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Voue­rons-nous­que­jus­qu’àpré­sent, nous étions tou­jours sor­tis d’il ma­tri­mo­nio se­gre­to ( Vienne, 1792) fort éton­nés que Sten­dhal, fervent ros­si­nien et di­let­tante d’opé­ra aver­ti, ait pu mettre cette pièce ai­mable sur le même plan que les chefs-d’oeuvre de Moz

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

Cette an­née, Fran­ces­co Mi­che­li, di­rec­teur ar­tis­tique du « Ma­ce­ra­ta Ope­ra Fes­ti­val », a choi­si pour thème la Mé­di­ter­ra­née. Un su­jet on ne peut plus ac­tuel, tant les pays qui la bordent sont au­jourd’hui le théâtre de drames sans fin et de tra­gé­dies cruelles. Comme l’ex­plique Mi­che­li, les hé­ros d’otel­lo, de Nor­ma et d’il tro­va­tore sont des « per­son­nages qui ren­contrent la mort, alors qu’ils cher­chaient sim­ple­ment à vivre heu­reux. Les migrants d’au­jourd’hui viennent des terres de Me­dea ou d’otel­lo, et c’est à eux que nous dé­dions cette édi­tion 2016 ». Otel­lo est une co­pro­duc­tion avec le Fes­ti­val de Pe­ra­la­da, où le spec­tacle a vu le jour en 2015 ( voir O. M. n° 110 p. 56 d’oc­tobre). Une mise en scène qui place Ia­go au centre de l’in­trigue, deus ex ma­chi­na tis­sant les fils des émo­tions et états d’âme des autres pro­ta­go­nistes, avec le concours de mimes illus­trant les ver­sants les plus noirs de sa per­son­na­li­té, sa soif de pou­voir et sa ja­lou­sie dé­vo­rante. Te­nu en ha­leine, le spec­ta­teur est de bout en bout im­mer­gé dans le dé­rou­le­ment de l’ac­tion, jus­qu’à cette ma­gni­fique i mage de la Mé­di­ter­ra­née pro­je­tée sur l’im­mense mur du Sfe­ris­te­rio, qui semble ac­cueillir, dans la paix re­trou­vée, les âmes d’otel­lo et de Des­de­mo­na. La dis­tri­bu­tion est do­mi­née par le Ia­go de Ro­ber­to Fron­ta­li, très à l’aise dans le rôle, aus­si bien sur le plan vo­cal que scé­nique. Vo­lu­bile dans le « Brin­di­si », in­si­nuant dans les duos avec Otel­lo, cy­nique dans le « Cre­do », suave dans le « Rêve », le ba­ry­ton ita­lien se garde de tout ex­cès, son per­son­nage n’en pa­rais­sant dès lors que plus in­quié­tant. Dé­bu­tant en Des­de­mo­na, Jes­si­ca Nuc­cio fait va­loir une voix sûre, d’une cou­leur agréable, en évi­tant d’en ra­jou­ter dans la can­deur vir­gi­nale. Sa « Chan­son du saule » émeut, grâce à la ri­chesse du phra­sé et au raf­fi­ne­ment des mezze vo­ci. Tout juste re­gret­te­ra-t-on un vo­lume li­mi­té pour un es­pace de plein air d’aus­si vastes pro­por­tions. Même s’il s’est lan­cé, de­puis quelques an­nées, dans les em­plois de té­nor spin­to, Stuart Neill reste un li­ri­co, sans les ré­serves de puis­sance, ni le mé­tal dans l’ai­gu qu’exige le rôle-titre. Son « Esul­tate ! » passe donc in­aper­çu, ses in­vec­tives du II laissent le spec­ta­teur de marbre, jus­qu’à un « Niun mi te­ma » dé­pour­vu de toute cré­di­bi­li­té, s’agis­sant d’un Otel­lo aus­si peu sus­cep­tible de sus­ci­ter la crainte dans son en­tou­rage ! Le duo fi­nal du I est sans doute le pas­sage qui lui convient le mieux, l’élé­gance et la sen­si­bi­li­té du phra­sé trou­vant en­fin à s’ex­pri­mer. Ef­fi­caces, les com­pri­ma­ri, avec une men­tion pour le Cas­sio de Davide Gius­ti, jeune té­nor ori­gi­naire de la ré­gion des Marches. Di­rec­tion très équilibrée de Ric­car­do Friz­za (dé­jà pré­sent à Pe­ra­la­da), qui ob­tient une qua­li­té in­es­pé­rée de l’or­ches­tra Fi­lar­mo­ni­ca Mar­chi­gia­na, d’or­di­naire moins pré­cis.

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