Do­ni­zet­ti en terre na­tale

OPERA MAGAZINE - - Actualites -

Pour l’édi­tion 2016 du « Fes­ti­val In­ter­na­zio­nale Do­ni­zet­ti Ope­ra » de Ber­game, or­ga­ni­sé par la Fon­da­zione Do­ni­zet­ti, Fran­ces­co Mi­che­li, son di­rec­teur ar­tis­tique, a pro­gram­mé, du 23 no­vembre au 4 dé­cembre, deux titres ex­trê­me­ment rares : Oli­vo e Pas­quale et Ros­mon­da d’in­ghil­ter­ra. Le pre­mier est un « me­lo­dram­ma gio­co­so » , créé au Tea­tro Valle de Rome, le 7 jan­vier 1827, la se­conde un « me­lo­dram­ma se­rio », re­pré­sen­té au Tea­tro del­la Per­go­la de Flo­rence, le 27 fé­vrier 1834. Deux vi­sages de Do­ni­zet­ti, sai­sis à deux pé­riodes dis­tinctes de sa car­rière, avant et après le triomphe d’an­na Bo­le­na (26 dé­cembre 1830), qui fit de lui l’un des tout pre­miers com­po­si­teurs italiens de son temps. Re­ve­nu à l’af­fiche au XXE siècle en 1980, à Bar­ga, Oli­vo e Pas­quale n’a guère mo­ti­vé de­puis les di­rec­teurs de théâtre et de fes­ti­val (il n’en existe d’ailleurs que deux édi­tions en CD, chez Bon­gio­van­ni et Nuova Era). Il s’agit pour­tant d’un ou­vrage char­mant, re­le­vant da­van­tage du re­gistre de l’« ope­ra se­mi se­ria » que de l’« ope­ra buf­fa », avec des si­tua­tions tour à tour tra­giques et co­miques, dis­sé­mi­nées dans une in­trigue de « co­mé­die bour­geoise » se ter­mi­nant de fa­çon heu­reuse. La nou­velle pro­duc­tion de Ber­game, pro­gram­mée le 26 no­vembre au Tea­tro So­ciale, mais dé­voi­lée « hors fes­ti­val » dès les 28 et 30 oc­tobre, pro­po­se­ra l’édi­tion ré­vi­sée par Do­ni­zet­ti lui-même, à l’au­tomne 1827, pour le Tea­tro Nuo­vo de Naples. Mor­ceaux chan­tés et dia­lo- gues par­lés y al­ternent, le per­son­nage de Pas­quale s’ex­pri­mant en dia­lecte na­po­li­tain. Sur le plan ar­tis­tique, le Fes­ti­val joue la carte de l’« opé­ra stu­dio », avec une dis­tri­bu­tion de jeunes chan­teurs, dé­co­ra­teurs, cos­tu­miers et i n s t r u m e n t i s t e s ( c e u x d e l ’ O rc h e s t r a dell’ac­ca­de­mia Tea­tro al­la Sca­la, pla­cés sous la ba­guette ex­perte de Fe­de­ri­co Ma­ria Sar­del­li). Ros­mon­da d’in­ghil­ter­ra n’a pas vrai­ment eu plus de chance. Tom­bée dans l’ou­bli peu de temps après sa créa­tion, res­sus­ci­tée à Londres, en 1975, grâce à Pa­tric Schmid, le co­fon­da­teur d’ope­ra Ra­ra, elle n’est ac­ces­sible en CD qu’à tra­vers la gra­vure de stu­dio réa­li­sée, en 1994, par la firme bri­tan­nique. Avec sa brillante dis­tri­bu­tion (Re­née Fle­ming, Nel­ly Mi­ri­cioiu, Dia­na Mon­tague, Bruce Ford), on pou­vait es­pé­rer que ce disque don­ne­rait des idées à quelques di­rec­teurs de théâtre. Il n’en a rien été, à la seule ex­cep­tion, semble- t- il, du Mu­sik­thea­ter im Re­vier de Gel­sen­kir­chen, en 2004. Dom­mage, car l’ou­vrage, par-de­là ses in­éga­li­tés – il ne vaut certes pas Lu­cre­zia Bor­gia et Ma­ria Stuar­da, qui l’en­cadrent dans la chro­no­lo­gie do­ni­zet­tienne –, mé­rite une écoute at­ten­tive. Il s’agit d’un flam­boyant mé­lo­drame ro­man­tique, construit au­tour de Ro­sa­mund Clif­ford, la belle maî­tresse d’henr y II d’an­gle­terre, qui, après maintes pé­ri­pé­ties, fi­nit poi­gnar­dée par l’épouse ja­louse du mo­narque, Alié­nor d’aqui­taine. Conçue pour les deux fu­turs créa­teurs de Lu­cia di Lam­mer­moor ( Fan­ny Per­sia­ni, Gil­bert Du­prez) et la vol­ca­nique An­na del Serre (celle qui en vint aux mains avec Giu­sep­pi­na Ron­zi de Be­gnis, à l’oc­ca­sion de la créa­tion de Ma­ria Stuar­da !), Ros­mon­da d’in­ghil­ter­ra ap­pelle des per­son­na­li­tés vo­cales d’ex­cep­tion. La dis­tri­bu­tion réunie au Tea­tro Do­ni­zet­ti, les 25 et 27 no­vembre, s’an­nonce pro­met­teuse, avec Jes­si­ca Pratt en Ros­mon­da, Eva Mei en Leo­no­ra et Da­rio Sch­munck en En­ri­co. Se­bas­tia­no Rol­li di­ri­ge­ra les Co­ro Do­ni­zet­ti et Or­ches­tra Do­ni­zet­ti Ope­ra, tout juste consti­tués sous les aus­pices de la Fon­da­zione.

Cette an­tho­lo­gie re­groupe l’in­té­gra­li­té des en­re­gis­tre­ments réa­li­sés entre 2007 et 2012 par Mat­thias Goerne avec pas moins de sept pia­nistes dif­fé­rents. Aux cô­tés de cycles in­con­tour­nables tels que La Belle Meu­nière et le Voyage d’hi­ver, ont été sé­lec­tion­nés 164 lie­der qui, d’un vo­lume à l’autre, fi­nissent par dres­ser un por­trait de Schu­bert d’une in­croyable précision. Car Goerne ne se borne pas à “chan­ter Le Roi des aulnes” : il in­carne avec une mi­nu­tie ja­mais at­teinte au­pa­ra­vant cha­cun des per­son­nages peu­plant ce théâtre de l’in­time, marque de fa­brique d’un gé­nie ro­man­tique du mi­ni­ma­lisme, de la conci­sion, de l’inef­fable.

Fan­ny Per­sia­ni en Ros­mon­da.

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