GUIDE food of love

OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

Gaillard et Vio­laine Co­chard a aus­si sa part de res­pon­sa­bi­li­té dans cette ren­contre man­quée : à quoi bon un ef­fec­tif ré­duit, si c’est pour man­quer au­tant de pré­ci­sion et de fi­nesse ? On au­ra com­pris que cette pa­ru­tion – avec le com­plé­ment peu pas­sion­nant de pièces ins­tru­men­tales de Man­ci­ni et Du­rante – au­ra du mal à s’im­po­ser au sein d’une dis­co­gra­phie plé­tho­rique. Mais, au con­cert, c’est avec plai­sir que nous ver­rons et en­ten­drons ces deux ar­tistes à nou­veau réunies, par exemple pour un pro­gramme de duos d’opé­ra ( Nor­ma, An­na Bo­le­na, Lak­mé... voire le rare et su­blime Bian­ca e Fer­nan­do de Bel­li­ni) qui les met­trait mieux en va­leur. Un pro­chain ren­dez-vous des « Grandes Voix » ? Si la confi­gu­ra­tion gé­né­rale de l’ou­vrage ne s’en trouve pas vrai­ment mo­di­fiée, cette édi­tion per­met de re­trou­ver – entre autres cu­rio­si­tés – la to­ta­li­té des ré­ci­ta­tifs et, avec eux, l’al­lu­sion aux vel­léi­tés d’in­dé­pen­dance de la Grèce, dé­jà d’ac­tua­li­té en 1825. Sur­tout, pour la toute pre­mière fois, les cinq stances du grand « Im­prov­vi­so » de Co­rin­na, pré­cé­dant le choeur de louange à Charles X, sont don­nées dans leur in­té­gra­li­té. Pour au­tant, la du­rée de l’opé­ra ne s’en trouve guère ral­lon­gée, ce dont il faut sans doute cré­di­ter la di­rec­tion éner­gique, voire un peu pres­sée, d’an­to­ni­no Fo­glia­ni. En tête de dis­tri­bu­tion, on pla­ce­ra le Li­bens­kof de Maxim Mi­ro­nov, dans le plein épa­nouis­se­ment de ses moyens et re­mar­qua­ble­ment ap­pa­rié avec la sa­vou­reuse Me­li­bea de Ma­rian­na Piz­zo­la­to, ain­si que la brillante Fol­le­ville de So­fia Mched­li­sh­vi­li et la so­lide Ma­da­ma Cor­tese d’ales­san­dra Ma­ria­nel­li. Lau­ra Gior­da­no a un peu per­du de sa fa­ci­li­té dans l’ai­gu, mais sa Co­rin­na a gar­dé tout son pou­voir d’émo­tion dans les mo­ments ly­riques. Face à elle, le Bel­fiore de Bog­dan Mi­hai pa­raît un rien mé­ca­nique et manque de charme. Si l’en­semble des voix graves mas­cu­lines se ré­vèle hon­nête, il faut bien re­con­naître que Bru­no De Si­mone, faute de l’am­pleur vou­lue, ne convainc guère dans l’air de Don Pro­fon­do et que Bru­no Pra­ti­co sonne très fa­ti­gué en Trom­bo­nok. Splen­di­de­ment tim­bré, en re­vanche, Ge­zim My­sh­ke­ta en Don Al­va­ro. Par­fai­te­ment en place, en­fin, mais sans fan­tai­sie, le Lord Sid­ney de Mir­co Pa­laz­zi. En fait, il manque à cette en­tre­prise mé­ri­toire, la lé­gè­re­té et le sou­rire au se­cond de­gré in­dis­pen­sables dans cet étrange opé­ra, à la fois hu­mo­ris­tique et vir­tuose. Par­mi bien d’autres, il est une qua­li­té que l’on doit re­con­naître à Ro­ber­to Ala­gna : de­puis tou­jours, tant dans ses dé­cla­ra­tions que dans ses choix de car­rière, le té­nor fran­çais ne cesse d’af­fir­mer son at­ta­che­ment à sa fa­mille et à sa terre d’ori­gine, la Si­cile. Sept ans après un pre­mier al­bum in­ti­tu­lé Si­ci­lien, dé­jà chez Deutsche Gram­mo­phon, en voi­ci une nou­velle preuve. Conçu avec la com­pli­ci­té de ses deux frères, ain­si que de son fi­dèle chef d’or­chestre et ar­ran­geur, Yvan Cas­sar, puis gra­vé en stu­dio, entre avril et juillet 2016, cet al­bum – dé­dié à Ma­lè­na, sa se­conde fille, née en 2014 – est en­tiè­re­ment consa­cré à l’ita­lie du Sud, de Naples jus­qu’à Pa­lerme et Sy­ra­cuse. À cô­té de « tubes » pla­né­taires, tels que Ma­re­chiare, Fu­ni­cu­li fu­ni­cu­là ou Tor­na a Sur­rien­to, on y trouve de nou­velles com­po­si­tions dues au ta­lent de Fre­de­ri­co et Da­vid Ala­gna. Une mu­sique tout à la fois en­so­leillée et nos­tal­gique, qui re­ven­dique fiè­re­ment ses hé­ri­tages et ne pré­tend pas ré­vo­lu­tion­ner notre écoute. Cette sin­cé­ri­té, cette cha­leur, nous les re­trou­vons dans l’in­ter­pré­ta­tion de Ro­ber­to Ala­gna. Voi­ci, en ef­fet, un disque qui lui res­semble et dans le­quel, de toute évi­dence, il a mis tout son coeur, pour ne pas dire toute son âme. On se gar­de­ra donc de faire la fine bouche et de ne voir là qu’exo­tisme de cir­cons­tance, avec man­do­line obli­gée. No­tons, par exemple, l’ap­proche nou­velle, plus in­ti­miste que de cou­tume, de l’im­mor­tel O sole mio. Re­te­nons aus­si le soin ap­por­té à ca­rac­té­ri­ser chaque chan­son, afin qu’au­cune ne res­semble tout à fait à celle qui la pré­cède ou la suit. Là se re­con­naît la marque d’un grand in­ter­prète, nous fai­sant pé­né­trer, avec ce disque, dans le jar­din in­time où il se plaît à vivre en fa­mille. Comme on ai­me­rait que Ro­ber­to

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Cé­lé­brée comme « ali­ment de l’amour » (« »), la mu­sique est très im­por­tante dans l’uni­vers de Sha­kes­peare et sou­vent pré­sente dans ses pièces, no­tam­ment à tra­vers quelques di­zaines de chan­sons. Si les airs d’ori­gine ont été pour la plu­part per­dus, les textes – ain­si que quelques poèmes – ont été, au fil des siècles, une source d’ins­pi­ra­tion pour de nom­breux mu­si­ciens. C’est à ce par­cours que s’at­tache le nou­veau ré­ci­tal de Ian Bos­tridge, en­re­gis­tré en stu­dio, en fé­vrier 2016. Sa construc­tion est ori­gi­nale. Au sein d’un en­semble prin­ci­pal de mé­lo­dies du XXE siècle, ou­vert par le su­perbe cycle Let Us Gar­lands Bring de Ge­rald Fin­zi, sont en­châs­sés six songs, ac­com­pa­gnés au luth par l’ex­cel­lente Eli­za­beth Ken­ny, de contem­po­rains de Sha­kes­peare – dont cer­tains, comme Tho­mas Mor­ley, ont sans doute col­la­bo­ré avec lui –, ain­si que deux pièces d’époque clas­si­co-ro­man­tique : She ne­ver told her love de Haydn et

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