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OPERA MAGAZINE - - COMPTES RENDUS -

uand la pos­té­ri­té ren­dra-t-elle en­fin jus­tice à Agnes von Ho­hens­tau­fen, « grand opé­ra his­to­ri­co-ro­man­tique » en trois actes de Gas­pare Spontini ( 17741851), créé au Ho­fo­per de Ber­lin, le 12 juin 1829, puis ré­vi­sé par l’au­teur, en 1837 ? De­puis sa ré­sur­rec­tion au Mai Mu­si­cal Flo­ren­tin, en 1954, grâce au flair et à la cu­rio­si­té in­sa­tiable de son di­rec­teur de l’époque, Fran­ces­co Si­ci­lia­ni, on compte les re­prises sur les doigts d’une main, de sur­croît tou­jours en tra­duc­tion ita­lienne ( Agnese di

Ho­hens­tau­fen).

Quel chef- d’oeuvre, pour­tant, que cette fresque gran­diose, que Spontini lui-même, non­obs­tant l’ac­cueil plu­tôt ré­ser­vé de ses contem­po­rains, consi­dé­rait – à juste titre – comme son opé­ra le plus réus­si ! On y re­père, bien sûr, des échos des triomphes an­té­rieurs du com­po­si­teur, quand il était le mu­si­cien fa­vo­ri de Na­po­léon Ier et de l’im­pé­ra­trice Jo­sé­phine ( La Ves­tale, Fer­nand Cor­tez), des in­fluences al­le­mandes et ita­liennes, mais on est sur­tout sai­si par tout ce que l’ou­vrage com­porte d’an­ti­ci­pa­tions. Par son su­jet his­to­rique, ses mo­nu­men­taux ta­bleaux d’en­semble, pro­ces­sions et cor­tèges, son or­ches­tra­tion fai­sant ap­pel à des cons­truc­tions so­nores aus­si in­édites qu’im­po­santes, Agnes von Ho­hens­tau­fen an­nonce, à la fois, le « grand opé­ra » fran­çais de Meyer­beer et Ha­lé­vy et les pre­miers opus wag­né­riens, Rien­zi, Tannhäu­ser et Lo­hen­grin en tête. Le plus im­por­tant, néan­moins, reste l’ex­tra­or­di­naire beau­té et la force d’émo­tion de cette mu­sique, qui réus­sit à triom­pher d’un li­vret confus. Il n’y a qua­si­ment au­cun temps mort dans Agnes von Ho­hens­tau­fen, on croit en ses per­son­nages, et quand l’hé­roïne at­taque ses deux grands airs, on cha­vire. La ro­mance « Als der Ze­phir flog vorü­ber » (« Quan­do Ze­fi­ro a vo­lo mi sfio­ra­va »), où Mont­ser­rat Ca­bal­lé dé­ployait en 1970 ses sor­ti­lèges sur les ondes de la RAI, est lit­té­ra­le­ment en­chan­te­resse. Quant à la prière « Nein, Kö­nig dro­ben » (« O re dei Cie­li » ou « No, re del Cie­lo » se­lon les tra­duc­tions), im­mor­ta­li­sée chez Dec­ca par Ani­ta

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