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OPERA MAGAZINE - - GUIDE -

énorme cor­pus reste peu re­pré­sen­té au disque, et ce qu’on peut grap­piller, ici ou là, dans les ca­ta­logues ne pas­sionne pas. Faute d’in­ter­prètes plus en­ga­gés ? L’exemple des deux can­tates choi­sies par Phi­lippe Ja­rouss­ky pour cet en­re­gis­tre­ment de stu­dio, réa­li­sé en dé­cembre 2015, pa­raît pro­bant : en rien des in­édits (il s’agit de can­tates pour basse dé­jà connues, et même dis­po­nibles en CD, no­tam­ment par Klaus Mertens chez CPO), mais en­fin dans une in­ter­pré­ta­tion échap­pant à la ba­na­li­té. Une lu­mi­no­si­té du timbre, une ap­proche ou­ver­te­ment théâ­trale, voire do­lo­riste, en phase avec l’es­prit pié­tiste de ces suc­ces­sions d’épi­sodes courts : d’em­blée, on est in­té­res­sé, cap­ti­vé. On se gar­de­rait bien de par­ler de chefs-d’oeuvre, mais quelque chose de tou­chant fonc­tionne, comme la sou­daine vi­bra­tion co­lo­rée qui peut émer­ger d’une pein­ture d’église même mo­deste, après dé­ca­page de mul­tiples couches de ver­nis. On re­con­naît là la patte du Frei­bur­ger Ba­ro­ckor­ches­ter et de la vio­lo­niste Pe­tra Mül­le­jans, ex­perts en ce type de res­tau­ra­tion. Le cou­plage avec deux pièces de Bach, beau­coup mieux connues, per­met aus­si de va­rier les éclai­rages. Deux can­tates, dont l’une est ef­fec­ti­ve­ment des­ti­née à une voix d’al­to, alors que l’autre (la cé­lèbre BWV 82) reste la chasse gar­dée des voix de basse, en­core que son ap­pro­pria­tion par des fal­set­tistes de­vienne fré­quente. Le pro­blème du pro­gramme est que ces deux pages ma­jeures de Bach écrasent quelque peu les can­tates de Te­le­mann voi­sines, mais aus­si que Phi­lippe Ja­rouss­ky, cette fois, ne par­vient à faire va­loir que sa jo­lie pose de voix et une pro­so­die al­le­mande cor­recte. Il manque une épais­seur dans le timbre et une va­rié­té de cou­leurs, que l’on trou­vait bien da­van­tage chez ses pré­dé­ces­seurs : Paul Ess­wood, Da­vid Da­niels (trop théâ­tral, sans doute, mais vo­ca­le­ment fas­ci­nant) et, sur­tout, l’idéal An­dreas Scholl. Le Bach de Ja­rouss­ky, même ro­dé après une tour­née de concerts, reste un peu vert et ti­mide, en­core que tou­jours agréable à écou­ter. Après quelques ré­ci­tals gra­vés pour Ar­chiv Pro­duk­tion et Deutsche Gram­mo­phon ( Si­rène, En­chan­ted Fo­rest, Be­hind the Lines), la jeune so­pra­no al­le­mande An­na Pro­has­ka pour­suit sa route avec un nou­vel al­bum, en­re­gis­tré cette fois pour Al­pha, en stu­dio, en dé­cembre 2015. Disque thé­ma­tique s’il en est, Ser­pent & Fire cé­lèbre avec pas­sion les fi­gures de deux grandes reines d’afrique, les cap­ti­vantes Di­don et Cléo­pâtre. Sou­te­nu par Gio­van­ni An­to­ni­ni et Il Giar­di­no Ar­mo­ni­co, le pro­gramme mêle avec acui­té pièces ins­tru­men­tales et vo­cales. Si l’on goûte avec dé­lice aux airs fa­meux de Ca­val­li ( Di­done ), Haen­del ( Giulio Ce­sare), Hasse ( Di­done ab­ban­do­na­ta , Marc’an­to­nio e Cleo­pa­tra) ou Pur­cell ( Di­do and Ae­neas , The Fai­ry Queen), ceux de Da­niele Da Cas­tro­vil­la­ri ( La Cleo­pa­tra), Ch­ris­toph Graup­ner ( Di­do, Kö­ni­gin von Kar­tha­go) et An­to­nio Sar­to­rio ( Giulio Ce­sare) offrent in­con­tes­ta­ble­ment un sup­plé­ment d’ori­gi­na­li­té au dé­rou­lé du pro­gramme. Idéa­le­ment en phase avec les af­fects des deux hé­roïnes, An­na Pro­has­ka n’a au­cun mal à im­po­ser son chant tour à tour char­nu, aé­rien, sé­duc­teur, pé­né­trant, et par­fois té­mé­raire. En plus d’une voix

Ma­ga­zine.

Le 350e an­ni­ver­saire de la nais­sance de Fran­çois Cou­pe­rin (1668-1733) se­ra- t- il di­gne­ment fê­té en 2018 ? Ch­ris­tophe Rous­set et Les Ta­lens Ly­riques ont pris les de­vants en consa­crant leur nou­vel en­re­gis­tre­ment, réa­li­sé en stu­dio, en dé­cembre 2015 et juillet 2016, aux deux cé­lèbres « Apo­théoses » : Con­cert ins­tru­men­tal sous le titre d’apo­théose com­po­sé à la mé­moire im­mor­telle de l’in­com­pa­rable M. de Lul­ly et Le Par­nasse ou l’apo­théose de Co­rel­li. Ar­ti­cu­la­tion franche d’un dis­cours qui ne se dé­par­tit ja­mais de son élé­gance, équi­libre so­nore par­fait lais­sant s’épa­nouir les cou­leurs ins­tru­men­tales et sou­li­gnant l’ori­gi­na­li­té de l’har­mo­nie, tout, ici, contri­bue à cé­lé­brer cette réu­nion des goûts fran­çais et ita­lien sou­hai­tée par le com­po­si­teur. Le chant n’oc­cupe qu’une dou­zaine de mi­nutes dans ce disque – mais c’est une pre­mière qu’il offre avec la can­tate Ariane conso­lée par Bac­chus, re­trou­vée par Ch­ris­tophe Rous­set à la Bi­blio­thèque mu­si­cale de Tou­louse, dans un re­cueil ma­nus­crit de can­tates fran­çaises ayant ap­par­te­nu au comte de Tou­louse ( fils de Louis XIV et de Mme de Mon­tes­pan) qui fut l’élève de Cou­pe­rin. D’une voix ample et so­nore, le ba­ry­ton Sté­phane De­gout dé­taille avec au­to­ri­té les trois ré­ci­ta­tifs, mais da­van­tage de va­rié­té dans ses in­flexions eût don­né un plus grand re­lief au texte. Cette can­tate avec viole obli­gée exi­geait un vir­tuose de l’ins­tru­ment ; Ch­ris­tophe Coin a ré­pon­du à

&&&&&). l’ap­pel ( 1 CD Apar­té AP130, Si­gna­lons que Ch­ris­tophe Rous­set fait pa­raître en même temps, chez Actes Sud/ Clas­si­ca, une mo­no­gra­phie sur Cou­pe­rin ( sa pré­cé­dente, dans la même col­lec­tion, était consa­crée à Ra­meau) qui va à l’es­sen­tiel, avec au­tant d’af­fec­tion pour le créa­teur que de connais­sance pré­cise de son oeuvre (224 p. 17 €).

Ju­lien Chau­vin

crée une nou­velle for­ma­tion sur ins­tru­ments d’époque, vouée à res­sus­ci­ter des pages ou­bliées du ré­per­toire fran­çais, ce­lui du Con­cert de la Loge olym­pique, or­chestre fon­dé en 1783, au­quel on doit la com­mande des six Sym­pho­nies dites « Pa­ri­siennes » de Jo­seph Haydn. Un an plus tard, il lui faut re­non­cer à ce nom, le CNOSF (Co­mi­té Na­tio­nal Olym­pique et Spor­tif Fran­çais) s’op­po­sant à l’usage de l’ad­jec­tif « olym­pique ». Preuve que la mu­sique n’adou­cit pas tou­jours les moeurs et que la bê­tise n’a pas de li­mites... C’est donc le Con­cert de la Loge tout court qui en­tre­prend une in­té­grale des « Pa­ri­siennes » en sui­vant les cou­tumes de l’époque, chaque par­ti­tion étant en­tou­rée d’oeuvres de la même pé­riode. Pièce prin­ci­pale de ce pre­mier vo­let, gra­vé en mars 2016 : la Sym­pho­nie n° 85 « La Reine de France ». Une in­ter­pré­ta­tion qui a bien des atouts : un soup­çon de ver­deur mais une clar­té, une trans­pa­rence, ne lais­sant rien igno­rer du jeu qua­si théâ­tral qui s’éta­blit entre les ins­tru­men­tistes, une vi­sion éner­gique, so­laire, d’une ir­ré­sis­tible jeu­nesse, dy­na­mique et dra­ma­tique à la fois. La Sym­pho­nie n° 4 d’hen­ri Ri­gel se­ra une dé­cou­verte pour beau­coup. Quant à Giu­seppe Sar­ti, sa re­nom­mée dé­pas­sa lar­ge­ment les fron­tières de l’ita­lie. À Co­pen­hague, en 1762, il don­na sa Di­done ab­ban­do­na­ta, sur un li­vret de Mes­tas­ta­sio. Dans l’air « Io d’amore... » de l’acte III, ce n’est pas la reine de Car­thage qui fait en­tendre sa plainte, mais sa soeur, Se­lene, elle aus­si amou­reuse d’enea. Des lignes mé­lo­diques longues et souples, une dou­leur qui s’ex­prime sim­ple­ment, lais­sant haut­bois et bas­son obli­gés s’épan­cher et dire l’in­di­cible. En 1772, Jo­hann Ch­ris­tian Bach fit re­pré­sen­ter à Londres sa sé­ré­nade En­di­mione. Dia­na y ser­monne le ber­ger Al­ceste sans sa­voir qu’il est Amore, dans une aria avec flûte d’une folle vir­tuo­si­té. Dans ces deux pages, San­drine Piau est ir­ré­sis­tible, par la fraî­cheur du timbre, la fi­nesse de la mu­si­ca­li­té, la jus­tesse du sen­ti­ment. De for­mi­dables mo­ments de mu­sique qui passent trop vite (1 CD Apar­té AP131,

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