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OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

a Mon­naie au­rait dû ou­vrir sa saison sous les ors et ve­lours d’un Théâtre Royal fraî­che­ment ré­no­vé, avec la re­prise, dès long­temps es­pé­rée, de la pro­duc­tion de Mac­beth si­gnée Kr­zysz­tof War­li­kows­ki... si les tra­vaux n’avaient ac­cu­mu­lé au­tant de re­tard – au point de ren­voyer la ré­ou­ver­ture, si­non aux ca­lendes grecques, du moins à une date ul­té­rieure, et d’obli­ger Pe­ter de Ca­luwe à mo­di­fier, une fois en­core, sa pro­gram­ma­tion

in ex­tre­mis.

Dans l’im­pos­si­bi­li­té d’adap­ter le dé­cor de Mal­gor­za­ta Szc­zes­niak aux contraintes tech­niques du pla­teau du Pa­lais de la Mon­naie (le théâtre éphé­mère ins­tal­lé sur le site de Tour & Taxis), le di­rec­teur gé­né­ral de la mai­son s’est tour­né vers Oli­vier Fredj, fi­na­liste du concours or­ga­ni­sé, l’an der­nier, pour re­cru­ter l’équipe de Mi­tri­date, dont le pro­jet l’avait par­ti­cu­liè­re­ment sé­duit. Signe du des­tin ou simple coïn­ci­dence ? Lorsque Pe­ter de Ca­luwe lui de­mande ce qu’il pense de Mac­beth, Oli­vier Fredj sort de son sac la pièce de Sha­kes­peare. Comme dit l’adage, « se non è ve­ro, è ben tro­va­to ». De là à confier la res­pon­sa­bi­li­té d’un spec­tacle à un in­con­nu, qui a certes eu le bon goût d’être l’as­sis­tant de Ro­bert Car­sen et Si­mon Mc­bur­ney, mais n’avait mon­té, sous son nom propre, qu’un anec­do­tique Re pas­tore au Châ­te­let, où l’uni­vers ba­roque et pop de Ni­co­las Buffe vam­pi­ri­sait toute ten­ta­tive de di­rec­tion d’ac­teurs... Pa­ri ris­qué, et ré­com­pen­sé par l’au­dace du qua­si- dé­bu­tant. Non pas tant à cause de l’angle psy­cha­na­ly­tique, dé­ve­lop­pé dans une note d’in­ten­tion lais­sant craindre une ap­pli­ca­tion aride de la se­conde to­pique freu­dienne à la triade for­mée par le pro­ta­go­niste – le Sur­moi –, son épouse – le Moi –, et les sor­cières – le Ça –, mais grâce à l’es­prit lu­dique qui s’im­misce dans une oeuvre pour­tant par­mi les plus noires du ré­per­toire. Vu à tra­vers les pro­jec­tions des col­lages nu­mé­riques de Jean Le­cointre, Mac­beth vire ain­si au cau­che­mar sur­réa­liste. Des cui­sines à la chambre des époux en pas­sant par le hall d’en­trée, la faune qui peuple l’hô­tel « Art dé­co » où est trans­po­sée l’ac­tion, évoque tour à tour, ou si­mul­ta­né­ment, The Ro­cky Hor­ror Pic­ture Show, les Soeurs de la Per­pé­tuelle In­dul­gence, les créa­tures de Jean-paul Goude, jus­qu’à une Hé­cate, mi-cruel­la mi-me­neuse de re­vue, dont l’ap­pa­ri­tion vi­vi­fie un bal­let cho­ré­gra­phié al­la Lau­ra Scoz­zi. C’est par­fois aga­çant, mais le plus sou­vent as­tu­cieux, et même fran­che­ment drôle. La per­ti­nence de la dé­marche se ré­vèle dès lors que, de ce trop-plein d’idées et de ré­fé­rences, dis­po­sées non sans art dans un dé- sordre aus­si dense que fou­traque, émerge, par un contraste pré­gnant, une ap­proche du couple Mac­beth fon­dée sur le re­fus du con­tact phy­sique, et la frus­tra­tion qu’en­gendre ce dé­sir em­pê­ché, mais sur­tout l’ab­sence de des­cen­dance, et donc de lé­gi­ti­ma­tion. Béa­trice Uria-mon­zon se livre, pour sa prise de rôle, à un éton­nant nu­mé­ro de trans­for­miste – même si elle res­semble da­van­tage à l’hu­mo­riste Jen­ni­fer Saun­ders, imi­tant Lau­ren Ba­call, Ja­ckie Ken­ne­dy et Mar­ga­ret That­cher, qu’aux mo­dèles re­ven­di­qués par Oli­vier Fredj. Plus vrai­ment mez­zo – l’a-t-elle ja­mais été ? –, mais pas tout à fait so­pra­no – ce qui ne l’em­pêche pas de ten­ter har­di­ment, à dé­faut de le réus­sir, le contre- ré bé­mol de la scène de som­nam­bu­lisme –, la Fran­çaise pos­sède la tes­si­ture et l’émis­sion érup­tives de La­dy Mac­beth, dont elle brosse, en­core à la sur­face des mots et des notes, un por­trait en de­ve­nir. Pliant jus­qu’au mur­mure suf­fo­qué son mé­tal per­cu­tant, Scott Hen­dricks illustre en Mac­beth le par­fait exemple d’une cou­leur, d’un chant aus­si peu ita­liens que pos­sible, trans­cen­dés par une in­car­na­tion ma­jeure, sans doute mar­quée au fer du per­son­nage de GI dé­vas­té que lui fai­sait jouer War­li­kows­ki. Et si Car­lo Co­lom­ba­ra, dé­sor­mais à bout de souffle, se ré­vèle in­ca­pable de te­nir la ligne de « Come dal ciel pre­ci­pi­ta », sur­tout quand la tes­si­ture de Ban­co s’aven­ture hors de la zone où son timbre sonne na­tu­rel­le­ment noir et pro­fond, il suf­fit au Mac­duff d’an­drew Ri­chards d’en­ton­ner « Ah, la pa­ter­na ma­no »

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