COMPTES REN­DUS En concert

OPERA MAGAZINE - - Comptes Rendus -

mieux ? Toujours est-il que le pu­blic de la Fe­nice de­ve­nise, le soir de la créa­tion (30 jan­vier 1838), bou­da l’oeuvre, qui dis­pa­rut de l’affiche après trois re­pré­sen­ta­tions seule­ment. Ce qui ne l’em­pê­cha pas, tou­te­fois, d’être re­prise, non sans un cer­tain suc­cès, dans plu­sieurs villes d’ita­lie. Fort d’une longue tra­di­tion de fi­dé­li­té à Do­ni­zet­ti – quinze de ses opé­ras y ont été don­nés de­puis L’eli­sir d’amore, en 1952 –, le Fes­ti­val de Wex­ford se de­vait d’ajou­ter cette Ma­ria à celles qui l’avaient pré­cé­dée ( di Ro­han en 2005, Pa­dilla en 2009). Le ré­sul­tat est brillant, et on le doit d’abord à la mise en scène de Fa­bio Ce­re­sa, qui avait dé­jà si­gné ici la re­dé­cou­verte de Gu­gliel­mo Rat­cliff, l’an der­nier. At­té­nuant ha­bi­le­ment les as­pects les plus san­glants, il ins­crit l’ac­tion dans un uni­vers fan­tas­ma­go­rique à la Tim Bur­ton, qui rend jus­tice à l’ar­rière-plan mys­té­rieux et go­thique du li­vret, à ses trappes et ses sou­ter­rains. Fort de mul­tiples idées per­ti­nentes et in­tel­li­gentes, se gar­dant de tom­ber dans le Grand-gui­gnol, Fa­bio Ce­re­sa prouve que les opé­ras bel­can­tistes peuvent te­nir la route scé­ni­que­ment si l’on se concentre sur la per­son­na­li­té des pro­ta­go­nistes, en sou­li­gnant les cô­tés sombres et clairs de cha­cun. Le met­teur en scène ne cache pas sa sym­pa­thie pour Ma­ria, rousse flam­boyante fa­çon Brünn­hilde, avec un ma­quillage asy­mé­trique des yeux qui lui donne l’al­lure d’une Ebo­li ou d’un­wo­tan. Jeune, amou­reuse, pas­sion­née, elle garde sa part de né­vrose, cam­pée ici avec hu­mour : ma­ni­pu­lant dans sa chambre de grandes pou­pées qui re­pré­sentent cha­cun des per­son­nages, elle re­fait l’his­toire à sa ma­nière. Fa­bio Ce­re­sa re­court d’ailleurs ha­bi­le­ment à ces pou­pées, le plus sou­vent aux mains des cho­ristes, pour of­frir un deuxième ni­veau de lec­ture aux spec­ta­teurs, les ré­cits vo­caux se dou­blant par­fois de say­nètes or­ga­ni­sées dans l’un ou l’autre coin du dé­cor. La qua­li­té théâ­trale de la pro­duc­tion tient aus­si aux splen­dides cos­tumes de Giu­seppe Pa­lel­la – tis­sus pré­cieux, cou­leurs moi­rées – et aux dé­cors très ima­gi­na­tifs de Ga­ry Mc­cann. Der­rière un ri­deau de scène en bois re­pré­sen­tant la fa­çade du châ­teau, ap­pa­raissent deux pa­ral­lé­lé­pi­pèdes ver­ti­caux tour­nant sur leur base. Cha­cun pré- sente, sur cha­cune de ses quatre faces, un en­che­vê­tre­ment de pe­tites pièces et d’es­ca­liers qui s’em­boîtent ou s’éloignent, of­frant des com­bi­nai­sons­sans­find’unu­ni­versà­la­foi­sé­lé­gan­tet­dé­ca­ti. Quand le Fes­ti­val Do­ni­zet­ti de Ber­game avait don­né, en 2013, l’une des rares pro­duc­tions ré­centes de Ma­ria de Ru­denz, Sergio Al­ber­ti­ni avait sa­lué, dans ces co­lonnes ( voir O. M. n° 90 p. 39 de dé­cembre), l’« idéale » Ma­tilde de Gil­da Fiume. Trois ans plus tard, la so­pra­no ita­lienne in­carne ici une ex­cel­lente Ma­ria, au timbre sé­dui­sant et à l’ai­gu ai­sé. Certes, la voix est en­core lé­gère et, dans les mo­ments les plus puis­sants, peine par­fois à se faire en­tendre. Mais cette fraî­cheur lui confère éga­le­ment une sou­plesse et une clar­té qui font mer­veille dans les pas­sages vir­tuoses, né­go­ciés avec une fa­ci­li­té confon­dante. For­mi­dable aus­si, le Cor­ra­do du ba­ry­ton co­réen Joo Won Kang, ai­gu lu­mi­neux, timbre rond et voix idéa­le­ment pro­je­tée. On aime en­core l’en­ri­co raf­fi­né du té­nor amé­ri­cain Je­sus Garcia, et la so­lide Ma­tilde de la so­pra­no géor­gienne So­phie Gor­de­ladze. Dans la fosse, le dis­cret An­drew Green­wood se ré­vèle aus­si com­pé­tent qu’ins­pi­ré.

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