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Ette ver­sion de concert de Bian­ca e Ger­nan­do (Naples, 1826), le deuxième opé­ra de Bel­li­ni, se re­com­mande sur­tout par la pré­sence de Maxim Mi­ro­nov en Ger­nan­do, rôle taillé aux ex­cep­tion­nelles me­sures de Gio­van­ni Bat­tis­ta Ru­bi­ni. De­puis I bri­gan­ti de Mer­cad

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

nière minute. Kling­sor, dont on ne sait s’il porte cotte de mailles ou py­ja­ma pa­kis­ta­nais, voile et dé­voile sans rai­son une col­lec­tion de cru­ci­fix. Le per­son­nage reste sans consis­tance, jus­qu’à une prise de lance par­ti­cu­liè­re­ment ri­sible, face à un Par­si­fal sou­dain sur­ar­mé alors qu’il vient de chan­ter qua­rante mi­nutes en ca­le­çon ! Au troi­sième acte, dans une na­ture luxu­riante où plus rien ne fonc­tionne, Kun­dry, at­teinte de Par­kin­son, dé­bar­rasse un vieux fri­go de ses sa­lades ava­riées. Un Gur­ne­manz très alerte a sou­dain be­soin d’un fau­teuil rou­lant pour s’en re­le­ver aus­si­tôt. La pluie tombe sur des femmes nues lors de l’« En­chan­te­ment du Ven­dre­di saint »... Tout est à l’ave­nant, jus­qu’à l’aber­rant ta­bleau fi­nal, une hor­reur mu­si­cale qui fait par­tir les choeurs en fond de scène tan­dis que le dé­cor s’écarte et que la salle s’éclaire, vou­lant si­gni­fier au pu­blic qu’il est cette hu­ma­ni­té ré­di­mée. L’une des plus belles pages cho­rales de­wag­ner de­vient ain­si par­fai­te­ment in­au­dible. Un comble ! Est-ce pour toutes ces in­con­grui­tés que le Par­si­fal 2016 a cu­mu­lé les an­nu­la­tions ? An­dris Nel­sons a cé­dé la ba­guette au fade Hart­mut Haen­chen, qui ne dé­gage ni émo­tion ni vi­ta­li­té. Pour la troi­sième re­pré­sen­ta­tion, à la­quelle nous avons as­sis­té, Klaus Flo­rian Vogt s’est fait por­ter pâle, rem­pla­cé par An­dreas Scha­ger. Pré­sent à Bay­reuth pour in­car­ner Erik dans Der flie­gende Hollän­der (re­prise de la pro­duc- tion de 2012), le té­nor au­tri­chien a de la vaillance, mais un vi­bra­to qui han­di­cape sa ligne de chant. Les « Erlö­ser ! » beu­glés du deuxième acte dé­montrent sur­tout le dé­sir de s’im­po­ser face à la Kun­dry d’ele­na Pan­kra­to­va. La so­pra­no russe est do­tée d’un timbre sé­dui­sant, mais sa pré­sence est obé­rée par l’in­ces­sante vul­ga­ri­té de ses cos­tumes et per­ruques. Dé­jà ex­cellent Marke, la veille ( voir plus haut), Georg Zep­pen­feld do­mine le pla­teau en Gur­ne­manz ju­vé­nile et to­nique. Le Kling­sor de Gerd Gro­chows­ki est in­co­lore, et le Ti­tu­rel de Karl-heinz Leh­ner trop neutre. Seul l’am­for­tas de Ryan Mckin­ny ap­porte un peu d’émo­tion à ce fa­tras in­abou­ti. Au fi­nal, faute de sé­rieuses ré­vi­sions, cette pro­duc­tion res­te­ra comme l’un des plus fas­ti­dieux Par­si­fal vus ces der­nières an­nées.

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