l’ave­nir et avoir la moindre as­su­rance, d’au­tant que la do­ta­tion at­tri­buée aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales baisse constam­ment. Nous de­vons pré­voir nos pro­gram­ma­tions deux ou trois an­nées à l’avance ; en ce mo­ment, je tra­vaille donc sur la sai­son 2017-2018, sans avoir en­core mon bud­get pour 20162017 ! La pré­oc­cu­pa­tion des mu­ni­ci­pa­li­tés est de ne sur­tout pas aug­men­ter les im­pôts ; leur bud­get doit donc su­bir des ajus­te­ments, entre autres dans la culture. Si j’avais un mes­sage à don­ner sur le plan na­tio­nal, ce se­rait de ne pas sous-es­ti­mer ce que re­pré­sentent les mai­sons d’opé­ra ; elles font vivre des gens, des com­merces, elles ont un im­pact sur l’éco­no­mie et l’emploi.

À l’heure ac­tuelle, com­ment votre bud­get se dé­com­pose-t-il ?

Notre bud­get ar­tis­tique est de quatre mil­lions trois cent cin­quante mille eu­ros, ce­lui de nos frais fixes se si­tue entre trois mil­lions et trois mil­lions et de­mi, di­sons donc que l’en­semble tourne aux en­vi­rons de huit mil­lions d’eu­ros. Il vient es­sen­tiel­le­ment de la Ville de Saint-étienne, car notre par­ti­cu­la­ri­té est de fonc­tion­ner en­core sous le ré­gime de la ré­gie mu­ni­ci­pale di­recte. Nous avons aus­si l’ap­pui du Con­seil dé­par­te­men­tal (an­cien­ne­ment gé­né­ral) de la Loire, no­tam­ment pour les ac­ti­vi­tés de l’or­chestre Sym­pho­nique et du Choeur Ly­rique Saint-étienne Loire, ain­si que l’aide de quelques mé­cènes. Sans ou­blier les res­sources de billet­te­rie.

Com­bien votre mai­son compte-t-elle de sa­la­riés ?

Le per­son­nel fixe est de quatre-vingt­dix per­sonnes, mais si nous re­gar­dons les fiches de sa­laire, nous en avons deux cents par mois, en sai­son.

Sur quels atouts tech­niques et ar­tis­tiques pou­vez-vous comp­ter ?

Nous dis­po­sons de forces vives ex­tra­or­di­naires, com­pé­tentes et per­for­mantes. Nous avons des ate­liers de dé­cors, de cos­tumes, de vi­déo, et tout ce­la dans le même bâ­ti­ment, où nous bé­né­fi­cions d’un es­pace de trente-six mille mètres car­rés ! Notre Choeur est com­po­sé de pro­fes­sion­nels – comme l’est notre Or­chestre –, mais ils ne sont pas per­ma­nents ; nous les en­ga­geons se­lon les be­soins des pro­duc­tions. L’or­chestre com­prend un noyau de qua­rante-cinq mu­si­ciens ; la moyenne,

pour le ré­per­toire cou­rant, étant de soixante à soixante-cinq exé­cu­tants, nous avons re­cours à des sup­plé­men­taires. Nous pou­vons al­ler jus­qu’à un ef­fec­tif de quatre-vingt-cinq, mais pas da­van­tage. Il nous est donc im­pos­sible de pro­gram­mer des ou­vrages trop lourds.

Le poste de di­rec­teur mu­si­cal a été sup­pri­mé...

Ef­fec­ti­ve­ment. Da­vid Rei­land est notre pre­mier chef in­vi­té ; c’est un ar­tiste belge qui connais­sait dé­jà la mai­son. La qua­li­té de son tra­vail nous a conquis, en même temps que l’en­vie des mu­si­ciens de tra­vailler avec lui. Un pre­mier chef in­vi­té, qui di­ri­ge­ra deux pro­duc­tions ly­riques et trois concerts sym­pho­niques dans la sai­son, c’est un gage de sta­bi­li­té pour l’or­chestre.

Six pro­duc­tions dans la sai­son : est-ce votre vi­tesse de croi­sière ?

Le nombre me semble conve­nable. En 2013- 2014, il y en avait seule­ment cinq, j’ai trou­vé ce­la un peu court. Sou­hai­tant don­ner une im­por­tance de plus en plus grande aux ac­ti­vi­tés en fa­veur des sco­laires, j’ai ajou­té un spec­tacle à leur in­ten­tion, Le Mé­de­cin

mal­gré lui de Gou­nod, que l’on a don­né en oc­tobre. Il en ira ain­si chaque an­née, si pos­sible avec une production mai­son. Nous au­rons sept pro­grammes sym­pho­niques, avec au moins un ou­vrage sa­cré, comme la

Messe en ut mi­neur de Mo­zart, cette sai­son, ain­si qu’un grand concert de clô­ture. Et je n’ou­blie pas la danse, avec six ou sept bal­lets clas­siques, dont un se­ra ac­com­pa­gné par l’or­chestre, en co­pro­duc­tion ou en ac­cueil.

Co­pro­duire est-il une né­ces­si­té ?

Ab­so­lu­ment, en rai­son des contraintes budgétaires. La co­pro­duc­tion per­met de ré­duire les coûts, et nous pen­sons y re­cou­rir au mi­ni­mum deux fois par sai­son. En veillant, bien sûr, à ce que ce­la ne dé­bouche pas sur une aug­men­ta­tion du bud­get ar­tis­tique, mais, au contraire, nous per­mette de réa­li­ser des éco­no­mies. Il ne faut pas être trop nom­breux dans le pro­jet, et l’in­té­rêt est d’être par­mi les pre­miers à pré­sen­ter le spec­tacle.

Com­ment éla­bo­rez-vous votre pro­gram­ma­tion ?

Il ar­rive que les spec­ta­teurs nous de­mandent tel ou tel titre. Mais nous nous si­tuons tou­jours par rap­port à une ligne clai­re­ment tra­cée : pri­vi­lé­gier la mu­sique fran­çaise et les ar­tistes fran­çais. Bien sûr, nous sommes obli­gés de pro­gram­mer des ou­vrages qui at­tirent le pu­blic, comme Tos­ca et Na­buc­co, cette sai­son, et je tiens énor­mé­ment au pro­jet en di­rec­tion des sco­laires, dont je vous ai par­lé tout à l’heure. Mais Les

Ca­prices de Ma­rianne de Sau­guet, production du Centre Fran­çais de Pro­mo­tion Ly­rique qui tourne dans toute la France, re­pré­sentent dé­jà quelque chose de plus ori­gi­nal.

Avez-vous des pro­jets concer­nant la créa­tion ?

À par­tir de 2018, je sou­haite pro­po­ser, tous les deux ans, une pre­mière mon­diale qui soit une com­mande de l’état, confiée à un mu­si­cien et un li­bret­tiste fran­çais. Nous n’en avons pas eu, à Saint-étienne, de­puis la créa­tion de

Ma­rianne, en 2003, opé­ra com­po­sé par Édouard La­camp, sur un li­vret d’ivan A. Alexandre. Nous avons re­mis en ac­tion, pour 2015-2016, les abon­ne­ments ly­riques, for­mule dans la­quelle le pu­blic sous­crit à tous les spec­tacles de la sai­son ; c’est un moyen de fa­vo­ri­ser l’émer­gence de la mu­sique contem­po­raine.

Quel est le pro­fil de ce pu­blic ?

Il est très éclec­tique. Tos­ca a at­ti­ré de nom­breux jeunes, ce qui a éton­né Pe­ter Sid­hom, notre Scar­pia ! Nous tra­vaillons beau­coup sur ce seg­ment de pu­blic, avec une cel­lule très ef­fi­cace en in­terne et un so­lide ré­seau d’en­sei­gnants. Pour Le Mé­de­cin mal­gré lui, nous avons ain­si ac­cueilli non seule­ment mille cinq cents sco­laires, mais aus­si deux mille spec­ta­teurs tout pu­blic, soit trois mille cinq cents per­sonnes au to­tal. Sur l’an­née, nous avons une jauge de vingt-trois mille places des­ti­nées aux jeunes ; elle est com­plète à 95 %, avec des prix variant entre cinq et six eu­ros.

Ce qui est très bon mar­ché !

Saint-étienne est une ville po­pu­laire ; nos places les plus chères sont à cin­quante-cinq eu­ros, nous ne pou­vons pas al­ler plus loin. C’est une vo­lon­té po­li­tique de rendre l’art ac­ces­sible au plus grand nombre.

Vous of­frez sou­vent des prises de rôles à de jeunes in­ter­prètes...

Aus­si sou­vent que pos­sible. Dans Tos­ca, par exemple, Va­nes­sa Le Char­lès et Tho­mas Bet­tin­ger dé­bu­taient en Flo­ria et Ma­rio Ca­va­ra­dos­si. Nous sui­vons le par­cours d’ar­tistes dont nous pen­sons qu’ils sont à l’orée d’une grande car­rière, en es­pé­rant les fi­dé­li­ser.

Vous pro­po­sez aus­si des ré­ci­tals...

Un Opé­ra digne de ce nom se doit de faire ve­nir de grands noms. C’est le cas, cette sai­son, avec Ka­rine De­shayes, An­nick Mas­sis, In­va Mu­la et Béa­trice Uria-mon­zon. Nous sou­hai­tons éga­le­ment dé­ve­lop­per les soi­rées de mu­sique de chambre, avec des membres de notre Or­chestre. C’est un moyen pour eux de conti­nuer à se per­fec­tion­ner, ce qui par­ti­cipe à la qua­li­té d’une for­ma­tion. Nous or­ga­ni­sons ces soi­rées dans la salle d’un de nos par­te­naires, l’hô­tel Mer­cure, et elles sont sui­vies d’un dî­ner de pres­tige.

Vous gé­rez l’opé­ra avec la poigne d’un chef d’en­tre­prise...

Il faut des ma­na­gers pour di­ri­ger les Opé­ras, car les tâches sont ju­ri­diques, fi­nan­cières, ad­mi­nis­tra­tives... Si on ne les gé­rait pas comme des en­tre­prises, ils iraient droit à l’im­plo­sion ! Ce­ci po­sé, tout doit évi­dem­ment être mis au ser­vice de l’ar­tis­tique.

Qu’en est-il de la « Bien­nale Mas­se­net » ?

Elle va se pour­suivre. Elle s’ap­pel­le­ra tou­jours « Bien­nale Mas­se­net » avec, en sous-titre, « Bien­nale de Mu­sique fran­çaise ». Elle re­vien­dra les an­nées paires, comme c’était le cas après sa créa­tion, en 1990. La pro­chaine se tien­dra à l’au­tomne 2018, en dé­but de sai­son. Nous es­saie­rons de l’élar­gir pour qu’elle res­semble tou­jours à un fes­ti­val.

À Saint-étienne, oc­cupe d’abord les fonc­tions de di­rec­teur ad­joint, entre 2002 et 2008, puis d’ad­mi­nis­tra­teur par in­té­rim, en 2009. Part en­suite pour Stras­bourg, où il de­vient di­rec­teur ad­mi­nis­tra­tif et fi­nan­cier de l’opé­ra

Na­tio­nal du Rhin. Re­vient à SaintÉ­tienne, en juin 2014, comme di­rec­teur par in­té­rim. Nom­mé di­rec­teur gé­né­ral et ar­tis­tique de l’opé­ra, en jan­vier 2015,

Le Roi d’ys dans la production si­gnée Jean-louis Pi­chon, créée à SaintÉ­tienne en 2007 et re­prise à par­tir du 4 mars.

Les Ca­prices de Ma­rianne dans la production du Centre Fran­çais de Pro­mo­tion Ly­rique, re­prise à par­tir du 8 avril.

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