COMPTES REN­DUS à la scène

OPERA MAGAZINE - - COMPTES REN­DUS -

Avec ses com­plices, le dé­co­ra­teur Thi­baut Fack et le cos­tu­mier Ga­reth Pugh, il a créé un uni­vers in­quié­tant, mo­derne sans être os­ten­si­ble­ment à la mode ; d’obs­cures clar­tés – Hé­lio­ga­bale était prêtre du dieu so­laire Éla­ga­bal, ce que rap­pelle, entre autres, la col­le­rette dé­me­su­rée de sa robe – sont évo­quées avec des moyens vo­lon­tai­re­ment res­treints, mais al­lant sans dé­tour à l’es­sen­tiel. Un es­ca­lier des­cen­dant jusque dans la fosse d’or­chestre en est un élé­ment ma­jeur, qui per­met à l’in­trigue de se dé­rou­ler sur plu­sieurs ni­veaux, et les éclai­rages d’an­toine Tra­vert contri­buent à dé­cou­per l’es­pace. Pas d’ac­tua­li­sa­tion in­tem­pes­tive, ni de re­cons­ti­tu­tion his­to­rique, mais un ap­pel à l’ima­gi­na­tion sug­ges­tif et dé­ca­pant. La nar­ra­tion est claire, li­néaire, mais en ac­cord avec les hu­meurs di­verses de la mu­sique et du li­vret. Jol­ly va­rie les cli­mats avec na­tu­rel – c’est sans doute cette al­ter­nance de co­mique et de tra­gique qui a sé­duit cet amou­reux de Sha­kes­peare. Le plus fas­ci­nant, tou­te­fois, reste la fi­nesse et l’in­tel­li­gence de sa di­rec­tion d’ac­teurs, sou­te­nue par une ges­tique sty­li­sée et épu­rée. Les chan­teurs le suivent comme une vé­ri­table équipe. Ils font de même avec Leo­nar­do Gar­cia Alar­con, ins­pi­ré par un com­po­si­teur qu’il dé­fend avec achar­ne­ment. Pas la moindre faille dans cette dis­tri­bu­tion, même si Elin Rom­bo, gra­cieuse so­pra­no, pour­ra s’af­fir­mer da­van­tage. Na­dine Sier­ra, en dé­pit de quelques stri­dences dans l’ai­gu, in­carne une Fla­via fière et ru­sée. Ma­ria­na Flores, tou­jours brillante dans ce ré­per­toire, est Ati­lia, une amou­reuse au tem­pé­ra­ment de feu, à la ligne vo­cale im­pé­tueuse. Le duo co­mique (Mat­thew New­lin/emi­lia­no Gon­za­lez To­ro) est épa­tant, tru­cu­lent sans for­cer le trait. Scott Con­ner, basse opu­lente, com­plète vaillam­ment le trio. La voix ca­res­sante de Va­ler Sa­ba­dus est bien celle de Giu­lia­no, dont on a peine à croire qu’il puisse se trans­for­mer en ré­gi­cide. Paul Groves (Ales­san­dro, épris de Fla­via, mais en butte aux avances d’ati­lia) aborde Ca­val­li, dont il n’est pas fa­mi­lier, avec un chant que la fré­quen­ta­tion de Mo­zart a contri­bué à culti­ver. On sait quelle bête de scène peut être Fran­co Fa­gio­li. Au­cun his­trio­nisme, pour­tant, dans son in­ter­pré­ta­tion du rôle- titre, mais une vir­tuo­si­té trans­cen­dante, des chan­ge­ments de re­gistre bluf­fants, un ai­gu in­so­lent et une sin­cé­ri­té dans l’ex­pres­sion qui cernent les fa­cettes les plus com­plètes du per­son­nage. Fi­dèle à sa re­nom­mée, le Choeur de Chambre de Na­mur est re­mar­quable. Comme d’ha­bi­tude, Gar­cia Alar­con en­flamme sa Cap­pel­la Me­di­ter­ra­nea, aux so­no­ri­tés as­trin­gentes. Sa di­rec­tion est in­ven­tive, vi­vante, à la hau­teur d’une oeuvre rare. Ca­val­li est ma­gis­tra­le­ment ser­vi ; il le mé­rite.

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