CA­DEAUX Livres en fête

OPERA MAGAZINE - - Cadeaux -

Le 29 mars 1827, une foule de 30 000 per­sonnes suit, à Vienne, le convoi fu­nèbre de Lud­wig van Bee­tho­ven. À la Phil­har­mo­nie de Paris, jus­qu’au 29 jan­vier pro­chain, ce n’est pas seule­ment l’homme que cé­lèbre l’ex­po­si­tion Lud­wig­van – Le mythe Bee­tho­ven, dont Ma­rie- Pau­line Mar­tin et Co­lin Le­moine sont les com­mis­saires. À l’ha­gio­gra­phie, ou à la simple énon­cia­tion des faits, elle pré­fère un ques­tion­ne­ment dont on suit les étapes dans un ca­ta­logue au­quel ont par­ti­ci­pé Éli­sa­beth Bris­son, Em­ma­nuel Rei­bel, Es­te­ban Bu c h , A n t o i n e d e Ba e c q u e, Ti m o t h é e P i c a rd , Co r i n n e Sch­nei­der, et bien d’autres en­core. Fi­gure ma­jeure de la­mu­sique de son temps, dont les har­diesses ir­ritent les uns et fas­cinent les autres, le com­po­si­teur ne tarde pas à ac­qué­rir un sta­tut pri­vi­lé­gié dans l’ima­gi­naire de ses contem­po­rains, sta­tut qui n’a fait que se ren­for­cer au fil des siècles. Écri­vains, peintres, sculp­teurs, ci­néastes, l’image s’ap­pro­fon­dit sans cesse. Va-t-elle jus­qu’à se per­ver­tir lorsque la pu­bli­ci­té em­prunte quelques me­sures d’une so­nate ou d’une sym­pho­nie, ou lorsque la chan­son se l’ap­pro­prie – on au­rait pu ajou­ter à la liste l’im­per­ti­nente Lettre ou­verte à Elise d’anne Syl­vestre ou le Pas­sion Flo­wer po­pu­la­ri­sé en France par Da­rio Mo­re­no et Da­li­da, dont les créa­teurs a m é r i c a i n s s’ a p p e l a i e n t l e s Fra­ter­ni­ty Bro­thers, ce qui semble trop beau pour être vrai ? Qu’im­porte ! Bee­tho­ven est en­tré dans l’his­toire avec un « H » ma­jus­cule, sym­bole de ré­sis­tance (les quatre pre­mières notes de la Cin­quième ser­vant d’in­di­ca­tif à l’émis­sion quo­ti­dienne dif­fu­sée en fran­çais, de­puis Londres, pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale), de li­ber­té (la Neu­vième di­ri­gée par Leo­nard Bern­stein, le 25 dé­cembre 1989, après la chute du mur de Ber­lin), de fra­ter­ni­té (l’« Ode à la joie » de­ve­nue hymne eu­ro­péen). Sym­bole, aus­si, de la puis­sance ti­ta­nesque de l’ar­tiste que rend plus grande la souf­france cau­sée par sa sur­di­té – comment ou­blier le masque tra­gique d’har­ry Baur dans Un grand amour de Bee­tho­ven ou les sculp­tures poi­gnantes d’an­toine Bour­delle ? Bee­tho­ven a ins­pi­ré Jean Coc­teau, Jean-luc Go­dard ou Eric Roh­mer, P i e r r e H e n r y, K a r l h e i n z Stock­hau­sen, Mau­ri­cio Ka­gel... ce qui suf­fit à prou­ver la force du mythe. Qu’avons- nous fait de Bee­tho­ven ? Qu’a-t-il fait de nous ? Et si, comme le sug­gère l’énig­ma­tique Sy­napse de Ter­ry Ad­kins, Bee­tho­ven c’était nous ? Cette ex­po­si­tion riche en do­cu­ments, re­liques (cor­nets acous­tiques et mèche de che­veux), ta­bleaux (Ernst, Bas­quiat, Wa­rhol...), ins­tal­la­tions so­nores et vi­suelles, fait le tour d’une ques­tion dont la ré­ponse dé­fi­ni­tive se fe­ra long­temps at­tendre (Gal­li­mard/ Phil­har­mo­nie de Paris. 184 p.).

M. P.

En 1979, alors que la vague ba­roque commence à dé­fer­ler sur la France, un nou­vel en­semble ins­tru­men­tal voit le jour, fon­dé par un cla­ve­ci­niste amé­ri­cain, William Ch­ris­tie : il se nomme Les Arts Flo­ris­sants, pa­tro­nyme em­prun­té à une oeuvre de son com­po­si­teur fé­tiche, Marc-an­toine Char­pen­tier. Trente-sept ans et une bonne cin­quan­taine de pro­duc­tions ly­riques plus tard, les « Arts Flo » sont toujours là, fi­gure em­blé­ma­tique du pay­sage mu­si­cal hexa­go­nal, dont la re­nom­mée s’étend bien au-de­là des fron­tières. Entre avril et sep­tembre der­nier, l’in­con­tour­nable Centre Na­tio­nal du Cos­tume de Scène et de la Scé­no­gra­phie de Mou­lins a consa­cré à l’en­semble une ex­po­si­tion dont le ca­ta­logue, in­ti­tu­lé Ba­ro­ckis­si­mo ! – Les Arts Flo­ris­sants en scène, est une belle in­vi­ta­tion à la rê­ve­rie. Lais­sons de cô­té la nos­tal­gie ; les sou­ve­nirs de ces spec­tacles, dont cer­tains sont en­trés dans la lé­gende ( Atys de Lul­ly, en premier) sont plus que ja­mais vi­vants. On se rap­pelle les in­ter­prètes (com­bien de chan­teurs et d’ins­tru­men­tistes ont dé­bu­té sous la hou­lette de « Bill » !), les met­teurs en scène, entre autres les com­pa­gnon­nages avec Jean-ma­rie Villé­gier et Ro­bert Car­sen. On a par­fois ten­dance, en re­vanche, à ou­blier les cos­tu­miers. Cette pu­bli­ca­tion rap­pelle une évi­dence : le cos­tume fait le per­son­nage. Ceux qui ont croi­sé la route de Ch­ris­tie et de ses com­plices s’ap­pellent, entre autres, Pier Lui­gi Piz­zi, Ch­ris­tian La­croix, Gi­deon Da­vey. Pa­trice Cau­che­tier tient une place es­sen­tielle dans cette liste. Atys, Le Ma­lade ima­gi­naire, la Mé­dée de Marc- An­toine Char­pen­tier lui doivent beau­coup. Ra­con­tée par Villé­gier, leur vi­site au mar­ché SaintPierre est un bien jo­li « feuillet d’al­bum ». Au fil des pages, des sur­prises at­tendent les lec­teurs, qui par­tagent avec bon­heur cette fête ba­roque dont les hé­ros sont des ar­ti­sans ins­pi­rés, ne mé­ri­tant pas de res­ter dans l’ombre (Lie­nart. 224 p.).

M. P. Le 26 avril 2015, le Staat­so­per de Vienne affiche une nou­velle pro­duc­tion de Don Pas­quale, un ou­vrage qui n’avait plus été don­né in lo­co de­puis 1980. En tête d’affiche, sous la ba­guette de Je­sus Lo­pez Co­bos et dans une mise en scène d’iri­na Brook, des ve­dettes, Juan Die­go Flo­rez et Mi­chele Per­tu­si ; à leurs cô­tés, des membres de la troupe vien­noise, Va­len­ti­na Na­for­ni­ta et Ales­sio Ar­dui­ni. Avant cette soi­rée cou­ron­née de suc­cès, des se­maines de ré­pé­ti­tions et des mois de tra­vail pour l’équipe mai­son. Dans Ge­ne­sis, Do­mi­nique Meyer, di­rec­teur du Staat­so­per, ra­conte en dé­tail la ge­nèse du spec­tacle, sur tous les plans : fi­nan­cier, ju­ri­dique, ad­mi­nis­tra­tif, lo­gis­tique, théâ­tral, mu­si­cal. Très peu de textes, mais un grand nombre de pho­tos qui en disent au­tant que les mots (Ba­den, Edition Lam­me­rhu­ber. 320 p. en vente sur ama­zon.com). M. P.

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