JEUNE TA­LENT

Olek­siy Pal­chy­kov.

OPERA MAGAZINE - - SOMMAIRE - Pro­pos recueillis par KA­TIA CHO­QUER

Le monde ly­rique au­rait pu ne ja­mais connaître le nom d’olek­siy Pal­chy­kov. Si un pro­blème aux ge­noux ne l’avait pas écar­té des ter­rains à l’ado­les­cence, c’est dans le sport qu’il au­rait fait car­rière. S’il ne s’était pas cas­sé la mâ­choire à l’âge de 16 ans, c’est dans le pu­pitre de cuivres d’un or­chestre qu’il au­rait of­fi­cié. Car, comme l’ex­plique le jeune Ukrai­nien, « lorsque j’étais en­fant, trois choses comp­taient : le chant pour faire plai­sir à ma mère (chef d’une maî­trise), la trom­pette pour mon père (trom­pet­tiste) et le football pour moi ». La scène a donc rem­pla­cé le stade et la fosse, pour le grand plai­sir du té­nor, qui s’épa­nouit plei­ne­ment dans un mé­tier qui n’était pas for­cé­ment son pre­mier choix.

du FOOTBALL à L’OPÉ­RA

Né à Kiev, dans une famille de mu­si­ciens donc, Olek­siy Pal­chy­kov com­mence à chan­ter dès 7 ans, puis étu­die l’ins­tru­ment pa­ter­nel en pa­ral­lèle. Il se pro­duit très tôt en tant que so­liste, car sa voix de so­pra­no est re­mar­quable par ses ai­gus, lui per­met­tant d’in­ter­pré­ter les airs de la Reine de la Nuit. Il conser­ve­ra d’ailleurs cette tes­si­ture très long­temps, sa mue ne s’ache­vant qu’à l’âge de 21 ans. Après une sco­la­ri­té clas­sique, il dé­cide de se pré­sen­ter au concours d’en­trée de l’aca­dé­mie de mu­sique de Kiev. Il prend des cours par­ti­cu­liers de ma­nière in­ten­sive pen­dant quelques mois et dé­croche le Graal. Il res­te­ra quatre an­nées dans l’ins­ti­tu­tion, puis à l’opé­ra Na­tio­nal d’ukraine, où il fe­ra ses armes en tant que té­nor (Mon­sieur Tri­quet puis Lens­ki dans Eu­gène Oné­guine, no­tam­ment). C’est dans le cadre d’un concours, à Ba­kou, qu’il ren­contre Ro­bert Kör­ner, di­rec­teur de la production ar­tis­tique à l’opé­ra de Lyon. Conquis par le ta­lent et le po­ten­tiel du jeune Ukrai­nien, ce­lui-ci lui pro­pose un pe­tit rôle dans la production du Nez de Chos­ta­ko­vitch, don­née à Aix et Lyon.

SA­GESSE

En France, une amie lui parle de l’ate­lier Ly­rique de l’opé­ra Na­tio­nal de Pa­ris et Olek­siy Pal­chy­kov tente sa chance aux au­di­tions. « Je ne sa­vais pas chan­ter au­tre­ment que dans la puis­sance et dans l’émo­tion, sans maî­tri­ser ma voix, mais Ch­ris­tian Schirm a su dé­tec­ter un po­ten­tiel et j’ai été ad­mis en 2012 », re­late-t-il. À Pa­ris, il re­prend tous les ap­pren­tis­sages tech­niques et aborde des ré­per­toires da­van­tage en adé­qua­tion avec sa voix. Il dé­couvre ain­si les rôles mo­zar­tiens, qui cor­res­pondent exac­te­ment à ses moyens, lais­sant sur le bord du che­min les Ver­di et les Puc­ci­ni, en­core trop lourds pour lui. « Je suis un jeune chan­teur, je dois donc faire at­ten­tion à ne pas brû­ler les étapes pour ne pas abî­mer ma voix. » Une sa­gesse qu’il se contraint à adop­ter, car sa na­ture le por­te­rait da­van­tage vers l’in­ten­si­té et la puis­sance. En at­ten­dant, le té­nor chante Don Ot­ta­vio ( Don Gio­van­ni), Bel­monte ( Die Entfüh­rung aus dem Se­rail), Fen­ton ( Fal­staff), Py­lade ( Iphi­gé­nie en Tau­ride)... tous ces per­son­nages qui font ap­pel à la nuance plus qu’à la force.

PA­RIS MON AMOUR

À l’is­sue de sa for­ma­tion à l’ate­lier Ly­rique, Olek­siy Pal­chy­kov dé­cide de res­ter en France, « parce ce que Pa­ris est cen­tral en Eu­rope et que je peux re­joindre ra­pi­de­ment n’im­porte quelle ville pour un en­ga­ge­ment, mais aus­si parce que c’est là que j’ai le plus de pro­po­si­tions ». Il parle éga­le­ment de son amour pour le pays, pour la qua­li­té de la vie ici. Au mo­ment de notre en­tre­tien, il ac­cueillait d’ailleurs sa mère, qui n’était ja­mais sor­tie d’ukraine, pour lui faire dé­cou­vrir Pa­ris et lui faire par­ta­ger son émer­veille­ment pour la Ville Lu­mière. Le té­nor ne sou­haite donc pas re­tour­ner sur sa terre na­tale, où la dé­cep­tion a suc­cé­dé à l’en­thou­siasme de la ré­vo­lu­tion. S’il sa­lue la ré­sur­gence de la culture ukrai­nienne, il re­grette que rien n’ait réel­le­ment chan­gé pour la po­pu­la­tion. Der­rière le sou­rire et l’ex­trême po­li­tesse de la di­gni­té, on sent poindre une cer­taine tris­tesse, celle de ne pou­voir par­ta­ger une re­la­tive qua­li­té de vie avec ses proches. Car le dé­ra­ci­ne­ment est là, mal­gré tout, et l’ap­pren­tis­sage du fran­çais est un ef­fort qui s’ajoute aux autres. Olek­siy Pal­chy­kov aborde le tout avec cou­rage, rê­vant sans doute d’un ave­nir où il pour­ra don­ner en­core plus qu’il ne le fait, per­son­nel­le­ment et pro­fes­sion­nel­le­ment. En at­ten­dant, il se ré­jouit de l’ac­quis et lors­qu’il ne tra­vaille pas (le chant, les langues), il re­noue avec son amour pour le football ou se dé­tend en écou­tant Stro­mae, très ap­pré­cié en Ukraine.

Né à Kiev, en 1986. For­mé dans sa ville

na­tale. Fait ses dé­buts à l’opé­ra Na­tio­nal d’ukraine, en 2008, dans

Eu­gène Oné­guine. Se pro­duit dans Le Nez de Chos­ta­ko­vitch, en 2011, au Fes­ti­val d’aix-en-pro­vence et à l’opé­ra de Lyon. In­tègre l’ate­lier Ly­rique de l’opé­ra Na­tio­nal de Pa­ris, en oc­tobre 2012. Pre­mier rôle à l’opé­ra de Pa­ris : le Mes­sa­ger d’ai­da, en oc­tobre 2013. Prix

ly­rique du Cercle Car­peaux et Prix ly­rique de L’AROP, en 2014. Fi­na­liste du Concours « BBC Sin­ger of the­world »

de Car­diff, en 2015.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.