La bas­tille unit Mas­ca­gni& Hin­de­mith

ÉVÉ­NE­MENT

OPERA MAGAZINE - - ACTUALITÉS -

L’as­so­cia­tion de Ca­val­le­ria rus­ti­ca­na et Sanc­ta Su­san­na sur l’af­fiche de l’opé­ra Bas­tille, à par­tir du 30 no­vembre (avant-pre­mière le 28), sur­pren­dra les fa­mi­liers du couple Ca­val­le­ria rus­ti­ca­na/pa­gliac­ci. Pour l’oc­ca­sion, le met­teur en scène Ma­rio Mar­tone a, en ef­fet, choi­si de sub­sti­tuer à l’opé­ra de Leon­ca­val­lo, qui ac­com­pa­gnait bien le pre­mier suc­cès de Mas­ca­gni ( 1890) dans sa pro­duc­tion de la Sca­la de Mi­lan, en 2011 ( voir O. M. n° 60 p. 56 de mars), l’une des pre­mières créa­tions ly­riques de Paul Hin­de­mith (1922). Une oeuvre rare, dont la briè­ve­té (vingt-cinq mi­nutes en­vi­ron), comme l’aus­té­ri­té (un choeur et trois voix de femmes seule­ment), s’ancrent dans l’ex­pres­sion­nisme exa­cer­bé de la courte pièce d’au­gust Stramm, l’un des poètes d’avant­garde de l’époque. Pour­tant, Hin­de­mith es­ti­mait hau­te­ment les Ita­liens, et Sanc­ta Su­san­na fait par­tie d’un trip­tyque ren­dant un hom­mage di­rect à ce­lui de Puc­ci­ni. C’est ce que sou­li­gnait avec suc­cès, en 2012, le fes­ti­val « Puc­ci­ni plus » de l’opé­ra de Lyon, en cou­plant l’oeuvre avec la Suor An­ge­li­ca du maître de Torre del La­go (1918). Même si le rap­pro­che­ment avec Le Châ­teau de Barbe-bleue (1918 éga­le­ment), comme à Mont­pel­lier, en 2008, pa­raît plus évident pour cette in­trigue ex­po­sant les fan­tasmes d’une nonne – Su­san­na – qui s’iden­ti­fie à Bea­ta, dont sa consoeur Kle­men­tia lui narre l’his­toire, et fi­nit par se cou­cher nue comme elle sur le cru­ci­fix de l’au­tel, avant d’être dam­née et mu­rée vive. Un texte qui n’a ces­sé de faire scan­dale de­puis une créa­tion tu­mul­tueuse, et une par­ti­tion à la ligne acé­rée qui monte pro­gres­si­ve­ment jus­qu’au « cri ex­pres­sion­niste » fi­nal (« Nein !!! Nein !!! »), quand la nonne re­fuse de se confes­ser. Éclai­rant peut-être les non-dits de Suor An­ge­li­ca, Sanc­ta Su­san­na peut dé­voi­ler aus­si les ar­rière-plans in­avoués du li­vret trop lisse, si­non sim­pliste, de Ca­val­le­ria rus­ti­ca­na. Après tout, ce­lui-ci se passe de­vant une église, où l’on chante éga­le­ment le Re­gi­na Coe­li, le jour de Pâques, et où San­tuz­za est une ex­com­mu­niée... À la Bas­tille, la mise en scène de Sanc­ta Su­san­na se­ra en­tiè­re­ment nou­velle. Pour Ca­val­le­ria, en re­vanche, Ma­rio Mar­tone re­pren­dra celle de la Sca­la. La dis­tri­bu­tion des deux opé­ras est pres­ti­gieuse : Eli­na Ga­ran­ca en San­tuz­za, An­na Ca­te­ri­na An­to­nac­ci en Su­san­na, et en­core la ma­gni­fique Syl­vie Bru­net-grup­po­so, le per­cu­tant té­nor co­réen Yon­ghoon Lee... sous la di­rec­tion mu­si­cale de Car­lo Riz­zi.

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