COMPTES REN­DUS À la scène

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus -

dances no­va­trices ve­nues d’eu­rope. Dmi­tri Tcher­nia­kov et Mariusz Tre­lins­ki, pour ne ci­ter qu’eux, ont été re­çus avec ap­pro­ba­tion au Met, tout sim­ple­ment parce que leur tra­vail était de qua­li­té. En re­vanche, que ce soit dans le dé­cor, les cos­tumes, la di­rec­tion d’ac­teurs ou les éclai­rages (les moins réus­sis de l’his­toire ré­cente de la mai­son !), rien ne nous a pa­ru per­ti­nent dans ce Gui­laume Tell. Cu­rieu­se­ment, comme pour At­ti­la, le manque de réus­site de la mise en scène contraste avec une exé­cu­tion mu­si­cale de très haut vol. Pour son re­tour in lo­co après quatre-vingt-cinq an­nées d’ab­sence (la dis­tri­bu­tion de la der­nière re­prise, le 5 dé­cembre 1931, en tra­duc­tion ita­lienne, était em­me­née par Gia­co­mo Lau­ri-vol­pi, Giu­seppe Da­nise et Ezio Pin­za), l’ul­time chef-d’oeuvre opé­ra­tique de Ros­si­ni bé­né­fi­cie de la di­rec­tion de Fa­bio Lui­si, à la fois so­li­de­ment char­pen­tée et sou­cieuse des moindres dé­tails ins­tru­men­taux. Dès l’ou­ver­ture, ex­cep­tion­nelle d’éner­gie et de clar­té dans la su­per­po­si­tion des plans so­nores, l’or­chestre du Met étin­celle de mille feux. Les spec­ta­teurs, d’ailleurs, ne s’y trompent pas, lui ré­ser­vant, ain­si qu’à son « prin­ci­pal conduc­tor », un ac­cueil en­thou­siaste. Triomphe par­ta­gé avec des choeurs par­ti­cu­liè­re­ment bien dis­po­sés et pré­pa­rés (mer­ci à Do­nald Pa­lum­bo, leur chef ). Plus sin­cère que sé­dui­sant en scène, Bryan Hy­mel pro­jette le texte fran­çais avec une clar­té exem­plaire. Si son timbre n’a rien d’agréable, le té­nor amé­ri­cain sou­tient avec aplomb la tes­si­ture ter­ri­ble­ment ai­guë d’ar­nold, avec ses in­nom­brables contre-ut. Ac­cu­sant une re­la­tive baisse de ré­gime au II, il se rat­trape pour dé­li­vrer, au dé­but du IV, un ex­ci­tant « Asile hé­ré­di­taire... Amis, amis, se­con­dez ma ven­geance ». Ma­ri­na Re­be­ka manque d’un zeste de ve­lours dans le timbre, mais sa mu­si­ca­li­té, sa maî­trise d’un rôle qu’elle connaît bien, sa tech­nique raf­fi­née et ses mi­ra­cu­leux pia­ni en font une Ma­thilde de très grand re­lief. Il y a toutes les chances pour que cette in­car­na­tion, suc­cé­dant à ses Don­na An­na, Vio­let­ta et Mu­set­ta, trans­forme la so­pra­no let­tone en étoile du Met. Ja­nai Brug­ger, à la­quelle on a mal­heu­reuse- ment cou­pé son air ( « Ah, que ton âme se ras­sure ») et son splen­dide trio avec Ma­thide et Hed­wige (« Je rends à votre amour »), tire le meilleur par­ti de ce qui reste à Jem­my, dé­ployant des ai­gus rayon­nants dans les en­sembles. Cô­té ba­ry­tons et basses, Ge­rald Fin­ley campe un ma­gni­fique Guillaume, dont Opé­ra Ma­ga­zine avait lon­gue­ment dé­taillé les mé­rites lors de son ap­pa­ri­tion au Covent Gar­den de Londres, en 2015 ( voir O. M. n° 109 p. 56 de sep­tembre). Kwang­chul Youn et Mar­co Spot­ti sont net­te­ment moins sa­tis­fai­sants que leur par­te­naire sur le plan de la pro­non­cia­tion, mais leurs voix so­nores font de l’ef­fet dans Melc­thal et Wal­ter. Une men­tion pour les so­lides Hed­wige et Rodolphe de Ma­ria Zif­chak et Sean Pan­ni­kar, le jeune té­nor amé­ri­cain Mi­chele An­ge­li­ni, en dé­buts au Met, se jouant avec maes­tria du pé­rilleux « Ac­cours dans ma na­celle » du pê­cheur Ruo­di. Au bi­lan, mal­gré l’échec vi­suel, une soi­rée qui nous au­ra per­mis d’en­tendre, dans les meilleures condi­tions pos­sibles, l’un des ou­vrages les plus im­por­tants de l’his­toire de l’opé­ra au XIXE siècle.

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