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On­né en ver­sion se­mi-scé­nique, c’est-àdire qua­si­ment sans cos­tumes – ex­cep­té ceux des che­va­liers dé­gui­sés en nonnes ou les che­mises de nuit des dames, sor­ties d’évi­dence de leurs propres garde-robes –, Le Comte

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

Jo­chen Schön­le­ber, qui fête ses 25 ans à la tête de « Ros­si­ni in Wild­bad », peut à juste titre s’en­or­gueillir du che­min par­cou­ru et du tra­vail ac­com­pli. Le programme de cette 28e édi­tion montre une fois de plus comment il est pos­sible, avec des moyens ré­duits mais une in­tel­li­gente po­li­tique de dis­tri­bu­tion, en jouant sur quelques va­leurs sûres du cir­cuit in­ter­na­tio­nal et des jeunes chan­teurs, pour la plu­part is­sus de l’aca­dé­mie du Fes­ti­val (Aka­de­mie Bel­can­to), d’af­fi­cher cinq opé­ras rares, dont trois en ver­sion scé­nique. Com­pa­rée au sou­ve­nir de celle de Davide Li­ver­more (Pe­sa­ro, 2010), la pro­duc­tion de De­me­trio e Po­li­bio par Ni­co­la Ber­lof­fa a le mé­rite d’of­frir, dans sa so­brié­té, une vé­ri­table uni­té dra­ma­tur­gique au pre­mier opé­ra de Ros­si­ni, là où son pré­dé­ces­seur en sou­li­gnait plu­tôt le ca­rac­tère dis­con­ti­nu. Sur seize nu­mé­ros, six seule­ment sont, à coup sûr, de la main du maître ; huit sont d’at­tri­bu­tion dou­teuse, et deux ont été com­po­sés par le té­nor Do­me­ni­co Mom­bel­li, com­man­di­taire de l’ou­vrage et pre­mier De­me­trio/eu­mene. Le contexte de guerre est rap­pe­lé par les cos­tumes mi­li­taires (ré­cu­pé­rés de la pro­duc­tion 2015 de L’in­gan­no fe­lice), qui donnent à l’ac­tion une to­na­li­té contem­po­raine. C’est une caisse de mi­trailleuses Ka­lach­ni­kov que De­me­trio/ Eu­mene offre en hom­mage à Po­li­bio, au pre­mier acte. Ni­co­la Ber­lof­fa se per­met quelques clins d’oeil au se­cond de­gré qui, en sou­li­gnant le ca­rac­tère conven­tion­nel du li­vret, ap­portent une touche d’hu­mour bien­ve­nue. Ain­si des conspi­ra­teurs en im­per­méables et lu­nettes noires, tout droit sor­tis de La Pan­thère rose, qui en­lèvent Li­sin­ga au II ou du grand air de l’hé­roïne, faus­se­ment in­gé­nue, trans­for­mé en nu­mé­ro de sé­duc­tion. No­tons en­core l’uti­li­sa­tion sys­té­ma­tique du té­lé­phone dans les si­tua­tions dra­ma­tiques, qui met en re­lief l’im­puis­sance des per­son­nages. L’en­semble, sans pré­ten­tion, fonc­tionne bien ; sur­tout, il laisse toute sa place au chant. Re­trou­vant le rôle de Si­ve­no dans le­quel elle avait dé­bu­té à Pe­sa­ro, la mez­zo russe Vic­to­ria Ya­ro­vaya confirme ses af­fi­ni­tés avec les hé­ros du ré­per toire bel­can­tiste. La so­pra­no géor­gienne So­fia Mched­li­sh­vi­li, découverte de l’aca­dé­mie 2015, montre ici des ai­gus un peu durs et une voix, à notre sens, trop lé­gère pour Li­sin­ga. En Po­li­bio, la so­lide basse ita­lienne Lu­ca Dall’ami­co sé­duit d’abord par sa puis­sance de pro­jec­tion, mais fi­nit par fa­ti­guer par son manque de nuances. Et le té­nor vé­né­zué­lien Cé­sar Ar­rie­ta ne pa­raît pas tou­jours à l’aise dans le rôle, as­sez grave, de De­me­trio/ Eu­mene. La di­rec­tion di­li­gente de Lu­cia­no Aco­cel­la contri­bue pour beau­coup à la co­hé­rence de ce qui, à Pe­sa­ro, sem­blait sou­vent un patch­work mu­si­cal.

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