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Are­ment une Ou­ver­ture au­ra été aus­si par­lante ! Au gré d’un dé­cor tour­nant – im­mense pla­teau cir­cu­laire qui ré­vèle, tour à tour, les dif­fé­rentes pièces du châ­teau des Al­ma­vi­va –, on dé­couvre d’abord Su­san­na cou­sant son voile nup­tial, tan­dis que Fi­ga­ro dém

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

Siège du tri­bu­nal dres­sé face à la salle, pour le pro­cès Prus-gre­gor qui fait le pré­texte de l’in­trigue : se­rait-ce une va­riante du par­ti de Ch­ris­toph Mar­tha­ler à Salz­bourg, en 2011 ( voir O. M. n° 73 p. 80 de mai 2012, pour le DVD pu­blié par Cma­jor) ? Non, car une équipe de mo­tards cas­qués entre bien­tôt à la place des juges, sug­gé­rant l’étape de quelque équi­pée sau­vage, ou in­tem­po­relle – que conno­te­ront en­core deux belles vi­déos de route au mi­lieu des mon­tagnes en­nei­gées, pour les in­ter­ludes du I et du II. Après les échanges entre Vi­tek et Al­bert Gre­gor, Emi­lia Mar­ty ap­pa­raît elle-même cas­quée, en pan­ta­lon, longue sil­houette fi­li­forme, qui dé­couvre bien­tôt sa per­ruque blonde cou­pée court et en désordre, ré­fu­giée sou­vent en­suite der­rière ses lu­nettes noires. Rien de vi­sible de la can­ta­trice, comme rien non plus du contexte opé­ra­tique, qui est pour­tant à l’ar­rière- plan de l’oeuvre. Ré­so­lu­ment en de­hors de ce cadre, Kor­nel Mun­druc­zo, ci­néaste hon­grois pri­mé à Cannes et qui signe ici sa deuxième pro­duc­tion ly­rique, a pris le par­ti dur, im­pi­toyable, de la mise à mort an­non­cée d’emi­lia Mar­ty : tom­bant à terre plu­sieurs fois, re­cou­rant à des in­jec­tions de sang la­bo­rieuses, dé­pouillée de sa per­ruque lais­sant à nu le crâne ra­sé – ci­ta­tion de The Na­ked Kiss ( Po­lice spé­ciale, 1964), cé­lèbre film de Sa­muel Ful­ler, dont on re­trouve de fait la vio­lence –, fi­na­le­ment li­vrée aux re­gards, pour le der­nier acte, en sous-vê­te­ments des moins gra­ti­fiants. Le thème cen­tral de cette mé­di­ta­tion sur la va­ni­té du rêve d’im­mor­ta­li­té est as­su­ré­ment pris en compte. Et ce qu’il y a de plus di­rec­te­ment émou­vant dans l’oeuvre, l’at­ti­rance ir­ré­sis­tible entre Emi­lia Mar­ty et son pe­tit-fils Al­bert Gre­gor, est aus­si bien mis en évi­dence par une très forte di­rec­tion d’ac­teurs. Mais peut-on ain­si ti­rer un trait, avec ce per­son­nage vo­lon­tai­re­ment déshu­ma­ni­sé, pri­vé de toute au­ra et constam­ment en­lai­di, sur ce qui a fait, à tra­vers les siècles, outre son mé­tier, la sé­duc­tion ir­ré­sis­tible de la can­ta­trice ? Du coup, le pro­pos achoppe aus­si sur l’épi­sode « es­pa­gnol » du vieil ad­mi­ra­teur, Hauk-sen­dorf, trai­té as­sez mal­adroi­te­ment comme un ex­cur­sus, à l’écart, dans le sa­lon de la villa, de tous les autres per­son­nages, ré­duits alors à l’im­mo­bi­li­té. Ja­na­cek ma­nie lui aus­si le scal­pel, mais sans se dé­par­tir d’une bou­le­ver­sante ten­dresse qu’on cherche ici en vain, au-de­là d’un in­con­tes­table brio, au­tant que l’émo­tion. Au pre­mier rang d’au­tant de prises de rôles (sauf pour le so­lide Hauk-sen­dorf du té­nor belge Guy de Mey), la so­pra­no suisse Ra­chel Har­nisch as­sume, avec un beau cou­rage et une convic­tion qui lui valent un triomphe mé­ri­té, le per­son­nage in­grat d’emi­lia Mar­ty. Le mé­dium est soyeux, et les ai­gus dif­fi­ciles du grand fi­nale sont de qua­li­té. Un peu moins le bas du re­gistre, par­fois peu au­dible. Le té­nor al­le­mand Mi­chael Lau­renz lui op­pose un Al­bert Gre­gor lu­mi­neux et pas­sion­né, d’un re­lief sai­sis­sant, de­vant d’autres rôles mas­cu­lins tous très per­for­mants. Seul bé­mol pour la Kris­ta mé­ri­tante, mais trop peu cré­dible dans le per­son­nage, de la jeune mez­zo amé­ri­caine Rae­hann Bryce-da­vis. Le chef tchè­que­to­mas Ne­to­pil tient d’une main de fer, mais non sans du­re­té lui aus­si, l’or­chestre de l’ope­rav­laan­de­ren, qui as­sume très ho­no­ra­ble­ment sa lourde tâche.

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