« Je suis plu­tôt prudente, et aus­si un peu têtue ! »

OPERA MAGAZINE - - ENTRETIEN -

J’ai vou­lu que ce ré­ci­tal re­flète ce que je suis au­jourd’hui, plu­tôt que de me lan­cer dans quelque chose qui me soit étran­ger. Cette idée m’a d’ailleurs un peu ras­su­rée. Car le disque me fai­sait peur : je l’as­so­ciais à des ar­tistes dé­jà confir­més, et non à de jeunes in­ter­prètes. Je te­nais à faire les choses dans l’ordre : me pré­sen­ter d’abord phy­si­que­ment, face à un pu­blic, avant de lui pro­po­ser de me suivre ailleurs. De­puis le dé­but, je chante beau­coup de rôles en pan­ta­lon, de par ma ty­po­lo­gie vo­cale. Et quand Era­to m’a pro­po­sé cet en­re­gis­tre­ment, il m’a sem­blé que les tra­ves­tis mo­zar­tiens al­laient de soi. Quoique sans m’y can­ton­ner. J’aime le cô­té tra­di­tion­nel de l’opé­ra – je ne pour­rais pas faire ce mé­tier si ce n’était pas le cas –, mais il me fal­lait trou­ver un moyen d’al­ler vers d’autres ré­per­toires, par­fois un peu plus lé­gers. J’ai donc ima­gi­né ce pro­gramme. Le Pa­laz­zet­to Bru Za­neCentre de mu­sique ro­man­tique fran­çaise m’a en­voyé des par­ti­tions, par­mi les­quelles j’ai choi­si la rare Psy­ché d’am­broise Tho­mas. Et c’est Alain Lan­ce­ron, pré­sident d’era­to/war­ner Clas­sics, qui m’a sug­gé­ré Mo­zart de Rey­nal­do Hahn, comme une sorte de clin d’oeil, et de lien entre les époques. long. Je me suis donc concen­trée sur la tâche à ac­com­plir, sans me po­ser trop de ques­tions. Il m’a quand même fal­lu toute une ses­sion pour m’ha­bi­tuer ! Dans une salle, on doit pro­je­ter sa voix, alors que dans un stu­dio, on chante pour le mi­cro, tout en gar­dant le même type d’émis­sion. C’est à la fois plus confor­table, et un peu dé­rou­tant. La prin­ci­pale dif­fi­cul­té est de gar­der l’es­prit du di­rect. Sur scène ou en con­cert, l’éner­gie de l’ins­tant fait pas­ser au se­cond plan les er­reurs et les pe­tits pro­blèmes. Pen­dant un en­re­gis­tre­ment, il faut être beau­coup plus pré­cis, mais aus­si conser­ver une dis­tance par rap­port à ce que l’on fait, pour ne pas tom­ber dans une ob­ses­sion de la per­fec­tion. Ma grande pré­oc­cu­pa­tion était de res­ter en forme. Car je ne m’at­ten­dais pas à ce que cet exer­cice, ab­so­lu­ment nou­veau pour moi, me de­mande au­tant d’éner­gie – l’équi­valent, en cinq jours, de deux mois de pro­duc­tion... Ja­mais je n’avais en­chaî­né au­tant de contre-ut que du­rant cette pé­riode ! Mais la voix a te­nu, sans que je me mé­nage pour au­tant.

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