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OPERA MAGAZINE - - Recontres -

elle ré­pond au but que s’est ma­ni­fes­te­ment fixé l’au­teur : of­frir à ses au­di­teurs un di­ver­tis­se­ment de bon goût. Si Sa­ta­nel­la était un film, on le qua­li­fie­rait d’agréable sé­rie B... À l’heure de l’earl Grey et des scones, cet af­fable « Ro­man­tic English Ope­ra » se dé­guste avec plaisir. La chance de cet ou­vrage, qui eut son heure de gloire après sa créa­tion lon­do­nienne, en 1858, est d’avoir bé­né­fi­cié, pour sa ré­sur­rec­tion en stu­dio (l’en­re­gis­tre­ment a été réa­li­sé à Man­ches­ter, en juillet 2014), de soins at­ten­tifs. Ri­chard Bo­nynge a veillé sur l’éta­blis­se­ment de la par­ti­tion. Tou­jours en­thou­siaste et prompt à dé­fendre ce ré­per­toire, cet alerte jeune homme de 85 prin­temps di­rige avec chic et brio une équipe sym­pa­thique, au sein de la­quelle brille par­ti­cu­liè­re­ment la pim­pante Sal­ly Sil­ver, so­pra­no sud-afri­caine en­ten­due ja­dis à Metz dans Les Hu­gue­nots, du temps de la di­rec­tion de Lau­rence Dale. Vio­lo­niste, ba­ry­ton qui se per­fec­tion­na en Ita­lie et fut fort ap­pré­cié de Ros­si­ni, chef d’or­chestre et com­po­si­teur, Balfe mé­ri­tait bien cet hom­mage, même si The Bo­he­mian Girl (Ar­go/dec­ca) est d’une tout autre trempe que cette bluette qui, mal­gré son nom, n’a rien de dé­mo­niaque. Ce disque au programme al­lé­chant est l’écho en stu­dio d’un spec­tacle mis en scène par Olivier Lexa, pré­sen­té en avril 2016 dans le cadre des « Ren­contres Mu­si­cales de la Val­lée de Joux », en Suisse. Programme al­lé­chant, certes, et m a l i n . À p a r t i r d ’ oe u v r e s d e Mon­te­ver­di, opé­ras et ma­dri­gaux, Leo­nar­do Gar­cia Alar­con a ima­gi­né un théâtre dans le­quel, se­lon la loi des contraires, les vices ré­pon­draient aux ver­tus. Un propos ar­ti­fi­ciel, di­rez­vous ? Non. Car comment mieux cer­ner la créa­tion de ce­lui qui fut l’au­teur de pages sa­crées aus­si su­blimes que celles de la Sel­va mo­rale e spi­ri­tuale, mais dont le gé­nie s’épa­nouit aus­si dans L’in­co­ro­na­zione di Pop­pea, for­mi­dable évo­ca­tion de l’amo­ra­li­té ? L’opé­ra mon­té­ver­dien est tout en­tier pla­cé sous le signe des pas­sions, dé­crites dans une langue mu­si­cale et vo­cale acé­rée et in­no­vante. Ce sont ici les dé­si­rs éro­tiques de Ne­rone, la pa­resse des deux sol­dats veillant à sa porte, l’avi­di­té des pré­ten­dants d’il ri­tor­no d’ulisse in pa­tria... ; mais aus­si le cou­rage du Livre VIII de Ma­dri­gaux ( Al­tri can­ti) ou la cha­ri­té d’or­feo... Pour illus­trer la tem­pé­rance, Gar­cia Alar­con s’est même payé le luxe de com­po­ser une mu­sique « à la ma­nière de » sur un ex­trait d’il ri­tor­no d’ulisse, dont ne sub­sis­tait plus que le texte – es­sai réus­si. Qua­torze plages en tout, qui sub­juguent ra­pi­de­ment l’au­di­teur par la qua­li­té de l’in­ter­pré­ta­tion. Les mu­si­ciens de la Cap­pel­la Me­di­ter­ra­nea ré­vèlent le même sens ai­gu du phra­sé, de la clar­té ins­tru­men­tale, de la cou­leur. Leur men­tor va­rie fort à propos les tem­pi et les at­mo­sphères pour ar­ri­ver à l’ex­pres­sion la plus juste, et sou­ligne l’ori­gi­na­li­té, pour ne pas dire la mo­der­ni­té, d’un monde har­mo­nique fas­ci­nant. Quant aux chan­teurs, à l’aise dans un ré­per­toire dont ils sont fa­mi­liers, ils par­viennent à cette fu­sion in­time du mot et de la note es­sen­tielle ici. Au-de­là d’une le­çon de théâtre, ils lèvent le voile sur l’uni­ver­sa­li­té de Mon­te­ver­di qui, au­jourd’hui en­core, n’a rien per­du de son pou­voir. Dans les ma­dri­gaux, les voix s’ap­pa­rient de fa­çon ma­gis­trale. Les airs d’opé­ra, quant à eux, laissent en­tre­voir des per­son­nages hors normes, cam­pés avec gran­deur par Gian­lu­ca Bu­rat­to (Se­ne­ca), avec hu­mour par Ma­thias Vi­dal (Lu­ca­no, Eu­mete) et

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