COMPTES REN­DUS Fes­ti­vals

OPERA MAGAZINE - - Recontres -

mière force. Après Die Sol­da­ten (2012), Ga­wain (2013) et l’inégal, mais tout de même éton­nant, Tro­va­tore de 2014, Al­vis Her­ma­nis a de nou­veau of­fert un épous­tou­flant spec­tacle, dé­lais­sant la my­tho­lo­gie pe­sante et pé­dante du li­vret, et jouant à fond la carte de l’or de Mi­das – ce « Gold » dont re­gorge le texte trop ba­vard de Jo­seph Gre­gor. Dres­sés fron­ta­le­ment, deux ni­veaux, avec au bas, une py­ra­mide cen­trale, per­met­tant la com­po­si­tion de groupes soi­gneu­se­ment cal­cu­lés, et au-des­sus, une longue ga­le­rie, pou­vant s’ou­vrir sur toute la lar­geur par pan­neau cou­lis­sant. Le tout, soit dé­nu­dé et d’une blan­cheur écla­tante, avec un simple qua­drillage égal de pe­tits car­reaux ; soit, au contraire, re­vê­tu d’un très riche dé­cor, par pro­jec­tion de mo­tifs géo­mé­triques, sou­vent len­te­ment dé­rou­lés (su­perbes vidéos d’in­eta Si­pu­no­va !). Même par­ti, en­core, pour in­té­grer à l’ac­tion un groupe de treize dan­seuses, qui fait sa pre­mière ap­pa­ri­tion à la ga­le­rie, sur fond d’or écla­tant, pour concré­ti­ser la pluie d’or de Ju­pi­ter. Et en­core : les fa­bu­leux cos­tumes du cou­tu­rier li­tua­nien Juo­zas Stat­ke­vi­cius, évo­quant le faste des Bal­lets russes. À ce point de qua­li­té, la dé­bauche dé­co­ra­tive fait ou­blier les li­mites de la di­rec­tion d’ac­teurs, et re­trouve quelque part la si­gni­fi­ca­tion mo­rale et même mé­ta­phy­sique qu’elle a, de fait, dans l’or­ne­men­ta­tion orien­tale. Le troi­sième acte no­tam­ment, vé­ri­ta­ble­ment ma­gique, ter­mine sur la lente en­trée des femmes de­vant leurs mé­tiers à tis­ser, qui contre­pointe la des­cente des dé­cors co­lo­rés, confor­mé­ment au texte comme à ce som­met en­chan­teur de la par­ti­tion ; Da­nae, au centre, conclut en don­nant la main à Mi­das, après que Ju­pi­ter a aban­don­né tout es­poir de la conqué­rir. Apo­théose par­ti­cu­liè­re­ment émou­vante de

en sort re­nou­ve­lée.

cette tra­gé­die du re­non­ce­ment et de cette cé­lé­bra­tion du simple amour conju­gal – sans or. Notre per­cep­tion de Die Liebe der Da­nae en sort re­nou­ve­lée, avec une va­lo­ri­sa­tion que nous n’at­ten­dions pas à ce point, et qui re­met l’opé­ra més­es­ti­mé au rang des vé­ri­tables réus­sites straus­siennes, pour une ré­sur­rec­tion qui fe­ra date. C’est aus­si que le pla­teau et l’or­chestre sont au som­met, su­pé­rieurs à ce qui existe jus­qu’à pré­sent à l’en­re­gis­tre­ment. Après son ex­cep­tion­nelle Ma­ré­chale de 2014, Kras­si­mi­ra Stoya­no­va, tou­jours d’une grande beau­té en scène, donne une Da­nae de la plus haute vo­lée, sen­suelle, opu­lente, mais aus­si bien vo­lon­taire, ou sen­sible, si­non dé­chi­rée. To­masz Ko­niecz­ny, sur le­quel nous avons plu­sieurs fois fait des ré­serves, ne s’in­ves­tit pas moins en Ju­pi­ter et triomphe dans la par­tie hé­roïque du re­gistre, dès sa splen­dide en­trée de la fin du I, sur un mo­nu­men­tal élé­phant blanc. En Mi­das, Ge­rhard Sie­gel lui op­pose sa bon­ho­mie, mais aus­si ses ai­gus plus acides, entre le bouffe et le tra­gique, qui dé­fi­nissent ce per­son­nage at­ta­chant, bien ac­cor­dé à sa par­te­naire pour le grand duo du II, autre som­met de la par­ti­tion. Au­cune faille, par ailleurs, avec le plus éphé­mère mais très mor­dant Pol­lux de Wolf­gang Ablin­ger-sper­rhacke, ou pour le rôle as­sez in­grat de Xanthe, qu’in­carne Re­gine Han­gler. Et le Mer­kur de Nor­bert Ernst brille au­tant par son agi­li­té scé­nique que vo­cale. L’ir­ré­pro­chable Wie­ner Staat­so­pern­chor, avec les ef­fec­tifs très four­nis re­quis, un fas­tueux Wie­ner Phil­har­mo­ni­ker, qui tient à jus­ti­fier plei­ne­ment l’hon­neur d’avoir créé l’oeuvre, et un Franz Wel­ser-möst à son meilleur com­plètent notre bon­heur, pour ce qui se­ra la marque du­rable de Salz­bourg 2016.

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