COMPTES REN­DUS à la scène

OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

d’une lec­ture psy­cho­lo­gique aus­si pro­fonde que sobre et concen­trée, en te­nant à dis­tance le réa­lisme qu’une telle ap­proche pour­rait in­duire, grâce à des jeux d’ombres ex­pres­sion­nistes. Da­vid Al­den montre ain­si, en la dé­mon­tant avec au­tant de sub­ti­li­té que le per­met l’éco­no­mie du « me­lo­dram­ma », la mé­ca­nique dont l’om­ni­pré­sent Ia­go se sert pour ins­til­ler la ja­lou­sie dans le coeur et l’es­prit de sa vic­time. N’est-ce pas là l’es­sen­tiel ? Qui plus est lorsque le chant l’exalte ! En 2012, Gre­go­ry Kunde osait fran­chir le pas de l’otel­lo ros­si­nien à ce­lui de Ver­di, de­puis de­ve­nu son rôle fé­tiche, son meilleur aus­si, car ce­lui qui met le mieux en va­leur tant son éton­nante ma­tu­ra­tion que la glo­rieuse pa­tine de sa ma­tu­ri­té. D’au­cuns, nos­tal­giques des go­siers d’ai­rain d’un âge d’or qu’ils ne connaissent, pour la plu­part, que par le disque, pour­raient pi­nailler sur des re­gistres in­égaux, un mé­dium qui, çà et là, gri­sonne, et un souffle par­fois rac­cour­ci. Mais avec quel éclat in­tré­pide le lion ru­git ses ai­gus ! Et avec quel art – qui ja­mais ne donne le moindre signe d’af­fec­ta­tion nar­cis­sique – il porte la phrase et pro­jette les mots, mieux, leur sens ! En George Pe­tean, Gre­go­ry Kunde trouve un Ia­go à sa me­sure, in­car­nant idéa­le­ment cet être ano­nyme, sans en­ver­gure, qui, sous un masque bon­homme, dis­si­mule les in­ten­tions les plus viles. S’il manque de ca­rac­tère, le mé­tal n’en est pas moins mor­dant, et for­gé par une tech­nique in­faillible dont le mu­si­cien use pour sculp­ter, mieux, ci­se­ler une ligne tout en nuances équi­voques, confé­rant au traître, si fré­quem­ment ca­ri­ca­tu­ré par des his­trions, le plus juste re­lief. Sans doute le tem­pé­ra­ment jus­qu’au-bou­tiste, qua­si sui­ci­daire, avec le­quel Er­mo­ne­la Ja­ho entre dans la peau de ses per­son­nages se trouve-t-il un peu à l’étroit dans le cos­tume im­ma­cu­lé de Des­de­mo­na, qu’elle nimbe d’un ha­lo har­mo­nique en­voû­tant, dans des pia­ni en ape­san­teur. La pleine voix, en re­vanche, ex­pose des du­re­tés, et une in­sta­bi­li­té qui met l’in­to­na­tion en pé­ril. Cas­sio clin­quant, mais sans charme par­ti­cu­lier, Alexey Dol­gov est re­lé­gué au rang d’uti­li­té par l’emi­lia de Gem­ma Co­ma-ala­bert, dont les ré­vé­la­tions de der­nière mi­nute suf­fisent à af­fir­mer le mez­zo bien trem­pé. D’un geste pa­ra­doxa­le­ment im­pa­tient, Re­na­to Pa­lum­bo ose la len­teur – jus­qu’au dé­li­te­ment dans le grand concer­ta­to du troi­sième acte, qui en perd toute pul­sa­tion – pour ré­vé­ler, avec des dé­li­ca­tesses cham­bristes, la ri­chesse du tis­su or­ches­tral. Cette quête qua­si contra­pun­tiste ne l’em­pêche pas de faire ru­ti­ler la fosse, en lan­çant sur les cha­peaux de roues les forces mu­si­cales du Tea­tro Real, qui ne par­viennent pas tou­jours à suivre cette ba­guette sur les ter­rains glis­sants de son im­pré­vi­si­bi­li­té.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.